BROVELLI Lydia [née ZUMELLI Lydia, Jacqueline, Madeleine]

Par Nicolas Simonpoli

Née le 10 novembre 1949 à Fontenay-sous-Bois (Seine, Val-de-Marne) ; cadre des assurances ; syndicaliste CGT, secrétaire de l’UFICT des Banques et Assurances (1978-1982), secrétaire confédérale (1982-2001), administratrice de la CGT (1992-2001) ; membre du Conseil économique et social (1984-2001) ; militante associative.

Lydia Brovelli aux côtés d’Henri Krasucki lors de la manifestation du 1er mai 1986 (Archives personnelles de Lydia Brovelli)

Lydia Brovelli était l’unique enfant de Giacomo Zumelli et Micheline Guittard qui tenaient un atelier de confection à Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne). Son père, originaire de la province de Bergame en Italie, s’était réfugié en France en 1945 après son évasion d’un camp allemand de prisonniers. Employé comme tailleur par le ministère de l’Air français, il fit la rencontre de Micheline Guittard, française de famille normande, qui y exerçait en qualité de culottière. Le couple se maria en 1947 et s’établit à Nogent-sur-Marne. L’héritage de cette culture franco-italienne imprégna l’enfance de Lydia Brovelli. Fière de ses origines transalpines, elle eut toutefois à subir les propos xénophobes d’une partie de ses camarades de classe qui ne voyaient pas toujours d’un bon œil la grande communauté « des ritals de Nogent ». Non engagé politiquement en France, le père de Lydia Brovelli restait très imprégné de l’esprit des luttes antifascistes de sa famille. Sa mère était, quant à elle, une militante chrétienne active dans le milieu associatif.

Scolarisée au lycée du Perreux à Nogent-sur-Marne, Lydia Brovelli obtint un brevet supérieur d’enseignement commercial puis entama, en 1968, des études de droit à l’université Paris-II Assas. Sa première année universitaire fut marquée par le grand mouvement étudiant de mai-juin 68. Si elle ne participa ni aux manifestations ni à la contestation qui animèrent le Quartier-Latin, elle prit part aux assemblées générales tenues dans la faculté et se syndiqua à l’UNEF. Ces quelques mois furent un important moment de politisation. Ils coïncidèrent avec des changements dans la vie privée de Lydia Brovelli. En juillet 1968, elle épousa Jean-Pierre Brovelli, professeur agrégé d’économie et militant du SNES, avec qui elle eut deux enfants : Milène (1969) et Stéphane (1976). Le couple se sépara en 1982 et divorça en 1989. Elle conclut ses études supérieures par l’obtention, en 1971, d’une maîtrise de droit public.

Au terme de ses études, Lydia Brovelli fut embauchée comme cadre, au service du contentieux, par une compagnie d’assurances dénommée la Providence. Malgré l’anti-syndicalisme fervent d’une partie de l’encadrement, elle se syndiqua à la CGT en 1972. Rapidement, elle fut désignée représentante au comité d’entreprise puis déléguée syndicale. Les revendications du personnel portaient alors sur la cinquième semaine de congés payés et l’échelle mobile des salaires, qui furent obtenues. Par ailleurs, la direction voulait mettre en place des « horaires variables ». La fédération des Employés, à laquelle le syndicat était rattaché s’y opposa, percevant la mesure comme un handicap à l’exercice de l’activité syndicale. Elle fit pression sur le syndicat, ce qui occasionna de fortes tensions, vite réglées par un référendum auprès des salariés, qui mit en place la mesure. Au gré de ces débats dans l’entreprise, Lydia Brovelli mesura la distance qui pouvait exister entre les positions des syndicats et les attentes des travailleurs, et en l’occurrence des femmes de l’entreprise.

En 1978, Lydia Brovelli accepta d’intégrer le secrétariat de l’UFICT des Banques et Assurances. Elle y siégea jusqu’en 1982, année au cours de laquelle elle fut sollicitée par Alain Obadia, nouveau secrétaire général de l’UGICT, pour intégrer le bureau de l’organisation. Elle n’y siégea que peu de temps puisqu’à quelques semaines d’intervalle, Henri Krasucki lui proposa d’intégrer le Bureau confédéral. Jeune militante ayant des origines immigrées, occupant un emploi d’encadrement et non-communiste, Lydia Brovelli présentait un profil militant en adéquation avec la démarche de renouvellement de la direction cégétiste souhaitée par le nouveau secrétaire général. Toutefois elle n’accepta d’intégrer la confédération, et partant d’occuper un poste de permanente, qu’à deux conditions. La première était de ne pas se voir attribuer la responsabilité de l’action syndicale en direction des femmes. Comme elle l’expliquait lors d’un entretien en 2017 : « je suis féministe et je le revendique, mais je ne voulais pas être cantonnée à cette question ». Deuxièmement, elle refusa de démissionner de son entreprise afin de conserver une indépendance financière vis-à-vis de l’organisation syndicale. Après d’âpres négociations et l’intervention du cabinet de Jacques Delors, l’employeur de Lydia Brovelli accepta de la détacher auprès de la confédération. Le coût professionnel n’en demeura pas moins élevé puisque son évolution de carrière demeura bloquée pendant une dizaine d’années.

