Sainte-Féréole (Corrèze), 15 novembre 1943 

Par Dominique Tantin

Le 15 novembre 1943, les Allemands – un détachement du 28e SS-Polizei Regiment Todt venu de Limoges - attaquèrent un camp de maquisards de l’Armée secrète (AS) situé entre les fermes de la Besse et du Treuil sur la commune de Sainte-Féréole. Dix-huit résistants furent abattus, dix-sept autres déportés, et les deux fermes incendiées.

Sainte-Féréole (Corrèze), monument commémoratif érigé au bord de la RD 25, au lieu-dit : ’Site de la Besse’,
Sainte-Féréole (Corrèze), monument commémoratif érigé au bord de la RD 25, au lieu-dit : ’Site de la Besse’,
Crédit : MémorialGenWeb

La formation du maquis
En 1943, un maquis fut créé dans le massif forestier des Saulières dont les 900 hectares s’étendent sur les communes de Malemort, Sainte-Féréole et Donzenac. Dans un premier temps, il s’agissait d’un maquis refuge regroupant des jeunes réfractaires au STO institué par Vichy le 16 février 1943. Ces réfugiés, pris en charge notamment par le mouvement Combat, venaient du Nord, de la région parisienne, du sud-est et du Massif central. Dès avril 1943, une dizaine de jeunes réfractaires se regroupèrent au lieu-dit le Trou du Loup (nom de code Cabane cubaine), un abri sous roche à proximité d’une source et d’un ruisseau. Un mois plus tard, à quelques centaines de mètres, un autre camp dit du Chat Huant vit le jour, Ils bénéficièrent de l’aide de la population locale pour leur subsistance. En contrepartie, certains maquisards aidaient aux travaux des champs.
Bientôt encadrés par des militaires de l’Armée secrète issue des Mouvements Unis de Résistance (Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur), notamment le sergent Jean Rouret, alias Le Margis, les réfractaires constituèrent au fil des mois un maquis combattant dont les armes furent dérobées aux Allemands qui occupaient la région depuis le 11 novembre 1942 (certaines par le capitaine Marius Guédin à la caserne Brune de Brive) et pour d’autres, parachutées par les Alliés à La Buge, près de Saint-Germain-les-Vergnes, à une dizaine de kilomètres de Sainte-Féréole.
À l’automne, en raison des intempéries, les maquisards durent trouver refuge dans les fermes du Treuil et de la Besse éloignées de 300 m, au hameau de la Besse près du bourg de Sainte-Féréole. Les maquisards étaient placés sous le commandement de Romain Merlat et du capitaine Georges Guesdin.


Le défilé du 11 novembre 1943
À l’approche de l’anniversaire de la victoire de 1918, la BBC lança un appel à fleurir les monuments aux Morts. On connait l’impact du défilé des maquisards de Romans-Petit à Oyonnax dont le défilé fut filmé.
Le 11 novembre 1943, une soixantaine de maquisards du hameau de la Besse défilèrent sur la place de Sainte-Féréole et, entourés par les habitants, déposèrent une gerbe au pied du monument aux Morts.
Ces manifestations constituaient un révélateur de la montée en puissance des maquis, et un défi que les Allemands, aidés par Vichy, ne tardèrent à relever, dans l’Ain comme en Corrèze.


La répression
Après repérage des lieux par un avion d’observation et des patrouilles, et bénéficiant d’informations communiquées par un agent de la Gestapo de Brive, un certain Muller (abattu quelques jours plus tard par des résistants rue Louis-Pons à Brive), les Allemands lancèrent l’assaut le 15 novembre. Il fut mené par un fort détachement de 300 hommes du 28e SS-Polizei Regiment Todt issu de l’Ordnungspolizei, déployé en zone sud en août 1943, dont les trois bataillons intervinrent dans différentes régions dans les opérations de répressions des premiers maquis (Jura, Haute-Savoie, Limousin). L’opération fut conduite par la Sipo-SD de Limoges sous les ordres du SS-Hauptsturmführer (capitaine) Erich Bartels.
Après avoir attaqué la ferme du Treuil, les Allemands s’emparèrent de celle de la Besse. Dix-huit maquisards furent tués, huit au combat et dix capturés et exécutés sommairement selon l’historien Guy Penaud (op. cit. p. 44). Toutefois, les 18 cadavres auraient tous reçu une balle dans la tête. Les blessés furent donc achevés et certaines dépouilles étaient mutilées et défigurées ; selon la police de Vichy, huit corps seulement purent être identifiés dans l’immédiat. Les fermes furent dynamitées et incendiées. Les Allemands emmenèrent à Limoges 17 prisonniers qui furent déportés dont 14 sans retour (8 déportés et 3 rescapés selon d’autres sources).
Les maquisards qui avaient pu se replier trouvèrent refuge dans des fermes avant d’être regroupés dans un camp de l’AS près de Beaulieu-sur-Dordogne.


