BAUDRY Guy, Clément, Robert

Par Robert Kosmann

Né le 8 juillet 1930 à Sanxay (Vienne), mort le 3 décembre 2015 Pont-d’Ouilly (Calvados) ; mouleur en fonderie puis technicien fonderie chez Renault à Boulogne Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine) ; militant CGT-Force ouvrière (1947-1985), délégué syndical CGT-FO, délégué du personnel, délégué au CE, au CHS-CT à Boulogne Billancourt ; adhérent SFIO.

Guy Baudry, archives familiales

Le père de Guy Baudry, Firmin Baudry fut cordier-commerçant puis contremaître aux fonderies acier chez Renault où il encadrait les manœuvres algériens ; sa mère, Hélène née Joseph travaillait après-guerre chez Gévelot, cartoucherie à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). Firmin Baudry fut chargé, à l’exode, en 1940, d’évacuer en camions, les familles des ouvriers des fonderies ainsi que les plaques modèles de fonderie afin de préserver les secrets de fabrication.

Guy Baudry profondément catholique, enfant de chœur, voulait rentrer dans les ordres. En 1945, il était adhérent à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) et aux « Cœurs Vaillants ». Il entra à 14 ans en apprentissage de mouleur-noyauteur-modeleur au Centre d’apprentissage de Renault-Billancourt le 25 janvier 1945. Il fut embauché jeune professionnel en 1947 après son CAP en fonderie acier au département 66. En mars 1949, il passa professionnel mouleur main P1 à l’atelier 59 puis mouleur sable et modèle métal P2 en octobre 1949 à l’atelier 2759. De novembre 1950 à avril 1952 il partit 18 mois à l’armée au 19e bataillon de chasseurs portés, pour l’occupation de l’Allemagne à Eicherscheid près d’Aix la Chapelle.

De retour chez Renault en 1952, dans le même atelier, il devint mouleur sable P3, puis mouleur modeleur P3. En 1974, il fut affecté en fonderie expérimentale en tant qu’agent technique et, en 1984, il fut nommé technicien fonderie jusqu’à son départ en pré-retraite, le 9 novembre 1985.

Sur le plan politique, profondément anticommuniste, il adhéra aux idées socialistes de la SFIO dès 1945 lors de distribution de tracts « Résistance Ouvrière ». À la suite de la SFIO, il s’affilia au Parti socialiste en 1969 lors du congrès d’Issy-les-Moulineaux. Il accentua son militantisme au PS après sa retraite passée en Normandie, jusqu’à la fin de sa vie.

Sur le plan syndical, dès l’âge de 15 ans, en 1945, il participait à la distribution de Résistance ouvrière journal de la CGT qui regroupait en partie les futurs oppositionnels et qui deviendra après la scission de la CGT-FO l’hebdomadaire Force Ouvrière puis FO Hebdo. Dès 1947, il rejoignit la scission pour participer à la naissance du syndicat FO chez Renault qui, à ce moment, regroupait surtout des cadres de l’entreprise.

Guy Baudry fut l’un des cadres du syndicat derrière les principaux dirigeants de l’époque (Louis Astruc, Louis Blanc). À partir de 1947 et jusqu’à sa retraite, il fut élu comme délégué du personnel du comité d’entreprise, délégué CHS-CT, délégué syndical et délégué aux accords Renault. À la suite de l’invasion de la Hongrie en 1956 par les troupes soviétiques, lors d’un meeting CGT place Jules-Guesde à Boulogne, un petit groupe de dirigeants FO fut interpellé pendant le meeting par Roger Linet pour leur position anticommuniste. Une violente bagarre s’ensuivit, Louis Blanc et Guy Baudry furent blessés dans l’affrontement ; plainte fut déposée, des blessures aux mains et aux genoux furent constatées pour Guy Baudry, les agresseurs condamnés par la justice et une pension à vie fut versée à Baudry et Blanc. Dans la même période, Guy Baudry protégea un militant algérien membre du MNA (Mouvement national algérien) en lutte contre le FLN (Front de libération national) en le logeant provisoirement.

Courant 1959, alors que Robert Bothereau était secrétaire général confédéral FO, le syndicat FO Renault se désaffilia de la confédération pour fonder un syndicat autonome l’Union ouvrière automobile (UOA). Le conflit portait surtout avec la Fédération FO de la Métallurgie jugée complaisante à l’égard de la direction Renault et privilégiant le 2e collège des cadres et techniciens en occultant les revendications ouvrières. Louis Blanc fut un des protagonistes principaux de cette scission qui ne dura pas dans le temps (1959-1963). Avec la constatation de pertes d’adhérents et avec l’arrivée d’André Bergeron à la tête de la confédération, le syndicat FO Renault revint dans le giron de Force ouvrière. Le syndicat, qui avait été l’un des premiers à signer les accords Renault de 1955 qui avaient apportés la troisième semaine de congés, était un habitué des négociations et des compromis salariaux avec la direction Renault. À ce titre, il était très fortement critiqué par les syndicats CFDT et CGT qui animaient les grèves nombreuses à l’époque et reprochaient à FO d’en tirer les acquis, le dénonçant comme un « syndicat de perron ». Guy Baudry fut donc souvent confronté aux syndicalistes de la CGT qui étaient de la même génération que lui (Roger Silvain, Aimé Halbeher, Claude Poperen…).

Arrivé à l’âge de la retraite, Guy Baudry quitta l’entreprise en pré-retraite, en novembre 1985. Il regrettait les dérives du syndicalisme d’accompagnement quand « il n’y avait plus de grain à moudre », il était également déçu par le déclin syndical et les effets de l’individualisation chez les salariés.

Sur un plan personnel, Guy Baudry avait fréquenté le club de boxe de l’école Renault et pratiqua la boxe amateur durant plusieurs années en compétition. Il se maria avec Jeanne Leroux, née le 16 octobre 1925 ; ils eurent quatre enfants, deux filles : Joëlle en 1947, Édith en 1960 et deux fils ! Norbert en 1958 et Philippe en 1961. Norbert Baudry, son premier fils, fut apprenti puis ouvrier et agent de maîtrise chez Renault et l’un des responsables du syndicat CGT-FO de « Renault siège » à partir de 1997.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242809, notice BAUDRY Guy, Clément, Robert par Robert Kosmann, version mise en ligne le 27 septembre 2021, dernière modification le 28 septembre 2021.

Par Robert Kosmann

Guy Baudry, archives familiales
Guy Baudry (à droite) dans l’atelier de fonderie, archives familiales.

SOURCES : Entretien et correspondance avec Norbert Baudry en septembre 2021. — Archives confédérales Force ouvrière, Résistance Ouvrière. — Louis Blanc, Militant de la justice sociale et de la liberté, Paris, L’Harmattan, 2020. — Jean-Yves Sabot, « Force ouvrière dans la métallurgie à sa création » in Michel Dreyfus, Gérard Gautron, Jean-Louis Robert (dir.) La Naissance de Force ouvrière. Autour de Robert Bothereau, Rennes, PUR, 2003. — Robert Kosmann, « Entretien avec Mr Louis Blanc », Renault-Histoire hors série, « Renault 1955 », mars 2003.

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