DE SAINT ÉTIENNE Georges

Par Daniel Grason

Né le 8 juin 1920 à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 1er mars 1976 à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) ; commis boucher ; communiste ; résistant ; déporté.

Fils d’Ernest et de Suzanne née Ballon, Georges de Saint Étienne vivait chez ses parents 5 rue Marie Doffe à Clamart (Seine, Hauts-de-Seine). Il obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Son père, Jean de Saint-Étienne était maire de Clamart et conseiller général de la Seine. Georges adhéra aux Jeunesses communistes à la fin de l’année 1938, il milita jusqu’à la dissolution du Parti communiste.
Il exerçait sa profession au Petit Clamart à la boucherie de madame Suzanne C. au 317, route de Chevreuse. Logé et nourri, il percevait un salaire hebdomadaire de 230 francs.
Lors de l’interpellation de Georges Védie, sur un document saisi, les policiers relevèrent la phrase suivante : « Georges, 22 ans, père ex-maire de cette localité, ce dernier, évadé d’un camp, est actuellement en fuite ».
Au cours de son interrogatoire Védie avait révélé que Georges de Saint-Étienne « aurait été responsable [des] Jeunesses communistes pour le secteur Clamart-Vanves, Issy-Kremlin-Bicêtre, Gentilly… » Georges de Saint Étienne lui aurait fourni dernièrement une "biographie" relatant son activité et ses antécédents.
Georges de Saint- Étienne a été interpellé le 22 octobre 1942 par des inspecteurs de la BS2 des Renseignements généraux. Il portait sur lui des documents des Jeunesses communistes, sur un papier figurait des indications permettant la fabrication de bouteilles incendiaires, et les localités dont il était responsable ; un tract ronéotypé intitulé « Les Boches et la Bande à Laval » invitait à manifester le 11 novembre. Au cours de son interrogatoire, il reconnaissait être le Responsable politique du secteur, d’avoir édité 500 tracts de la Jeunesse communiste de France, d’en avoir diffusé une partie, le restant fut distribué par un autre militant. La perquisition du domicile de sa patronne a été infructueuse. Dans un local dépendant de la boutique où il travaillait les policiers saisissaient une machine à ronéotyper à main marque Everest ainsi qu’un paquet de papier.
Il déclara avoir été contacté par un militant des Jeunesses communistes : « il y a sept mois environ ». Il ne l’avait « jamais vu auparavant », il lui demanda de « reprendre de l’action ». Il accepta, diffusa des tracts. Il fut par la suite contacté par un responsable régional des Jeunesses communistes "René", il devint responsable du secteur I des Jeunesses communistes. Il militait en liaison avec "Micheline" responsable à l’organisation, il connaissait trois cotisants : Jacqueline Turlais, Henri Cailhol et Michel Côme. Quant à la ronéo à main il la récupéra auprès d’un militant dans le bois de Bièvre. Les bouteilles incendiaires devaient être utilisées contre des soldats de l’armée allemande.
Il reconnaissait faire partie des Troupes populaires (TP), appelées par la suite FTP (Francs-tireurs et partisans). Un inspecteur lui demanda « Avez-vous assuré la diffusion de tracts protégé par des groupes de T.P. », Georges de Saint Étienne répondit : « Personnellement je n’ai pris part à aucune distribution de tracts. En tant que responsable aux Jeunesses, je remettais les tracts tirés à "Micheline" pour en assurer la diffusion ».
Ne reniant rien de son engagement militant, il concluait : « j’ai agi avec la ferme intention que l’action communiste finirait par avoir raison de ceux qui détiennent ou condamnent les partisans ».
Emprisonné, jugé, condamné puis incarcéré Georges de Saint Étienne était le 24 janvier 1943 dans le convoi de 1 406 hommes qui partit de Compiègne à destination de Sachsenhausen en Allemagne. Il fut affecté au kommando de travail des usines Heinkel. Cette usine camp était ceinturée par des barbelés. Alternaient les blocks des déportés et les halls de fabrication du constructeur d’avions Ernst Heinkel. Le camp compta jusqu’à 8.000 détenus en 1944. Le 26 juillet 1944 les prisonniers furent évacués à Buchenwald.
Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Georges de Saint Étienne fut rapatrié, il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Il mourut le 1er mars 1976 à l’âge de cinquante-six ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242943, notice DE SAINT ÉTIENNE Georges par Daniel Grason, version mise en ligne le 5 octobre 2021, dernière modification le 5 octobre 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z-4-78 dossier 531. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – État civil AD Hauts-de-Seine 1E_NUM_MON_N1920 acte n° 187.

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