FONVIEILLE Maurice. Pseudonymes : Rayssac et Maurice Martel

Par Gérard Leidet

Né le 15 juin 1896 à Montlaur (Haute-Garonne), mort en déportation le 17 mars 1945 à à Gusen (Autriche) ; instituteur ; militant socialiste SFIO, conseiller municipal de Toulouse (Haute-Garonne) ; secrétaire général du GCU, fondateur de la revue Plein air et culture ; résistant en Haute-Garonne.

Fils de Germain Fonvieille, brassier devenu puisatier et tailleur de vigne, et d’une couturière devenue épicière, Maurice Fonvieille naquit dans une famille laïque et républicaine. Très bon élève dès l’école communale, il fut remarqué par son instituteur qui l’encouragea à prolonger sa scolarité au-delà du certificat d’études primaires, l’incitant fortement à s’inscrire au cours complémentaire de Villefranche-de-Lauragais. Il entra à l’École normale d’instituteurs mais refusa d’obéir au désir paternel : devenir instituteur. Il quitta le cercle familial et partit à l’aventure. Il arriva en Allemagne où il vécut de cours de français au lycée de Berlin. Puis il partit en Russie où il donna des cours de langue française aux jeunes filles de la haute-bourgeoisie.

En 1914, il décida de rentrer le plus rapidement possible et se fit embaucher comme cuisinier sur un bateau en partance pour la France. Engagé volontaire, il fut immédiatement incorporé au 33e régiment d’infanterie. Grièvement blessé le 21 mars 1918, il reprit la vie active. En février 1919, il épousa Adrienne Cambon à Toulouse (Haute-Garonne) ; le couple eut deux fils, Max et Jean. 

En 1922, Maurice Fonvieille constitua la 20e Entente des jeunesses socialistes SFIO et jusqu’en 1925, dirigea comme secrétaire fédéral, les JS de la Haute-Garonne. Il devint, avec d’autres camarades, franc-maçon (Grand Orient de France) en 1923. Représentant de commerce en savons jusqu’en 1924, il décida avec son épouse de devenir instituteurs remplaçants. En 1925, il fut le plus jeune élu au conseil municipal de Toulouse.

Le couple enseigna successivement au Burgaud, Labarthe-Isnard, Pibrac et enfin Toulouse. Maurice Fonvieille militait dans les rangs du Syndicat national des instituteurs. A ce titre, il fit partie de l’équipe de militants de la Mutuelle d’Assurance Automobile des Instituteurs de France, animée par Edmond Proust. Pour partager les joies du camping, ses membres créèrent sous le Front populaire, le Groupement des campeurs universitaires de France. Fondé en 1937 sur les principes d’autogestion, de tolérance et de laïcité, le GCU regroupait alors tous les enseignants partageant ces valeurs fondatrices humaines, laïques, solidaires et conviviales. Ces enseignants devaient consentir à une conception du camping basée sur le bénévolat et la gestion participative, adhérer sans restriction à ses statuts (votés par l’Assemblée générale constitutive de Nice, le 31 mars 1937, puis modifiés par les AG extraordinaire d’Orléans, le 19 avril 1938), ainsi qu’à son règlement intérieur et ses consignes de fonctionnement. L’année suivante, Maurice Fonvieille créa la revue Plein air et culture, dont le siège (rédaction et administration) se trouvait 2, rue Le Chapelais à Paris (XVIIe). Il y rappelait notamment que le GCU était alors « la seule association laïque de camping éducatif et culturel groupant uniquement des membres de l’enseignement public sans distinction d’opinions politiques, syndicales ou philosophiques ».

Non mobilisé au début de la Seconde Guerre mondiale, Maurice Fonvielle, participa à la fondation du mouvement de résistance « Libérer et Fédérer », initié par Silvio Trentin, ancien député socialiste de Venise au parlement, et fit partie de son comité directeur. Le mouvement s’implanta dans les usines toulousaines, et se livra à des transports d’armes, à la fabrication de faux papiers et à l’impression de textes clandestins. Entre temps, avec son ami Jean Chaubet, et d’autres instituteurs, il réorganisa clandestinement le SNI et la franc-maçonnerie ; il était aussi membre du Comité d’action socialiste.

Le 4 février1944, il se rendit à l’imprimerie des frères Lion (Henri Lion et Raoul Lion), située rue Croix Baragnon à Toulouse, qui fournissait les maquis de tracts, de journaux, de cartes d’alimentation et de tickets pour le ravitaillement. Soupçonnés par la Gestapo, les imprimeurs, qui avaient été prévenus, subirent deux premières perquisitions, mais la police ne trouva rien car les documents étaient expédiés dès leur impression. Sur dénonciation, la police allemande tendit un piège et cette fois-ci arrêta l’ensemble du personnel, ainsi que Fonvieille. Parmi la quarantaine d’ouvriers et d’employés arrêtés, figuraient Adolphe Coll, membre du même réseau, et Georges Séguy. Fonvieille fut incarcéré à la prison Saint-Michel, d’où il écrivit à sa famille le 22 février, puis quitta Toulouse le 24, pour le camp de Royallieu à Compiègne (Oise), désormais sous administration allemande. Le 22 mars, il partit pour l’Allemagne, déporté avec ses camarades, dont le jeune Georges Séguy, à Mauthausen, les femmes étant dirigées vers Ravensbrück. Il fut ensuite affecté au Kommando (camp d’extermination) de Gusen n°1. Il mourut d’épuisement, peu de temps avant la libération du camp, le 5 mai 1945. 
Maurice Fonvielle, enterré au cimetière de Montlaur, était titulaire de la Légion d’Honneur, de la Médaille militaire et des Croix de Guerre 1914-1918, 1939-1945. Sa personnalité a durablement marqué le groupement et son nom figura longtemps sur la première page des publications du GCU. Chaque numéro était ainsi libellé : « Plein air et culture, revue trimestrielle , créée en 1938 par Maurice Fonvieille, mort pour la liberté. ». Son nom fut donné à des rues à Montlaur en 1990, à Toulouse en 2000) et à des écoles (Toulouse, Pibrac). Son épouse, Adrienne Fonvieille était vice-présidente d’honneur du GCU en 1964.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24231, notice FONVIEILLE Maurice. Pseudonymes : Rayssac et Maurice Martel par Gérard Leidet, version mise en ligne le 12 janvier 2009, dernière modification le 1er août 2021.

Par Gérard Leidet

SOURCES : Arch. Nat., F17/16084. — Archives nationales du GCU. — Presse locale. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation. Persécution et résistance (1939-1945), Éditions du Rocher, 2001, p. 238. – Philippe Wolff (dir), Les Toulousains dans l’Histoire, Toulouse, Privat, 1984. – La Dépêche, 6 novembre 2007. – Plein air et culture, revue trimestrielle, organe du GCU de France, n° 77, 3eme trimestre 1964. – Martine Lefeuvre-Déotte, Les campeurs de la République, 70 ans de vacances utopiques, coll. Document, Bourin éditeur, 2006. – Témoignage de Hélène Fonvieille (novembre 2005), belle-fille de Maurice Fonvieille, recueilli par Martine Lefeuvre-Déotte, op. cit. — Notes de Jacques Girault.

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