GEFFROY Jean, François

Par Alain Prigent

Né le 23 janvier 1925 à Pluzunet (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) ; lycéen de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) arrêté le 10 décembre 1943, puis libéré le 29 janvier 1944 ; instituteur ; militant communiste, syndicaliste et associatif, secrétaire de la section départementale des Côtes-du-Nord du SNI (1949-1952), trésorier départemental de la FCPE (1966-1968).

Fils d’un maçon de Pluzunet qui appartenait à une famille d’agriculteurs, Jean Geffroy fit ses études au lycée de Saint-Brieuc au sein de la promotion de normaliens 1941-1945. En 1943, comme il rentrait chaque semaine dans le Trégor pour jouer au football, il aida le cheminot briochin Jean Le Bars*, originaire de Pluzunet comme lui, à maintenir le contact avec les réseaux de résistance de cheminots. Il fit partie du groupe de lycéens inquiétés en 1943. Le 12 novembre 1943, un des groupes de résistance de la Fédération unie des jeunes patriotiques formés de jeunes lycéens de Saint-Brieuc abattit un soldat allemand dans la ville voisine de Plérin. Jean Geffroy fut arrêté le 10 décembre 1943 avec dix-huit autres de ses camarades par les autorités allemandes qui recherchaient les responsables de cette action militaire. Le 12 décembre 1943, le lycée fut l’objet d’une nouvelle rafle : trois lycéens furent arrêtés puis fusillés le 21 février au Mont-Valérien (commune de Suresnes, Seine, Hauts-de-Seine). Libéré le 29 janvier 1944, il dut se rendre avec ses camarades à Beaufort-en-Vallée (Maine-et-Loire) où l’ensemble des promotions avait été envoyé. Après la libération du département, il participa aux combats sur le front de Lorient au sein du 15e bataillon des Côtes-du-Nord participant à l’affrontement contre l’armée allemande fin octobre 1944 à Sainte-Hélène (Morbihan). Il revint en formation professionnelle à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc en novembre 1945.

Nommé instituteur à l’école Guébriant de Saint-Brieuc, Jean Geffroy participa, au sein du groupe de jeunes du Syndicat national des instituteurs (SNI), à la lutte pour l’obtention du traitement de stagiaires pour les normaliens de formation professionnelle. Devenu maître d’application, il fut candidat au conseil syndical de la section départementale du SNI en mai 1947 sur la liste « majorité confédérale » avec François Philippe*, Georges Hélloco*, Marcel Gaillard* entre autres, contre une liste de la tendance majoritaire du SNI, intitulée « Indépendance et syndicalisme », emmenée par le responsable d’avant-guerre Raymond Garrivet*. Cette liste de huit candidats qui affirmait son indépendance par rapport aux partis et au gouvernement par refus de tout opportunisme politique obtint tous les sièges sauf un (Marcel Gaillard*) au scrutin majoritaire. Sylvestre Guillou* devint le secrétaire général d’une section départementale forte de 1 600 adhérents sur 1 850 instituteurs. À l’issue de la scission de 1948, il seconda au poste adjoint le secrétaire de la FEN-CGT, Jean Le Jeune, professeur au lycée Anatole Le Braz de Saint-Brieuc. Dans le temps il était le délégué départemental de Tourisme et Travail. En 1949, le conseil syndical étant renouvelable par moitié tous les deux ans, il se présenta de nouveau sur une liste intitulée « pour un syndicalisme agissant et pour le retour à la CGT ». Cette liste, qui obtint 446 voix, battit la liste « Indépendance du syndicalisme » qui ne recueillit que 398 voix. Les 8 sièges furent attribués à la liste CGT qui devint majoritaire au sein du conseil syndical à la suite du ralliement de trois conseillers sortants. Le 13 octobre 1949, à vingt-quatre ans, Jean Geffroy devint secrétaire de la section avec pour adjoint Louis Treussart* qui venait de rejoindre le courant cégétiste. Il dirigea la section jusqu’en décembre 1952 avec une très courte majorité (11 voix sur 21). Cependant des militants minoritaires comme Étienne Chevance siégèrent au sein du bureau départemental.

Jean Geffroy fut membre de la commission administrative de la section départementale de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) en 1949 dirigée par le leader de la tendance « Force ouvrière », André Laithier*. Au début de l’année 1950, les rapports de force au sein de la section départementale du SNI étaient toujours très équilibrés puisque, moment des élections au bureau national, la tendance CGT obtint quinze mandats, les tendances « majoritaire nationale », treize mandats, et « École émancipée », deux mandats. Délégué au congrès national en juillet 1950, Jean Geffroy fit partie de la délégation nationale qui fut reçue par le ministre Marie. Il fut très critiqué par les minoritaires lors de la réunion du conseil syndical suivant car, avec ses camarades cégétistes de la délégation des Côtes-du-Nord, il avait quitté la salle du congrès au moment de l’intervention des délégués yougoslaves. Les débats sur les questions internationales furent très difficiles dans la section départementale où une majorité du congrès départemental refusa de voter l’appel de Stockholm, au motif que c’était une question politique.

