BELLEVILLE Renée [épouse LORIGUET Renée, puis COPPIN Renée] [engagée sous divers pseudonymes dans la Résistance]

Par Jean Belin

Née le 4 juin 1914 à Dijon (Côte-d’Or), morte le 12 juillet 2005 à Chenôve (Côte-d’Or) ; employée du commerce ; militante communiste en région parisienne et en Côte-d’Or ; résistante au sein du Front national et des FTPF ; militante de l’UFF et du Secours populaire.

Fille d’Antoine Jules Belleville, ouvrier charretier, et de Louise Léonce, cinquième d’une fratrie de sept enfants, Renée Belleville perdit sa mère lorsqu’elle avait 13 ans. Dès lors, elle dut s’occuper de sa jeune sœur et de son jeune frère. Elle était domiciliée chez son père au 64 avenue de l’Arsenal à Dijon et travailla comme ouvrière aux savonneries de Bourgogne après la fin de sa scolarité. Au début de 1934, son frère aîné, Armand Belleville l’emmena chez le groupe des « Campeurs ouvriers dijonnais », une association créée par la CGTU et le Parti communiste, où elle fit la connaissance de Maurice Loriguet, ouvrier métallurgiste, qui devint son mari. Elle milita aux jeunesses communistes et participa aux activités culturelles du Cercle sportif laïque dijonnais (CSLD). Renée et Maurice quittèrent Dijon à la fin de 1934 pour s’installer en région parisienne. Ils se marièrent le 17 septembre 1935 à Villeneuve-le-Roi (Seine-et-Oise-Val-de-Marne). Ils eurent deux enfants. Renée Belleville travailla comme vendeuse aux Galeries Lafayette à Paris avant la guerre. Elle participa aux grèves avec occupation du printemps 1936 dans son établissement et aux manifestations parisiennes.
Maurice Loriguet fut mobilisé en septembre 1939 et son régiment stationna à Montpellier (Hérault). Puis ce fut l’exode. Renée Loriguet quitta la région parisienne pour se jeter sur les routes avec sa fille Mauricette et quelques maigres bagages. Après la capitulation, ce fut le reflux et Renée réintégra son logement au 103 avenue Leffol à Villeneuve-le-Roi. Maurice démobilisé, le couple colla des affiches, distribua des tracts et des journaux. Après l’arrestation de Maurice Loriguet par la police française au domicile conjugal en octobre 1940, Renée fut désignée par le Parti communiste clandestin de la région parisienne afin d’établir une des premières liaisons avec les détenus communistes du camp d’Aincourt (Seine-et-Oise-Val-d’Oise) en tentant de faire parvenir des documents et des renseignements pour organiser des évasions.

Menacée d’arrestation, elle dut se séparer de sa fille âgée de quatre ans, afin de pouvoir disposer de tous ses moyens et de son temps pour se consacrer à la Résistance. Sous la direction d’Auguste Gillot (futur membre du Conseil National de la Résistance), elle accomplit plusieurs actes de Résistance. Elle organisa un centre dans un appartement rue du Point-du-Jour pour ronéotyper des tracts et des journaux clandestins qui étaient diffusés dans la partie sud de Paris et au-delà.
En mai 1941, elle fut chargée par Cécile Ouzoulias, de pénétrer dans une « planque » du FN, située rue Caulaincourt dans le XVIIIe arrondissement à Paris, afin de retirer des documents militaires précieux, trompant la surveillance qui entourait cette « planque ».

En août 1941, elle fut versée à l’Organisation spéciale (OS), puis aux FTPF et chargée pendant toute l’occupation dans la région parisienne, puis en province, de la transmission des ordres et des rapports d’opérations de transports d’armes et d’explosifs. En janvier 1942, elle fut notamment chargée de récupérer des armes et des documents au domicile clandestin d’un responsable parisien qui venait d’être arrêté. Clandestine depuis plus d’un an, elle participa à d’autres actions de résistance comme celle de la rue Daguerre dans le XIVe arrondissement à Paris aux côtés de Lise Ricol et de Madeleine Gesret.

Ses responsabilités l’amenèrent à avoir la liaison avec Claudine Chomat, le colonel Baudoin (René Camphin), Marcel Servin ou encore Pierre Villon. Après plusieurs missions périlleuses qui lui valurent les félicitations de l’État-major FTPF, elle fut à nouveau désignée pour aider à la préparation d’une évasion collective de détenus du camp de Royallieu près de Compiègne. Grâce au concours de Renée Loriguet en liaison avec les FTPF, 19 internés purent s’évader dans la nuit du 21 au 22 juin 1942 par un souterrain de quarante-huit mètres, creusé par les internés communistes, opération menée sous la direction de Georges Cogniot. Parmi les fugitifs, son mari Maurice Loriguet , qui devait être déporté le lendemain en Allemagne, André Tollet et Louis Thorez. Quelques mois plus tôt, Renée Loriguet avait rendu visite à son mari au camp de Compiègne accompagnée de sa fille Mauricette, cachant dans ses poches des directives d’évasion.

