OMET Marcel, Louis, François

Par Daniel Grason

Né le 20 août 1928 à Paris (VIe arr.), mort le 2 août 2021 à Le Thor près de L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) ; serrurier d’entretien, affûteur ; communiste ; militant syndicaliste CGT ; secrétaire de l’Union locale CGT de Gennevilliers Villeneuve-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine) ; permanent de la CGT au secteur des relations internationales.

Marcel Omet
Marcel Omet

Les parents de Marcel Omet vinrent avant la Seconde Guerre mondiale habiter à Gennevilliers. Il fit la connaissance d’Émilienne Reynaud, ouvrière au Carbone-Lorraine qu’il épousa, le couple eu un enfant prénommé Patrick. Le 23 janvier 1946 à l’âge de dix-sept ans, il fut embauché chez Chenard & Walcker une entreprise emblématique de la métallurgie. Sans aucune formation professionnelle, il fut successivement de 1946 à 1969 jeune travailleur, ouvrier spécialisé, serrurier d’entretien P1, affûteur P1.
Le jour de son embauche, un militant de la CGT vint le voir et lui remis sa carte de l’organisation et le montant mensuel de la cotisation. Il s’en souvenait : « Je suis rentré vers le 20 janvier 1946. Bon, j’ai passé la visite médicale, j’ai ensuite été chercher mes outils au magasin. On m’avait mis à l’ébauche des calibres avec la qualification de “Jeune ouvrier”, qui était une qualification maison. Je n’avais pas de métier, j’étais donc à l’ébauche des calibres. Je m’apprêtais à ranger mes outils dans mon tiroir. Il y a un gars qui arrive, un petit en blouse grise, Diazzi, qui était d’origine italienne, un tourneur-outilleur. Il me dit : “C’est toi le nouveau ?”Je lui dis oui ! Il me dit : “V’là ta carte syndicale, je passe dans dix minutes, démerdes-toi d’avoir de la monnaie.” Ça, ça me restera jusqu’à la fin ».
« Un matin, je vois les gars qui se lavent les mains. Il y avait dans notre coin, une espèce de bac avec un robinet. Je vois Picaton, il vient me voir : “Tu ne débrayes pas ?” Et moi, le terme “débrayer”, je t’assure que je ne connaissais pas. J’avais dix-sept ans. Je ne connaissais pas ce mot-là. J’ai eu un déclic, j’ai vu les gars qui rangeaient leurs outils, j’ai compris qu’ils arrêtaient de travailler ». Il répondit : “Ben oui, … je débraye”. Comme notre endroit était près d’une allée qui traversait l’atelier, j’ai vu les gars de l’atelier 2 qui traversaient l’outillage et l’atelier 1. Et les gars de l’atelier 1 partaient aussi. Je me suis rendu avec tout le monde à l’atelier de réparation des machines-outils ».
« Gaby Girault habitait dans la Cité-jardins, il était délégué CGT. Il prenait la parole avec tous les autres délégués autour de lui. Ça m’a foutu un choc. Il parlait des conditions de travail. À l’époque, il y avait encore des coupures de courant, une fois par semaine on ne travaillait pas la journée, mais on travaillait la nuit. Donc il y avait des revendications qui portaient sur les conditions de travail, les salaires, mais toute l’usine était rassemblée. C’était le grand meeting… Nous étions là, et je me rappelle avoir vu le chef du personnel venir au meeting. En costume, il était reconnaissable parmi tous les travailleurs qui étaient en bleus ; il écoutait ce que Girault disait, ce que le délégué disait. »
« Le qualificatif d’anarcho-syndicalisme était employé par la direction de la Fédération des métaux CGT », précisait Marcel Omet, qui ajoutait « Les ouvriers professionnels de Chenard pratiquaient la démocratie syndicale, ils consultaient les syndiqués et ensuite l’ensemble des travailleurs. »
« C’est Maurice Pinard qui s’était battu pour la retraite complémentaire. Mais c’est un gars de Force ouvrière Lucien Rouet qui a été le premier à poser le problème. La CGT a été aussi dans le coup… mais il y a eu des réticences. Il y avait des réactions étroites parmi nous parce qu’il fallait cotiser. C’était un peu rentrer dans le système, disait-on. »
« Et chez Chausson, en 1955, il y a eu une grève importante dans tout le groupe. Nous avions obtenu, même avant Renault, la 3e semaine de congés payés dans le cadre des accords, et aussi les retraites complémentaires… En 1956, ça a été la création de l’IREPS avec Chausson, la Thomson… Nous l’avions obtenu avant tout le monde. »
« Il y a tout de même quelque chose d’important, ce sont les accords Chausson. Ils dataient de 1951, c’était tout de même quelque chose. C’était une avancée sur les conventions collectives », soulignait Marcel Omet.
En 1950, il participa à une réunion de jeunes de l’entreprise de Gennevilliers et d’Asnières pour partir en Yougoslavie reconstruire l’université de Zagreb. Des ouvriers étaient membres du Parti communiste internationaliste d’obédience trotskiste parmi lesquels : Pierre Avot, Gilbert Marquis, Daniel Righetti, Octave Vieillard… Il n’y ne partira pas faute de ressources suffisantes nous dira-t-il en 2003. Selon son témoignage « Je recevais le journal Tanjug, édité en français. Il dépassait de la poche de ma veste, cela s’est vu. En 1950, j’ai été exclu à vie du Parti comme “Agent rémunéré de l’ambassade titiste” ».