Une population sous le choc
Les obsèques des maquisards eurent lieu le 17 novembre à 8h dans la commune voisine de Donzenac, dans laquelle les décès furent enregistrés. Les corps avaient été transportés en charrettes. Les habitants offrirent des draps pour les linceuls et les menuisiers du village fabriquèrent dans la nuit les cercueils qui furent recouverts de fleurs et de rubans tricolores. Après une messe à l’église, les corps furent inhumés dans le cimetière communal. Deux mille personnes rendirent hommage aux résistants ; Pierre Chaussade, sous-préfet de Brive, note dans son rapport en date du 22 novembre 1943 : “Atterrée par les évènements, la foule ne s’est départie à aucun moment du recueillement le plus complet et de la dignité la plus parfaite.”
Un monument commémoratif fut érigé au bord de la RD 25, au lieu-dit : ’Site de la Besse’, au sud-ouest à la sortie du bourg, monument des maquis de La Besse - Le Treuil, de la forêt de Berchat.


L’histoire du maquis des Saulières bénéficie d’une source iconographique exceptionnelle. Le défilé du 11 novembre 1943 a été immortalisé par un photographe amateur sous dix angles différents (voir photographies ci-contre). Plus rare, les corps des dix-huit résistants tués ont tous été méticuleusement photographiés par un professionnel de l’identité judiciaire. Les clichés, conservés aux Archives départementales, montrent l’ampleur du massacre. Le drame a également fait l’objet d’un compte-rendu précis de la gendarmerie. Il n’y a pas d’équivalent en Corrèze.” (Joël Drogand, biographies de André et Maurice CHIGNARDET).


Liste des victimes
AUMONT Henri, Nicolas
AVERTON Pierre
BOUROTTE Marcel
CHIGNARDET André
CHIGNARDET Maurice
FAJCOLOWIEZ Samson (dit aussi FAJFLOWIEZ et FAVIEZ Jean)
FAUCONNIER Albert
GIRARD Albert
GIRARD André dit Maurice
LAFON Georges
LUCAS Lucien
MOULIE Pierre
PEYRAT Jacques
PICOT Lucien
PICOT Marcel
SALLES Jean-Baptiste
TROTZKY Henri, Marius, Tzvi (neveu)
TROCKI Hirsch (oncle), écrit TROTZKY sur la stèle commémorative.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241774, notice Sainte-Féréole (Corrèze), 15 novembre 1943 par Dominique Tantin , version mise en ligne le 28 juillet 2021, dernière modification le 30 août 2021.

Par Dominique Tantin

Sainte-Féréole (Corrèze), monument commémoratif érigé au bord de la RD 25, au lieu-dit : 'Site de la Besse',
Sainte-Féréole (Corrèze), monument commémoratif érigé au bord de la RD 25, au lieu-dit : ’Site de la Besse’,
Crédit : MémorialGenWeb
Monument aux Morts de Sainte-Féréole, 11 novembre 1943. Préparation du défilé.
Monument aux Morts de Sainte-Féréole, 11 novembre 1943. Préparation du défilé.
Crédit : Geneanet
Monument aux Morts de Sainte-Féréole, 11 novembre 1943. Dépôt de la gerbe.
Monument aux Morts de Sainte-Féréole, 11 novembre 1943. Dépôt de la gerbe.
Crédit : Geneanet
Monument aux Morts de Sainte-Féréole, 11 novembre 1943. Dépôt de la gerbe.
Monument aux Morts de Sainte-Féréole, 11 novembre 1943. Dépôt de la gerbe.
Crédit : Geneanet.

SOURCES  : Fabrice Grenard, Les maquisards, combattre dans la France occupée, Paris, Editions Vendémiaire, 2019, pp. 253-254. — Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, Périgueux, La Lauze, 2004, pp. 44-45. — Collectif, Maquis de Corrèze, 150 combattants et témoins, Paris, Éditions sociales, 1975, pp. 147-151. — Gilbert Beaubatie, Site de Association des Saulières, les maquis 1943, les jalons du chemin de mémoire (consulté le 28 juillet 2021). — Actes de décès communiqués par Madame Marie-Pierre Bretonnet ( Mairie de Donzenac) que nous remercions vivement.

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