Au sein de la direction cégétiste, Lydia Brovelli prit d’abord la responsabilité des secteurs Cadres de vie et Enseignement. Le premier était dédié aux questions du logement et de l’environnement. Le second avait trait aux politiques éducatives et au positionnement de la CGT sur l’ensemble de ces questions. À ce poste, elle dirigea notamment la création de la revue IJKL, décidée par la direction confédérale. Destinée à tous les enseignants – pas seulement à ceux de l’enseignement technique que la CGT syndiquait – cette publication fut source de frictions avec les dirigeants de la tendance « Unité et Action » de la FEN et avec la commission éducation du PCF, alors dirigée par Guy Hermier, qui contestèrent les prises de position de la CGT auprès des enseignants. Son investissement dans le domaine de la formation gagna progressivement en importance puisqu’à partir de 1989, Lydia Brovelli prit la tête d’un vaste secteur de la Formation qui regroupait l’Enseignement et la Formation professionnelle-continue.

De 1984 à 2001, elle siégea par ailleurs au Conseil économique et social dont elle présida la section du Travail de 1999 à 2001.

De manière plus générale, en tant que secrétaire confédérale, Lydia Brovelli défendit une prise d’indépendance de la CGT vis-à-vis des institutions de la galaxie communiste. En ce sens, elle prôna le rejet de la double appartenance des secrétaires confédéraux aux instances dirigeantes du PCF et son corollaire au niveau départemental, la sortie de la CGT de la Fédération syndicale mondiale (FSM) ou encore la fin des consignes de vote adressées aux syndiqués lors des élections présidentielles et législatives. Ses prises de position lui valurent l’inimitié d’une partie de ses camarades cégétistes qui l’accusèrent « d’anticommunisme ». Ces divergences furent au centre des débats sur l’orientation de la centrale auxquels Lydia Brovelli prit une large part au cours des années 1980-1990. Figure reconnue des courants dits « modernisateurs » ou « réformateurs » qui virent le jour au sein de la direction confédérale, elle se positionna pour un renouvellement des pratiques de la centrale. L’ouvrage Faut-il réinventer le syndicalisme ? co-écrit avec Gérard Alezard, Gérard Delahaye et Jean-Michel Leterrier synthétisa les orientations qu’elle défendait. Critiquant l’immobilisme et les positions défensives des appareils syndicaux, les auteurs y présentaient des pistes de travail afin de réinventer l’engagement militant : accroitre l’autonomie des syndicats vis-à-vis du politique, renforcer leur connexion avec les mondes productifs, multiplier le dialogue avec d’autres institutions sociales (École, entreprise, etc.). Ils proposaient également de placer au cœur de l’action revendicative des thèmes peu abordés par les forces syndicales tels l’environnement, le temps libre ou la retraite. La parution de ce volume, en 1995, année du centenaire de la CGT et de la refonte des statuts confédéraux, fit grand bruit au sein de l’organisation. Lors de notre entretien, Lydia Brovelli se rappelait ainsi les tentatives du secrétaire général, Louis Viannet, de s’opposer à sa diffusion au sein de la CGT. La même année, elle cosigna Quelle économie pour l’emploi ? avec Alain Lipietz, Pierre Moscovici et Claude Quin.

Si Lydia Brovelli ne fut jamais adhérente d’un parti politique, elle participa en 1991, avec une trentaine de personnalités dont Monique Chemillier-Gendreau et Gisèle Halimi, au mouvement « Refondations » initié par Charles Fiterman et Max Gallo. Investie en tant que syndicaliste, elle apprécia d’y « faire de la politique autrement » aux côtés de divers acteurs de la gauche communiste, socialiste ou de « non encartés ». Elle regretta la disparition du mouvement du fait des tensions partisanes entre les animateurs demeurés prisonniers de leurs partis politiques.