En avril 1951, Jean Geffroy fut reconduit comme tête de la liste cégétiste lors des élections au renouvellement du conseil syndical. La liste qu’il conduisait affronta deux autres listes : la liste issue du courant « École émancipée » conduite par Arthur Bourges* et celle du courant « Force ouvrière » conduite par Louis Petiot*. La liste cégétiste profita de la division de ses adversaires, gagna deux sièges et progressa en voix et en pourcentage. Il conduisit la délégation de la section départementale au congrès de Saint-Malo en juin 1951 au moment des élections législatives qui furent marquées par la question des apparentements. Un très vif débat opposa majoritaires cégétistes et les deux oppositions au sein du conseil syndical. Une motion fut votée condamnant cette pratique des apparentements entre les listes du MRP et la liste socialiste SFIO qui fit perdre au Parti communiste français dans les Côtes-du-Nord ses deux sièges de députés. Jean Geffroy fut élu à la commission administrative paritaire départementale en octobre 1951, puis au conseil départemental de l’enseignement primaire en novembre 1951. Il fut membre de la commission administrative de la FEN des Côtes-du-Nord en décembre 1949. Il présida le congrès départemental du 8 novembre 1951 après le départ d’André Laithier* qui rejoignit l’UD-FO.

Jean Geffroy se maria en août 1952 à Pluzunet, avec Mlle Ollivier, une institutrice remplaçante, née dans la commune, fille de cultivateurs et sœur du commandant de la compagnie locale FTPF, La Marseillaise. Le jeune couple, à la recherche d’un poste double, fut nommé à la rentrée suivante dans le canton de Maël-Carhaix, à 80 kilomètres de Saint-Brieuc, à Trébrivan. Jean Geffroy dut alors abandonner le secrétariat général en décembre 1952. Il fut remplacé par Alice Merrien*, institutrice à Pontrieux, membre du comité fédéral du PCF des Côtes-du-Nord, qui démissionna l’année suivante. Il fut à nouveau candidat sur la liste au conseil syndical du SNI dirigée par Émile Thomas*, « Défense de la laïcité » en 1956, et sur la liste d’union initiée par Maurice Renault* en 1962 mais sans être en position d’éligibilité. Quelques années plus tard, il fit son retour dans les instances départementales en siégeant à nouveau au conseil syndical de 1964 à 1967.

Dans le même temps, Jean Geffroy se consacra également au développement de la FCPE dont il devint le trésorier départemental, travaillant avec son camarade de promotion Georges Hélloco*, secrétaire départemental, et sous la présidence de Raymond Chauveau*. Il intervint par exemple au congrès de la FCPE le 12 mai 1968 à Saint-Brieuc.

Adhérent du PCF à partir de 1943, Jean Geffroy fut membre de la commission de contrôle financier de la fédération des Côtes-du-Nord en 1947. En 1948, il participa à une école fédérale de formation dirigée par Édouard Prigent*, conseiller municipal de Saint-Brieuc. Le jeudi 11 mai 1950, en pleine guerre d’Indochine, il participa à la manifestation contre le passage en gare de Saint-Brieuc d’un train de matériel militaire. Par la suite, il cacha à son domicile Roger Ruelleu*, cheminot, secrétaire de l’UD-CGT entré dans la clandestinité et recherché par la police. Dans le canton de Maël-Carhaix, il fut l’un des animateurs de la section du PCF avec deux autres instituteurs Ernest David* et Lucien Le Guiet*. Leur activité politique permit au PCF en 1961 de conserver le siège gagné à la Libération. À Ploufragan, dans la banlieue de Saint-Brieuc, où il demeurait depuis 1963, Jean Geffroy fut candidat sur la liste d’union présentée aux élections municipales en mars 1971 conduite par le communiste Jean-Roger Pérennez* qui n’eut que deux élus. La désunion au second tour profita à la droite conserva pour un mandat encore la majorité. Maître d’application à l’école des villages à Saint-Brieuc, Jean Geffroy, qui prit sa retraite en 1980, resta fidèle à ses convictions communistes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24302, notice GEFFROY Jean, François par Alain Prigent, version mise en ligne le 18 janvier 2009, dernière modification le 17 mars 2009.

Par Alain Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor, 12W47. — Arch. de l’UD-CGT des Côtes-d’Armor. — Arch. de la FSU des Côtes-d’Armor (bulletins des sections départementales du SNI et de la FEN). — L’Aube Nouvelle. — Ouest-Matin. — Presse départementale, mai, juin 1968. — Ouvrage collectif, De la nuit à l’Aurore, des lycéens dans la guerre, Association A. Le Braz, 1995. — Alain Prigent, Les Instituteurs des Côtes-du-Nord sous la IIIe République (Laïcité, amicalisme et syndicalisme), Éditions Astoure, 2005. — Entretien en novembre 2008.

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