BRU Jacky (Markine)

Par Bernard Thiéry

Né le 21 juin 1945 à Paris ; fait toute sa carrière dans le secteur bancaire à l’UCB (Union du Crédit pour le Bâtiment), filiale de la Compagnie Bancaire et de Paribas ; militant à Paris puis dans le Val-de-Marne, de la JC, puis du PCF, de la CGT, de la LC-LCR, du NPA, adhérent à la IVe internationale.

Jacky Bru est né à Paris. Sa mère, Suzanne Thévenet était employée de bureau. Son père Georges Bru était enseignant, militant du PCF. Son grand-père, Abel Bru était ouvrier ébéniste. Après le divorce de ses parents, Jacky Bru fut élevé par sa mère et par ses grands-parents maternels, Marthe Tournadre et Pierre Thévenet dans le 13e arrondissement de Paris. Il y fréquenta l’école privée « Notre-Dame de la Gare » des Frères maristes des écoles chrétiennes, rue de Domrémy . Au cours de ses études secondaires jusqu’en classe de première au collège-lycée Lavoisier (Paris 5ème arr.), il fit la connaissance de Daniel Voguet, l’un des fils du député PCF de l’époque André Voguet et de Daniel Tollet fils d’André Tollet, résistant et dirigeant de la CGT. Avec eux, Jacky Bru créa en mars 1960 dans ce lycée un cercle de la Jeunesse Communiste (JC), dont l’activité était principalement tournée contre la Guerre d’Algérie et les menées de l’extrême droite et des tenants de l’Algérie Française au Quartier latin (putsch d’Alger, OAS, etc.).

En 1962, il adhéra au PCF dans la « Cellule du Dessous des Berges » dans le 13e arrondissement ; elle était animée par Pierre Bégout qui lui fit une très forte impression.
Il prépara ensuite son baccalauréat scientifique (Maths Élem) au lycée Rodin (13e arr.) qu’il obtint en 1965. Il entreprit ensuite des études de maths et de physique tout en travaillant à temps plein, pour seconder sa mère, comme surveillant dans plusieurs collèges d’enseignement technique (CET), sans cesser de militer au PCF et en commençant à le faire, dès 1966, à la CGT (au SNETP-CGT, aujourd’hui devenu la CGT Éduc’Action).

Il se maria en 1967 avec Danièle Arrault. Ils s’installèrent à Paris (XIe arr.). Il abandonna la Faculté de Sciences pour le CNAM (Physique Nucléaire), puis entreprit en parallèle des études d’économie à la Faculté d’Assas, puis de Nanterre. Il fut élu cette année-là à la section Bastille du PCF (direction intermédiaire regroupant les cellules du quartier). En janvier 1968 naquit leur fille Christel qui, par la suite lui donna deux petits-enfants.

En mai-juin 1968 , il participa à l’occupation, par les enseignants et autres personnels, du CET d’application de l’École Normale d’Apprentissage, rue de la Roquette (Paris 11e) qui formait les futurs enseignants de CET. Au PCF, il fit la connaissance d’un professeur-stagiaire qui se révéla plus tard être un militant entriste du PCI (section française de la IVe Internationale). En sa compagnie, il participa à toutes les manifestations et meetings, notamment celui du stade Charlety le 27 mai. Ils partagèrent leurs critiques de la politique du parti et de l’URSS. Ce fut pour Jacky Bru une période d’intenses lectures (Marx, Lénine, Rosa Luxemburg etc.), de découverte de Trotsky (la trilogie d’Isaac Deutscher, le Programme de transition, La Révolution trahie, etc.).
Ce camarade le mit en contact avec le Groupe Bonnard (« Où va le parti ? »), groupe d’oppositionnels à l’intérieur du PCF, animé par Jean-Michel Mension dit Alexis Violet. S’y trouvaient aussi notamment Jean-Michel Brabant dit Vian Joël Merrien dit César. Avec ce groupe, Jacky Bru observa attentivement la création de la Ligue communiste (LC). J.M. Mension demanda aux participants d’y adhérer par une sortie publique groupée du PCF. Ce fut fait en mai 1969, à l’occasion du grand meeting au Palais des Sports pour le lancement de la campagne électorale d’Alain Krivine à l’élection présidentielle.

