EGLER Pierre, Jonas

Par Fernand Brem

Né le 23 juillet 1933 à Oderen (Haut-Rhin) ; syndicaliste CFTC (1952-1964), puis CFDT (1964-1982), puis CFTC maintenue du Haut-Rhin, vice -président de la Fédération CFTC d’Alsace, président de l’UD-CFDT du Haut-Rhin ; conseiller général du Haut-Rhin, maire d’Oderen.

Fils d’Aimé Egler, employé de bureau dans une usine, sergent fourrier des pompiers, conseiller municipal d’Oderen de 1952 à 1965, et de Louise Haller, employée des PTT (gérante d’agence), fille du maire de Mollau, village proche, Pierre Egler, après l’école primaire de son village natal, fréquenta le collège Lambert à Mulhouse. Il y passa un CAP d’employé de bureau et de comptable. En 1950, il entra aux établissements Schaeffer à Saint-Amarin comme « ouvrier aux écritures » et se syndiqua au Syndicat CFTC de l’Industrie textile du Haut-Rhin en 1952. Son engagement syndical ultérieur, fut stimulé par le licenciement abusif de son futur beau-père en 1954. Le 3 septembre 1955 à Fellering (Haut-Rhin), il épousa Jacqueline Guerre. De cette union naquirent six enfants.

Organisateur du syndicat CFTC de son usine, Pierre Egler réussit à en faire une des sections les plus importantes d’Alsace, avec 890 adhérents, soit 90 % du personnel. Très jeune, il s’intéressa à la législation sociale, et en particulier aux retraites complémentaires, ce qui le fit remarquer par les dirigeants de la CFTC alsacienne, Henri Meck*, Théo Braun et François Vogel*. En 1956, il fut élu délégué du personnel, mais ce fut en juillet 1957 qu’il mena sa première bataille syndicale. Après une grève très dure à l’usine Schaeffer de Pfastatt, lors d’une séance du conseil d’administration, les patrons durent sortir des bureaux entre deux haies « d’ouvriers qui leur crachaient dessus ». Le CA se réfugia alors à Vieux-Thann pour continuer ses travaux, mais le personnel de Pfastatt et de Saint-Amarin se retrouva à vélo devant cette usine pour bloquer la réunion. Le PDG, Bernard Thierry – Mieg déclara alors : « Plus jamais ça, nous avons besoin des ouvriers pour faire tourner nos usines. Dorénavant, nous discuterons autour du tapis vert, et non plus dans la rue ». Le comité d’entreprise siégea le 13 et le 14 juillet et aboutit à la signature d’un accord qui prévoyait une nouvelle qualification du personnel et la mensualisation progressive des ouvriers, l’instauration du treizième mois, la création d’une prime de productivité, une échelle mobile des salaires, l’indemnisation du travail de nuit et un budget social géré par le CE. La crise du textile s’installa dans la vallée et, en 1961, le premier drame se déclara à Malmerspach chez les deux frères Schlumpf avec 117 licenciements. Pierre Egler, membre du comité diocésain de l’Action catholique ouvrière, obtint de Mgr Weber, évêque de Strasbourg, une déclaration de solidarité de l’Église d’Alsace lue dans toutes les paroisses. En représailles, les Schlumpf, catholiques, refusèrent de céder le terrain pour la construction d’une église, mais Pierre Egler obtint la cession d’un autre terrain par le protestant Thierry-Mieg.

C’est également en 1961 que Pierre Egler se présenta pour la première fois aux cantonales dans le canton de Wesserling, contre le sortant, Armbruster, pharmacien gaulliste : il fut battu au premier tour. La mort d’Armbruster provoqua une élection partielle en février 1963. Pierre Egler se présenta à nouveau sous l’étiquette de « chrétien social » et avec le soutien du MRP : il fut élu contre le maire de Saint-Amarin, cadre chez Schlumpf, ce qui amena ces industriels suisses à interdire leur magnifique salle des fêtes aux associations de la vallée. Il était alors le plus jeune conseiller général de France.