Il avait été marqué par la guerre d’Algérie. Il se souvenait de « L’état d’esprit de l’époque. Le gars qui portait des valises ou celui qui donnait un coup de main au FLN, ça posait des problèmes politiques. Ils reposaient sur les controverses entre le FLN et le mouvement communiste. Je caricature, les uns étant internationalistes, les autres étant des nationalistes. Le mot d’ordre “Paix en Algérie !”, ce n’était pas un mot d’ordre adéquat, c’était l’Indépendance, la lutte, une solidarité… Mais il fallait tenir compte du niveau de conscience des gens et notamment de ceux qu’on voulait mobiliser. C’était un mot d’ordre qui permettait, disons, de rassembler le maximum de gens et des gens très loin politiquement les uns des autres. »
La guerre d’Algérie marqua fortement l’opinion publique, les discussions dans l’entreprise. L’année 1961 va marquer un tournant qui mènera l’année suivante à l’indépendance du peuple algérien. Le 22 avril, les généraux factieux Salan, Jouhaux, Challe et Zeller dirigent un putsch militaire à Alger. Comment ces événements avaient-ils été vécus chez Chenard ? Marcel Omet s’en souvenait. « André Malraux avait mobilisé des gars à l’Hôtel de Ville, ils étaient armés et couchaient sur place. On était allé voir Moulin, le directeur. C’était un grand bonhomme, près de deux mètres, qui avait été un attaché au cabinet de Charles Tillon à la Libération, c’était un commandant d’aviation… On lui demande “de mettre à la disposition du personnel, le matériel roulant, la libre circulation des délégués à l’intérieur et à l’extérieur de l’usine, la disposition dans le poste du gardiennage des sirènes d’alarme et officiellement de constituer des milices antifascistes dans les ateliers”. Il nous a regardé : “Puis quoi encore ?…” Je lui dis : “Écoutez, monsieur Moulin, puisqu’il en est ainsi, nous informons le personnel que la CGT se met à la disposition de la République, mais que vous nous refusez les moyens nécessaires à ce que l’on puisse effectuer notre devoir de citoyen à l’appel du Premier ministre.” Stupeur de Moulin. Dix minutes après, il nous faisait appeler : Matériel, voitures, occupation jour et nuit au poste de gardiennage, libre circulation à l’intérieur…On a eu champ libre pendant une huitaine de jours. »
« Il y a eu à un moment la revendication “Des armes pour la classe ouvrière !” Certains en ont amenés à la Bourse… Les mecs, ils arrivaient avec des tromblons… Nous les avons emportés chez Chenard dans le local syndical. »
Plus de quarante ans après les ratonnades du 17 octobre 1961, ceux qui militaient à l’époque se souvenaient spontanément des huit morts du métro Charonne, mais peu ou très peu des morts algériens d’octobre 1961 à Paris.
Il participa à la grève de mai-juin 1968, du fait de son expérience syndicale il a été envoyé dans la localité voisine de Villeneuve-la-Garenne pour épauler les militants des entreprises dont la plus emblématique était les chantiers navals Franco-Belge.
En février 1969, il succéda à Joseph Aulnette à l’Union locale CGT de Gennevilliers Villeneuve-la-Garenne. Du 1er octobre 1970 au 31 janvier 1971, il participa à l’école centrale de quatre mois du Parti communiste à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Jean Burles en était le directeur épaulé par André Boursier futur maire de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis).
Au cours de l’année 1971 il quitta l’Union locale CGT pour le département international de la CGT où il débuta avec Gilbert Julis pendant quelques années puis lui succéda. Il travailla en relation avec René Duhamel, secrétaire confédéral de la CGT. Marcel Omet fut le responsable pour les relations avec le mouvement syndical en Afrique de l’Ouest, à Madagascar et au Proche-Orient. Lors de ses séjours dans les anciennes colonies françaises, la misère résultat du sous-développement le marqua profondément. Il fut confronté aux réalités sociales et à un mouvement syndical balbutiant.
Au Proche-Orient il se rendit à Bagdad en Irak, eut une entrevue en Syrie avec Hafez el Assad, le chef d’état syrien, et en compagnie de Jacqueline Marest, membre du Bureau confédéral de la CGT, il rencontra Yasser Arafat, dirigeant de l’Organisation de Libération de la Palestine.
Il cessa toute activité avec le département international de la CGT en 1993 à l’âge de 65 ans. Marcel Omet était un remarquable conteur, il affirmait avec le plus grand sérieux que Missak Manouchian avait travaillé chez Chenard et Walker, ce qui était faux. Le héros de l’Affiche Rouge fut ouvrier à Arnage près du Mans dans la Sarthe.
La mort de son épouse Victoire Émilienne le 3 septembre 2019 à Colombes le déstabilisa, il ne pouvait rester seul. Il partit vivre près de membres de sa famille dans le Vaucluse où il mourut.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242690, notice OMET Marcel, Louis, François par Daniel Grason, version mise en ligne le 22 septembre 2021, dernière modification le 17 octobre 2021.

Par Daniel Grason

Marcel Omet
Marcel Omet

SOURCES : Chausson : Une dignité ouvrière, Bernard Massera & Daniel Grason, préface Michel Verret, Éd. Syllepse, 2004, et un long compagnonnage militant de l’auteur avec Marcel Omet.

Photographie : Daniel Grason (D.R.)

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