Jacky Bru fit son service militaire dans un régiment de Transmissions en 1970-71. Il fit circuler Rouge, l’hebdomadaire de la LC, dans la caserne. Son appartenance à la LC était connue des appelés du contingent et des petits gradés engagés. Affecté à la caserne de Bicêtre (Commune du Kremlin-Bicêtre), il rentrait tous les soirs à son domicile, ce qui lui permit de continuer ses études et de participer aux activités de la LC.

En 1972, il intégra la Banque Populaire, puis l’UCB (Union du Crédit pour le Bâtiment) l’année suivante, filiale de la Compagnie Bancaire, où il fit toute sa carrière. En 1974, lil participa à la grande grève des banques, principalement des banques nationalisées (BNP, Crédit Lyonnais, Société Générale), des cellules de la LC fleurirent un peu partout, notamment à la Compagnie Bancaire. À peine embauché, il rejoignit le syndicat CGT de ce groupe où, avec ses camarades de la Ligue, Félix/Nadeau et Pilar, ils se confrontèrent aux militants du PCF qui dirigeaient alors le syndicat, dont ils devinrent bientôt les principaux animateurs. Le syndicat publiait une feuille de boîte intitulée CB-Réalités (la direction de l’entreprise diffusait au personnel un magazine qui s’appelait CB-Informations...) tandis que la cellule de la Ligue distribuait la sienne, CB-Rouge, toutes deux principalement rédigées par eux trois. Dans cette cellule se retrouvaient aussi des militants isolés d’autres banques telles que le CIC (Crédit industriel et commercial), Barklays, etc. Une branche Banques de la Ligue fut créée, à laquelle Jacky Bru participa pendant plusieurs années.

Jusqu’à son départ en préretraite, il participa à la commission exécutive du syndicat CGT du groupe de la Compagnie Bancaire, puis de Paribas lorsque cette dernière absorba la Compagnie Bancaire. Au cours de ces années, il occupa diverses fonctions de représentation syndicale (délégué du personnel, délégué syndical, représentant syndical au comité d’entreprise de l’UCB et au comité de groupe). Dans les années 1980-2000, l’UCB connut plusieurs plans sociaux. Jacky Bru co-anima des grèves et participa aux négociations des conditions sociales de ces plans afin d’obtenir de meilleures conditions de départ pour les salariés licenciés.

Il partit en préretraite en 1999, à l’issue du sixième plan social.

Entre les années 1970 et 2000, la LCR connut plusieurs scissions dont elle sortit très affaiblie. La branche Banques disparut ainsi que la cellule de la Compagnie Bancaire. Bien qu’il ne participât à aucune de ces scissions, il prit une part active aux débats internes qui les précédèrent. Après la dissolution de la LC en 1973, convaincu qu’il fallait tourner le dos à l’orientation « gauchiste » qui dominait alors, il se rapprocha du courant animé par Gérard Filoche puis, par la suite, de la Tendance léniniste trotskyste (la TLT) qu’animaient Daniel Glukstein (Seldjouk), Christian Phéline (Némo), Dominique Losay (Letourneau) qui rejoignirent l’OCI « lambertiste » après la scission de 1979, pour certains pour une brève période. Il y côtoya notamment Jean-René Chauvin avec lequel il signa un appel de militants de la TLT qui s’opposaient à la scission.

En 1999, après son départ en préretraite, il rejoignit la LCR du Val-de-Marne et participa à sa direction fédérale, puis à partir de 2009 à la coordination départementale du NPA lorsque celui-ci fut créé. En 2021, après plus de 50 ans de militantisme dans les rangs trotskystes, il était toujours membre du NPA et de la IVe Internationale, et également de la CGT.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242847, notice BRU Jacky (Markine) par Bernard Thiéry, version mise en ligne le 1er octobre 2021, dernière modification le 14 octobre 2021.

Par Bernard Thiéry

Avec les gilets jaunes (en rouge)

SOURCES : Rouge n°4, 29 octobre 1968 : « Où en est le Parti ? » ; -Ligue communiste, Où en est le Parti ?, Document rouge n°6, 1970, 53 p. — Jean-Guillaume Lanuque et Jean-Paul Salles, « Trotskismes », in Antoine Artous et alii, coord., La France des années 1968, Syllepse, 2008, p. 783-794. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire 1968-1981, Instrument du Grand soir ou lieu d’apprentissage ?, Presses universitaires de Rennes, décembre 2005. — Hélène Adam et François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse et Arcane 17, 2019.

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