CAROFF Didier

Par Nicolas Simonpoli

Né le 14 décembre 1955 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; électricien puis inspecteur du travail ; militant de la JOC ; syndicaliste CGT, secrétaire de l’Union syndicale CGT de la construction des Hauts-de-Seine (1978-1981), collaborateur du Bureau confédéral (1982-1992), secrétaire de l’Union départementale CGT de Paris (1992-1993), membre de la Commission exécutive confédérale (1989-1995) ; militant communiste

Didier Caroff était le benjamin d’une fratrie de deux enfants. Son père était agent d’assurances et sa mère femme au foyer. Fils d’une famille croyante et pratiquante, scolarisé dans plusieurs institutions religieuses, il connut un parcours scolaire qu’il qualifia de « catholique et chaotique ». Dès l’école primaire, sa scolarité fut rendue difficile par d’importants problèmes de santé. Sa trajectoire d’écolier s’en ressentit puisqu’il redoubla plusieurs classes et changea d’établissement à diverses reprises. Inscrit dans l’enseignement technique, il termina sa scolarité, en 1973, avec le niveau du brevet d’étude professionnel d’électromécanicien. En parallèle de sa vie lycéenne, il militait à la JOC dont il fut, de ses 14 ans à ses 19 ans, l’un des responsables départementaux pour la Seine-Saint-Denis. Il y rencontra, en 1975, sa première épouse aide-comptable dans le secteur des assurances, militante CGT, avec qui il eut un fils.

Son entrée dans la vie active s’effectua, en 1973, dans une filiale d’IBM chargée de la réparation des machines perforeuse-vérifieuse. Embauché comme électromécanicien, avec le statut d’ouvrier spécialisé (3e niveau), il y resta quelques mois avant de s’orienter vers une grande entreprise du bâtiment. Il y fut embauché comme ouvrier professionnel (1er niveau), à 18 ans. Il découvrit alors la rudesse des conditions de travail sur les chantiers mais aussi la solidarité des équipes ouvrières. En 1974, quelques mois avant son départ pour le service militaire et toujours membrede la JOC, il adhéra à la CGT. Partisan convaincu de l’Union de la gauche, il se passionna pour toutes les luttes sociales et politiques de l’époque (opposition à la guerre du Vietnam, soutien au gouvernement Allende, Programme commun, etc.). En 1976, il fut désigné délégué syndical CGT dans son entreprise puis, en 1978, il devint secrétaire de l’union syndicale CGT de la construction des Hauts-de-Seine. Son investissement dans l’action syndicale s’accompagna d’une adhésion au Parti communiste français à l’occasion des élections municipales de 1977. À la même période, Didier Caroff prit progressivement ses distances avec la JOC où son engagement communiste était mal accepté par ses camarades, eux-mêmes inscrits dans la mouvance socialiste (PS et PSU). En 1980, l’entreprise où il travaillait fut mise en redressement judiciaire. La direction procéda à plus de mille licenciements avant d’être rachetée par une autre société. Bien que salarié protégé, Didier Caroff fut licencié, sur décision du ministre du Travail, suite à un recours contre la décision de refus de l’Inspection du travail. Pendant toute l’année 1981, militant pour la victoire de la gauche, il profita de son temps disponible pour s’investir dans la campagne présidentielle.

Au lendemain de la victoire de la gauche, son parcours syndical prit une nouvelle direction. En 1982, sollicité par la confédération pour intégrer le siège de la CGT, il devint collaborateur du Bureau confédéral. Il intégra le nouveau secteur confédéral Logement-Cadre de Vie. Aux côtés de René Déjardin* et sous la responsabilité de Lydia Brovelli, il se chargea des questions environnementales. Très vite, il devint aussi l’un des principaux lieutenants d’Henri Krasucki, nouveau secrétaire général. Il fut membre de la coordination du secrétariat du Bureau confédéral où il s’occupa notamment de la coordination des luttes. Il se forma alors aux côtés de Jack Potavin. À ce poste, il suivit les grands conflits menés par l’organisation et participa à la modernisation du siège de la centrale. Membre de la Commission exécutive confédérale, il jouait également un rôle dans les débats stratégiques qui traversaient alors la direction cégétiste, il s’y positionna du côté des courants dits « modernisateurs » ou « réformateurs » qui se structurèrent au début des années 1990.