À partir de 1992, Lydia Brovelli occupa la fonction d’administratrice de la CGT. Son expérience de l’organisation confédérale et le fait qu’elle ne soit pas communiste, comme le voulait la coutume pour ce poste, jouèrent en faveur de sa désignation. La dizaine d’années passées à cette fonction fut consacrée, après avoir fait la transparence sur la situation d’organisation de toute la CGT, au redressement de la situation financière de la centrale. Comme elle l’expliqua lors d’une intervention devant le CCN, en mai 1992, l’organisation se trouvait « exsangue » après avoir perdu près de 70 % de ses adhérents au cours des années 1980. Symbole de cette crise financière, une grande partie des fédérations installées dans le complexe confédéral de Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) n’étaient plus en mesure d’assurer le remboursement de leur dette immobilière. En réponse à ces difficultés, Lydia Brovelli organisa la vente d’une partie des biens immobiliers de la CGT et, surtout, la « densification » du complexe confédéral qui accueillit notamment la rédaction de la Vie ouvrière. En tant qu’administratrice, Lydia Brovelli pilota la réflexion qui conduisit à la réécriture des statuts à l’occasion du centenaire de la CGT, en 1995. Elle fit également voter au congrès de 1999 le principe de la réforme du système des cotisations syndicales : leur répartition en pourcentage entre les différentes structures et l’informatisation des procédures de prélèvement. C’est à cette époque qu’elle fut chargée d’animer le groupe « structures » mis en place avec des fédérations, unions départementales et unions locales en vue de leur évolution et déplora que la réflexion à ce sujet « reste au milieu du gué ».

En 2000, la ministre de l’Emploi et de la Solidarité proposa à Lydia Brovelli d’occuper un poste de conseillère sociale pour les pays de l’Union économique et monétaire Ouest Africaine (UEMOA), ouvert à l’ambassade de France à Dakar (Sénégal). Désireuse de céder sa place au sein du Bureau confédéral à de nouveaux dirigeants, l’intéressée accepta avec enthousiasme cette mission qui lui fit découvrir le monde de la haute fonction publique, les querelles de pouvoir entre ministères concernant la coopération, et la prééminence du ministère des affaires étrangères. Avec son compagnon, Gérard Montant, elle séjourna au Sénégal de 2001 à 2005. Dans le cadre de ses fonctions, elle s’investit dans la formation des inspecteurs du travail de l’Afrique de l’Ouest, la structuration d’un accompagnement des demandeurs d’emploi, la lutte contre le travail des enfants, le développement du dialogue social et l’action du ministère de la Santé contre le Sida.

Au terme de son contrat avec le ministère, elle réintégra son entreprise d’origine (devenue AXA). De 2005 à 2009, elle exerça en qualité de responsable des relations extérieures pour la branche des contrats de groupes de la compagnie d’assurances. En contact régulier avec les organisations syndicales et patronales, elle put y mobiliser sa connaissance des partenaires sociaux acquise tout au long de son parcours militant. Cette expertise fut également au centre de son investissement dans l’association Réalités du dialogue social dont elle devint, par la suite, l’une des animatrices.

Elle réinvestit également son expérience dans le domaine de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) en répondant, en 2013, à une sollicitation de quatre ministres. Elle co-rédigea avec Xavier Drago et Éric Molinié un rapport public au gouvernement intitulé « Responsabilité et performance des organisations – 20 propositions pour renforcer la démarche de RSE ».

En retraite, sa passion de la peinture italienne et de l’art en général l’amena à s’inscrire à l’École du Louvre où elle suivit pendant cinq ans le cycle des auditeurs.

En 1995, Lydia Brovelli avait été élevée au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur. Cette distinction lui fut remise des mains d’Henri Krasucki.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242547, notice BROVELLI Lydia [née ZUMELLI Lydia, Jacqueline, Madeleine] par Nicolas Simonpoli, version mise en ligne le 13 septembre 2021, dernière modification le 28 septembre 2021.

Par Nicolas Simonpoli

Lydia Brovelli aux côtés d’Henri Krasucki lors de la manifestation du 1er mai 1986 (Archives personnelles de Lydia Brovelli)

ŒUVRE : avec Gérard Alezard, Gérard Delahaye, Jean-Michel Leterrier, Faut-il réinventer le syndicalisme ?, Paris, l’Archipel, 1995. – Avec Alain Lipietz, Pierre Moscovici et Claude Quin, Quelle économie pour l’emploi ?, Paris, Éditions de l’Atelier, 1995.

SOURCES : Arch. Institut d’histoire sociale de la CGT (158 CFD 28, 124, 141). – Portrait dans le journal Le Monde, 22 février 1997. – Entretien avec Lydia Brovelli, 2017.

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