PÉDOYA Gustave, Marcel, Paul

Par André Balent

Né le 6 janvier 1900 à Montseron (Ariège), mort le 23 février 1986 à Castelnau-Durban (Ariège) ; courtier en assurances puis, à partir de 1945, exploitant de deux scieries puis d’une entreprise de travaux publics ; militant du Parti socialiste SFIO (1926-1969) puis du Parti socialiste (PS) ; résistant de l’Armée secrète ; conseiller général de La Bastide-de-Sérou, Ariège (1945-1982), conseiller municipal de Castelnau-Durban (1944-1965), maire de Castelnau-Durban à partir de 1965 ; président de la Mutualité sociale agricole de l’Ariège (1961-1984)

Gustave Pédoya était le second d’une fratrie de treize enfants. Il était le fils de Joseph Pédoya et de Marie Séguy. La famille dont il était issu, descendait d’un artiste piémontais, Jean-Antoine Pedoya [initialement Pedoia] (1803-1875) qui s’était établi avec son frère François (1798-1874) en Ariège où ils acquirent une aisance qui les amenèrent à intégrer le cercle des notabilités du département. Le cousin germain de son père, Jean-Marie, Gustave Pédoya (1838-1938), fit une brillante carrière militaire et politique. Général de division, ayant repris du service pendant la Première Guerre mondiale, il fut député (radical) de la circonscription de Saint-Girons (Ariège) de 1909 à 1919.
Gustave Pédoya à qui l’on avait donné le prénom de son illustre parent, fit ses études primaires à l’école communale du petit village couserannais de Montseron, proche du petit bourg de Castelnau-Durban. Il poursuivit ses études secondaires au lycée de garçons de Foix (Ariège), actuel lycée Gabriel-Fauré. Titulaire du baccalauréat en 1919, réformé pour cause de pleurésie, il devint courtier en assurances. Si en 1926, il, résidait au domicile de ses parents à Montseron, ce n’était plus le cas en 1931. Mais en 1936, il était à nouveau recensé à Montseron. Il s’installa ensuite dans la commune voisine de Castelnau-Durban. Gustave Pédoya resta célibataire.
En 1926, Gustave Pédoya adhéra au Parti socialiste SFIO. Il fut élu conseiller d’arrondissement de Saint-Girons en 1932. Il devait, jusqu’à sa mort, demeurer fidèle à cet engagement politique.
Après la défaite de juin 1940, il intégra rapidement la Résistance. Il adhéra au mouvement clandestin Combat, dirigé en Ariège par Irénée Cros. Après la constitution des MUR (Mouvements unis de la Résistance) en Ariège, il fit partie de l’AS (Armée secrète) et devint le chef du groupe franc de La Bastide-de-Sérou de cette organisation armée. Ce groupe franc et le nom de son chef sont signalés par Delpla (2019, p. 48) qui n’indique pas ses sources, mais ils n’apparaissent pas dans les dossiers des formations combattantes du Service historique de la Défense (SHD), dossiers fruits de reconstitutions a posteriori et non exempts d’erreurs et /ou de lacunes. Les états de service de Gustave Pédoya dans la résistance locale du canton de La Bastide-de-Sérou sont confortés par les notes de Jean-Jacques Pétris (Archives départementales de l’Ariège). Pétris écrit que Pédoya a rassemblé, dès le mois de juillet 1943, quinze à vingt jeunes [sans doute réfractaires au STO] dans les bois de sa famille à Montseron. Plus loin, il nous informe que Gustave Pédoya a bien été membre d’un groupe franc en liaison avec Irénée Cros) et qu’il participa — il fut blessé au mollet —, le 22 août 1944 au combat de Castelnau-Durban qui se solda par la capitulation du Marschgruppe en provenance de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Saint-Girons laquelle signifia la libération totale de l’Ariège de l’occupation allemande. Un autre auteur qui ne cite pas, lui aussi, ses sources donne des informations sur la participation de Gustave Pédoya à la résistance allant dans le même sens que les précédents auteurs.
Il faut signaler ici que le père de Gustave, Joseph, lui aussi identifié comme membre du mouvement « Combat » puis des MUR, avait été tué par erreur, le 15 juillet 1944, à son domicile de Montseron par un groupe de maquisards de la Crouzette qui l’avaient pris pour un dangereux collaborationniste. Cette exécution s’inscrivait dans la série d’enlèvements et de condamnations à mort prononcées par le « tribunal du peuple » autoproclamé du maquis de la Crouzette qui siégea au col de Rillé. Elle ne donna lieu à aucune mention « Mort pour la France » — comme ce fut le cas pour d’autres victimes innocentes du « tribunal du peuple » du col de Rillé (Voir Esplas-de-Sérou (Ariège), col de la Crouzette (1244 m) et col de Rillé (938 m) ; Castelnau-Durban (Ariège), Rivèrenert (Ariège), 19 juin-21 juillet 1944 —. On peut légitimement penser que, après la Libération, tout fut fait pour oublier ce tragique épisode, s’ajoutant à d’autres, qui entachait la réputation des maquisards de la Crouzette que l’on célébrait par ailleurs pour leur contribution à la Libération du Couserans. La famille Pédoya (qui comptait aussi un « évadé de France » ayant rejoint l’Afrique du Nord, René (1922-2013), frère cadet de Gustave), à commencer par Gustave, a sans doute joué le jeu de l’oubli de ces événements.
On peut penser que Gustave Pédoya est resté, pendant la période de Vichy, en contact avec le Parti socialiste clandestin de l’Ariège (Voir Camel François (1893-1941) ; Peyrevidal Noël (1894-1944), le premier natif du proche village d’Esplas-de-Sérou). À noter aussi que Jean Nayrou (1914-1983), également originaire d’Esplas-de-Sérou, fut un militant en vue du mouvement Combat et du PS clandestin.
À partir de 1945, il changea de profession, devenant négociant en bois et exploitant de deux scieries. Par la suite, il compléta ces activités en dirigeant une entreprise de travaux publics. Dès la Libération, il affirma à nouveau son appartenance partisane. Il fut désigné dès septembre 1944 conseiller municipal de Castelnau-Durban et fut élu à cette fonction lors des élections municipales d’avril-mai 1945. En 1965, il devint maire de Castelnau-Durban et le demeura jusqu’en 1986. Lorsqu’il exerça ce mandat, il reçut dans la commune qu’il administrait, François Mitterrand, premier secrétaire du PS et bientôt président de la République.