Lorsqu’en 1992 Henri Krasucki quitta ses fonctions de secrétaire général de la CGT au profit de Louis Viannet, Didier Caroff vécut une progressive marginalisation au sein de la confédération. Opposé à la ligne défendue par le nouveau secrétaire général, il intégra le bureau de l’UD-CGT de Paris alors dirigée par Yves Zigman, un proche d’Henri Krasucki. Toutefois, au sein de sa nouvelle affectation, les conflits internes à la centrale se perpétuèrent. Un an après son arrivée, la direction de l’union départementale fut mise en minorité obligeant Didier Caroff à quitter ses fonctions. En 1993, soutenu par Gérard Alezard et Lydia Brovelli, il fut sollicité pour intégrer le secteur International de la confédération où il prit en charge les domaines de l’Afrique et du Moyen-Orient. Il s’impliqua, plus particulièrement, dans les relations avec les syndicats algériens alors aux prises avec les affres de la décennie noire. Ses fonctions prirent fin en 1995 lorsque, non renouvelé à la Commission exécutive confédérale, on l’incita à quitter le siège de l’organisation. Il exerçait alors des fonctions de collaborateur confédéral depuis près de quinze ans.

Encouragé par Jean Trincard, permanent du secteur Promotion des cadres syndicaux, Didier Caroff entama une licence-maîtrise AES en Sorbonne (Université Paris-1). De 1996 à 1998, cette reprise d’études lui procura l’occasion de rattraper une scolarité interrompue sur « un échec ». Si l’expérience d’une re-scolarisation l’éprouva, elle lui permit néanmoins de consolider les savoirs – historiques, juridiques, économiques, etc. – acquis lors de sa carrière de syndicaliste. Il consacra d’ailleurs son mémoire de fin d’études aux relations entre la CGT et l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA).

En 1998, au terme de ses études, bien que diplômé d’une maitrise d’AES, les pistes de reclassement n’étaient guère nombreuses. Didier Caroff mesura l’ampleur des discriminations professionnelles pesant sur les permanents syndicaux en reconversion. Une solution apparut toutefois en 1999 lorsque Martine Aubry, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité, organisa un concours exceptionnel de recrutement d’une quinzaine d’inspecteurs du travail. Celui-ci visait à ouvrir la profession aux syndicalistes et aux directeurs des ressources humaines du secteur privé. Présenté au concours, Didier Caroff réussit les épreuves d’admission. Il intégra ainsi l’école de formation de l’Inspection du travail. Il y découvrit « un métier qui lui plaît » où il pu mobiliser avec succès son expérience d’ancien responsable syndical. L’histoire de l’Inspection du travail l’a en effet constituée en administration de préservation des travailleurs et en autorité publique de défense des droits des salariés. « On est là, notamment, pour consolider la représentation du personnel en toute indépendance et impartialité » résumait-il pour décrire sa conception du métier lors d’un entretien en 2013. En septembre 2021, après vingt et un ans d’exercice dans l’Inspection du travail, dont trois en qualité de directeur du travail (2018), il prit sa retraite.

En 2007, il avait rencontré sa seconde compagne, Elisa Jeannette, ancienne employée administrative de la CGT, devenue cadre d’une mutuelle du secteur public.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242365, notice CAROFF Didier par Nicolas Simonpoli, version mise en ligne le 2 septembre 2021, dernière modification le 13 septembre 2021.

Par Nicolas Simonpoli

SOURCES : Arch. Institut d’histoire sociale de la CGT (399 CFD 18, 158 CFD 141). – Nicolas Simonpoli, La Griffe cégétiste. Une sociologie historique de la reconversion professionnelle des cadres syndicaux de la CGT (années 1970-2010), Thèse de science politique, Université Paris Nanterre, 2020. – Entretien avec l’intéressé en 2013.

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