Vice-président de la Fédération des Syndicats chrétiens d’Alsace, Pierre Egler se prononça le 13 février 1964 au conseil de l’UD du Haut-Rhin pour le maintien des statuts confédéraux de 1947. Le 23 juin, il fut le seul membre de ce conseil à défendre la position d’Henri Meck*, hostile à toute « évolution ». Il fut désigné comme son porte-parole de la région à la tribune du congrès confédéral de novembre, où il eut la tâche difficile de présenter la décision du comité régional : l’Alsace votera en bloc contre le changement, mais s’inclinera si une majorité des deux tiers l’approuve. À l’issue du congrès, Pierre Egler refusa l’invitation de Joseph Sauty* de rejoindre les partisans du maintien de la référence confessionnelle, mais le 9 novembre, lors d’une réunion du bureau de l’UR élargi, il demanda à l’Alsace de soutenir le « mouvement Sauty » et s’abstint lors du vote de la motion de Théo Braun ne mettant pas en cause l’« affiliation confédérale à la CFDT (CFTC) ». Le 15 mai 1965, il fut réélu au conseil de la Fédération des Syndicats chrétiens d’Alsace (CFDT) et le lendemain à celui de l’Union régionale des Syndicats chrétiens d’Alsace CFDT (CFTC).

Pierre Egler continua son travail syndical sous l’étiquette CFDT au sein de l’entreprise Schaeffer, devenue SAIC-Velcorex, où il occupait un emploi à mi-temps depuis 1966. Après le départ de Frédo Krumnow* pour Paris en 1966, il lui succéda comme secrétaire du Comité central d’entreprise du groupe, fonction qu’il assuma jusqu’à son départ en préretraite en 1991, au cours d’une période qui vit la fermeture des usines de Buhl et d’Issenheim et des réductions d’emplois à Colmar, Saint-Amarin et au siège. Il était également depuis 1961 administrateur de la Caisse d’Allocations familiales du Haut-Rhin et il contribua à en faire un organisme pilote en matière d’action sociale (centres sociaux, salles polyvalentes, HLM, travailleuses familiales).

Adhérent en 1965 au MRP, puis au CDS (dont il fut membre du comité directeur), puis à l’UDF, Pierre Egler était hostile aux prises de position politiques de la CFDT. Lorsque la Confédération appela en 1981 à voter Mitterrand*, il protesta publiquement, en même temps que le frère de Jean Kaspar*, délégué syndical chez Peugeot. En octobre 1982, ceint de son écharpe tricolore, il prit part à Mulhouse à une manifestation de paysans et d’artisans contre les mesures prises par le gouvernement socialiste. « Les gauchistes du syndicat ont cherché alors à l’exclure de la CFDT, l’ont privé de ses délégations d’administrateur de la CAF et de la CAIRPSA ». Le lendemain, le conseil syndical CFDT du groupe SAIC vota l’affiliation à la CFTC. Le syndicat textile CFDT du Haut-Rhin ainsi décapité, la CFTC devenait toute puissante dans cette branche : elle délégua à nouveau Pierre Egler à la CAF et à la CAIRPSA (Caisse alsacienne interprofessionnelle de retraite et de prévoyance des salariés) dont il reprit la présidence par roulement.

D’abord secrétaire, puis vice-président, Pierre Egler devint en 1985 premier vice-président du conseil général. Il y assurait aussi la présidence de l’intergroupe UDF-RPR. Il fut battu lors des élections cantonales de mars 1998 par François Tacquard, sans étiquette. Il ne s’est plus présenté aux élections municipales de 2002.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24262, notice EGLER Pierre, Jonas par Fernand Brem, version mise en ligne le 13 janvier 2009, dernière modification le 1er juillet 2009.

Par Fernand Brem

ŒUVRE : Coauteur de Oderen au fil du temps, Mulhouse, 2005 — 113 casquettes, pour quoi faire ou 50 années au service des autres, Mémoires de Pierre Egler, s.l., 2006.

SOURCES : Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne, fascicule 9, Strasbourg, 1986, p. 757. — François Igersheim, « De la CFTC à la CFDT en Alsace », in De la CFTC à la CFDT. L’évolution confédérale. L’adhésion de l’Alsace, Strasbourg, Almémos, 2004. — François Uberfill, « Les congrès régionaux des 15 et 16 mai 1965 », même ouvrage. — État civil d’Oderen.

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