Après cette évasion spectaculaire, Maurice Loriguet fut envoyé en Côte-d’Or en juillet 1942 par la direction clandestine du Parti communiste, pour impulser la mise en place du Front national dans le département. Renée Loriguet l’accompagna comme agent de liaison. Ils furent tous deux hébergés par Marguerite Faucillon, puis par Bernard Seguin, deux résistants dijonnais et amis du couple. Ils prirent rapidement de nombreux contacts avec des patriotes venus d’horizons politiques divers et de chrétiens comme l’abbé Louis Cochet de Couchey (Côte-d’Or) afin de couvrir le plus largement possible le département de groupes constitués et de recruteurs du FN. Renée Loriguet poursuivit ses activités de liaisons et de transports d’armes. Au cours d’une réunion clandestine, elle retrouva à nouveau Auguste Gillot qui était accompagné de Marcel Dufriche, responsable du Front national pour les départements de Côte-d’Or, de l’Yonne, de l’Aube et de Saône-et-Loire de mars à décembre 1943. Maurice Loriguet était présent lors de cette rencontre qui avait pour objet de faire le point sur la situation des forces engagées du FN. Renée rencontra Pierre Georges (futur Colonel Fabien) vers la fin de 1943, alors qu’il était hébergé lors de son passage en Côte-d’Or chez l’abbé Cochet à la Cure de Couchey. Renée Loriguet assurait des liaisons régulières avec l’abbé et le groupe FN de Couchey. L’abbé Louis Cochet et la plupart des membres du groupe FN de Couchey et environs furent arrêtés par la Gestapo le 27 janvier 1944. Torturé, l’abbé Cochet ne livra pas les noms de Renée et Maurice Loriguet. Il mourut en déportation au KL de Gross-Rosen en Pologne le 23 décembre 1944.

Lors de leurs déplacements en région parisienne, Renée et Maurice Loriguet retrouvèrent leur logement au 14 rue de La Fontaine dans le XVIe arrondissement à Paris qui servit également pour des réunions clandestines. De son entrée dans la clandestinité et jusqu’à la Libération, Renée Loriguet porta les pseudonymes de Mauricette Leblanc, Janine Marchand, Marguerite-Renée Voyemant, Renée Cottin, Jacqueline Gardy, Renée Duchemin et Claire-Renée Olivier. Après la Libération de Dijon, Maurice et Renée Loriguet reprirent possession de leur logement parisien.

Renée Loriguet donna naissance à un fils, Jean, en avril 1945. Le baptême laïc eut lieu à Paris avec Georges Cogniot pour parrain. Elle poursuivit ses engagements au Parti communiste et à l’Union des femmes françaises (UFF). Le couple se sépara et Renée s’installa à Marseille au début de l’année 1947. Elle fut embauchée au journal La Marseillaise. Au mois de juillet de la même année, elle revint en Côte-d’Or avec ses deux enfants. Elle s’installa à Dijon et fut embauchée comme vendeuse au Prisunic.

Renée Belleville se remaria en novembre 1952 à Dijon avec Armand Coppin, cheminot, syndicaliste, militant communiste et résistant, avec lequel elle eut quatre enfants. Elle fut décorée de la médaille de la Résistance, celle du Combattant volontaire. Elle reçut également la médaille de bronze de l’Office républicain des mérites civiques et militaires, ainsi que la Croix de vermeil du mérite et du dévouement français. Renée Coppin était domiciliée au 20 Bd. Édouard Branly à Chenôve lors de son décès.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242831, notice BELLEVILLE Renée [épouse LORIGUET Renée, puis COPPIN Renée] [engagée sous divers pseudonymes dans la Résistance] par Jean Belin, version mise en ligne le 1er octobre 2021, dernière modification le 1er octobre 2021.

Par Jean Belin

ŒUVRE : Si Compiègne, ce fut cela, édition La Pensée Universelle, juillet 1983

SOURCES : Témoignage d’Albert Ouzoulias, octobre 1980 et de Renée Coppin, octobre 1993. — Témoignage d’Auguste Gillot, membre du CNR, octobre 1979. — Certificat de Marcel Dufriche, maire de Montreuil, octobre 1980. — Les communistes dans la Résistance en Côte-d’Or, édition de 1996. — Résistance en Côte-d’Or, Gilles Hennequin, tome 1, édition de 1983. — André Tollet, [Le souterrain]. — Arch. Dép. de Côte-d’Or, état civil, recensement de la population. — Si Compiègne ce fut cela, Renée Coppin-Belleville, juillet 1983. — Renseignements fournis par son fils Raymond Coppin et sa fille Mauricette Rougeot, née Loriguet.

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