Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire) bataille du 4 septembre 1944

Par Jean-Louis Ponnavoy

La bataille de Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire) le 4 septembre 1944 causa de lourdes pertes aux troupes allemandes mais fit aussi beaucoup de victimes parmi les FFI, les paras SAS et la population civile.

André Jarrot, membre du BCRA et des Forces françaises libres (FFL), parachuté en France et nommé délégué militaire pour la Saône-et-Loire, prit en charge l’organisation des maquis avec lesquels il assura la libération de la région. Le 2 septembre 1944, les FFI de Corlay s’étaient emparés du village de Laives (Saône-et-Loire), au nord-est de Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire), commune située entre Tournus (Saône-et-Loire) et Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).
Le 3 septembre 1944 au soir, la décision fut prise avec l’état-major FFI au PC de Corlay de passer à l’offensive sur la RN 6 qui était l’axe de repli des troupes allemandes en retraite. Le plan prévoyait de faire agir conjointement les FFI et les paras SAS qui s’étaient installés dans le secteur sous le commandement du capitaine Leduc.
Ce plan prévoyait la prise de Sennecey-le-Grand par l’ouest, le sud et le nord, pour bloquer et neutraliser définitivement les colonnes allemandes qui s’y étaient arrêtées pour se reconstituer avant de repartir le lendemain en direction de Chalon-surSaône. La colonne principale représentait un effectif important de 1600 hommes. Les FFI installés à Laives commirent malheureusement une erreur en tirant sur trois soldats allemands, signalant ainsi leur présence à l’ennemi. Ce dernier reprit le village d’assaut ainsi que le sommet de la colline de Saint-Martin. Il était donc temps d’agir.
Le fer de lance de l’attaque était le peloton SAS sur jeeps du capitaine Guy de Combaud de Roquebrune, qui, après avoir mitraillé copieusement, du sud vers le nord, les convois stationnés sur l’artère principale, devait permettre l’assaut des maquisards.
Le dispositif FFI fut mis en place avant l’assaut. L’aile droite était couverte par la section Arragon, proche de la N6, le centre par les sections Ballet et Janodet, l’aile gauche par la section Desbois, renforcée par la section de Beaumont et celle des « cheminots » commandée par Joubert.
A l’ouest de la colline, dans le secteur de Laives, se tenaient le maquis de St Gengoux ainsi que la compagnie « Bretagne ». Ils devaient s’emparer de la colline de Laives puis progresser par l’aile gauche et entrer dans Sennecey-le-Grand par le nord-ouest.
Simultanément, un autre assaut des FTP de Tournus devait protéger l’action en coupant la route N6 10 km plus au sud mais il fut exécuté avec plusieurs heures de retard.
À quatre heures trente du matin, le peloton des 4 jeeps SAS puissamment armées se mit en marche. Dans la jeep n° 1 avaient pris place le capitaine Guy de Combaud, le chauffeur Charles Seither, et le parachutiste Robert Barkatz ainsi que le FFI Jean Marie Madeleine, dans la jeep n° 2, le sous-lieutenant René Aubert-Stribi, le chauffeur Jean Pache et le para Roland Lombardo dans la jeep n° 3, le sergent-chef Tramoni, le chauffeur Bayeux et le para Alexis Beaude et dans la jeep n° 4, l’adjudant Jacob Benhamou et les frères Lucien et Gilbert Djian, ainsi que le FFI Nectoux. Les quatre véhicules débouchèrent à sept heures de la route de Ruffey, crachant le feu de leurs mitrailleuses sur les troupes allemandes qui sortaient à peine de leurs cantonnement, surprises par cette arrivée fulgurante. A l’approche de la RN6, la jeep de tête vira trop vite et éjecta son guide FFI André Rivot qui était installé sur le capot. Les quatre jeeps entrèrent dans la rue principale et à sept heures quatre minutes, elles atteignaient le carrefour de Saint-Cyr où elles devaient faire demi-tour pour prêter main-forte aux FFI et aux paras SAS du capitaine de Boissonnas qui se préparaient à attaquer. Après avoir mitraillés un convoi qui arrivait de Chalon-sur-Saône au Nord, Guy de Combaud effectua son demi-tour pensant rééditer son exploit de l’aller mais les soldats allemands s’étaient ressaisis et ouvrirent le feu. Sa jeep accrocha une bicyclette abandonnée qui la bloqua en se coinçant entre une roue et la caisse. Les trois occupants furent tués à bout portant. La seconde jeep fut prise sous les tirs ennemis. Le FFI Nectoux fut touché d’une balle à la tête mais réussit à s’éjecter et à se réfugier dans un grenier avant que la jeep s’écrase contre un mur et prenne feu. Les trois SAS qui l’occupaient connurent une mort atroce. La troisième jeep fut atteinte par un Panzerfaust et détruite. Deux de ses occupants furent tués sur le coup et le troisième, Aubert-Stribi fut tué sous le porche d’une maison. La dernière jeep dont les occupants étaient blessés parvint cependant à traverser tout le village mais près de l’église, elle se heurta aux tirs des FFI qui donnaient l’assaut et prirent les SAS pour des Allemands. Le véhicule fut bloqué devant le cimetière mais les trois militaires purent s’échapper.
L’attaque des FFI et du capitaine de Boissonnas rencontra une forte résistance. Le capitaine fut tué et l’assaut repoussé. L’attaque FTP sur Tournus n’ayant pas eu lieu pour des raisons inexpliquées, les renforts allemands continuèrent à arriver sur Sennecey-le-Grand. Il y eut des contre-attaques des FFI et des SAS par le sud et l’ouest mais les Allemands placèrent des civils en bouclier et abattirent quatorze hommes parmi les otages. Dans l’après-midi un convoi du maquis de Saint-Gengoux fut mitraillé par des avions américains entre Nanton et Vincelles, faisant sept morts.
Les colonnes allemandes purent reprendre la direction du nord pourchassées par l’aviation de chasse alliée. Les résistants libérèrent Sennecey-le-Grand où l’ennemi avait laissé un véritable carnage, suivis vers 17 heures par le peloton d’automitrailleuses et de half-tracks du lieutenant de Bellefon appartenant à la 1ère DB de l’armée de Lattre. Le 5 septembre, les FFI fusilleront vingt-huit prisonniers allemands en représailles du massacre des otages.