Le 30 septembre 1945, lors du renouvellement général des conseils généraux, Gustave Pédoya fut élu sous l’étiquette socialiste SFIO dans le canton de La Bastide-de-Sérou, battant le radical-socialiste Marius Cougoureux et le communiste Astre. Le 14 octobre 1951, il fut réélu contre le radical-socialiste Abel Séguéla, le communiste Louis Eychenne et le gaulliste (RPF, Rassemblement du peuple français) Pierre Baille. Les 20 avril 1958, 8 mars 1964 et 8 mars 1970, il l’emporta dès le premier tour devant le communiste Paul Bégou et le gaulliste (UDR) Francis Taveau. Le 7 mars 1976, il triompha à nouveau au premier tour devant Paul Bégou (PCF) et Gérard Andrés, sans étiquette. Il ne présenta pas sa candidature aux élections cantonales du 14 mars 1982. Il va sans dire qu’il travailla de concert avec un camarade du parti actif déjà avant 1939, le sénateur Jean Nayrou (1914-1983) qui, en 1971, fut élu maire de La Bastide-de Sérou.

Aux élections législatives du 30 juin 1968, il fut élu suppléant du député (1968-1983) socialiste de l’Ariège, le docteur André Saint-Paul (1916-2008).

Enfin, Gustave Pédoya devint en septembre 1961 président de la Mutualité sociale agricole (MSA) de l’Ariège. Il quitta ces fonctions en décembre 1984 et il démissionna de la MSA pour raisons de santé en 1985.

Il mourut à Castelnau-Durban le 23 février 1986.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241857, notice PÉDOYA Gustave, Marcel, Paul par André Balent, version mise en ligne le 31 juillet 2021, dernière modification le 28 avril 2022.

Par André Balent

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 19 P 9, dossiers des unités combattants de la résistance intérieure, Ariège. — Arch. Dép. Ariège, 1 J 795, notes tapuscrites mises en ordre par Jean-Jacques Pétris, historien de l’Ariège. — Bruno Labrousse, La politique ariégeoise, 1789-1984, Toulouse, Imprimerie Chauvin, 2004, p. 207. — Claude Delpla, La Libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, p. 48, p. 239. — Conversation téléphonique, 10 août 2021, avec Max Pédoya, de Saint-Girons, neveu de Gustave Pédoya et petit-fis de Joseph Pédoya.

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