Le bilan des combats fut de 850 à 1100 tués et blessés allemands et de 50 pour les résistants, paras SAS et population locale.
Le sacrifice des résistants et parachutistes SAS à Sennecey-le-Grand a cependant contribué à la libération de Chalon-sur-Saône dès le lendemain, 5 septembre.

Liste des victimes FFI :

ARRAGON Victor, Émile, Eugène
BALAŸ Raymond, Antoine
GRIVEAUD ou GRIVEAUX Étienne, Marie
HOLZMAN Adolphe, Ajszyk, Wolf
JARMUZEK Raymond
LAMÉ Charles, Jules, Albert
LAURAIN Henri, Jules, Aimé
LEROY Guy, René
MAGDELEINE Jean, Marie, Jules
MERCIER René
PAUTET Lazare, Antoine, Alfred
ROSTAING Georges, Jean

Liste des victimes SAS :

AUBERT-STRIBI René
BARKATZ Robert
BENHAMOU Jacob
BOISSONNAS Christian, Jean
DE CHIEUSSES de COMBAUD de ROQUEBRUNNE Guy
DJIAN Gilbert
DJIAN Lucien
LOMBARDO Roland
PACHE Jean
SEITHER Charles

Civils :

VINCENT Eugénie, Alphonsine née DARRÉ
et 16 hommes pris en otage et exécutés.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241839, notice Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire) bataille du 4 septembre 1944 par Jean-Louis Ponnavoy, version mise en ligne le 31 juillet 2021, dernière modification le 31 juillet 2021.

Par Jean-Louis Ponnavoy

SOURCES : Maison de la Résistance et de la Libération du Chalonnais - Epopée SAS - Guy de Combaud Bataille de Sennecey -le-Grand.— Colonel Roger Flamand Paras de la France Libre pages 239 à 248, Presses de la Cité, 1976.— Journal Le Progrès du 1er -09-1994 Le 4 septembre  : les SAS à la bataille de Sennecey-le-Grand par René Baland.— Journal de Saône-et-Loire du 1er septembre 1994, Hilaire Colcombet raconte la mort du capitaine Guy de Combaud, propos recueillis par Pierre Darcourt.

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