GÉGOU François, Émile

Par Alain Prigent

Né le 30 août 1927 à Tréguier (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor), mort le 4 mars 2012 à Lannion (Côtes d’Armor) ; professeur du second degré ; militant syndicaliste ; membre du comité fédéral de la fédération du PCF (1959-1974) ; maire de Plouguiel (1983-1989).

François Gégou naquit dans une de ces très nombreuses familles ouvrières d’origine bretonne vivant au Havre (Seine Inférieure, Seine Maritime). Son père exerçait le métier de marin de commerce et sa mère celui de couturière. Ils élevèrent de nombreux enfants et sa mère revint dans sa famille pour lui donner naissance. Gégou passa une partie de son enfance avec sa cousine Janine Gégou (voir Janine Le Mevel*), avec laquelle il milita ensuite à Tréguier (Côtes-du-Nord). Il fut marqué par les manifestations du Front Populaire et les rassemblements en faveur de l’Espagne républicaine auxquels il participa. Lorsque son père disparut en 1939, sa mère, veuve sans pension, décida de regagner Tréguier d’où elle était originaire et où il fit ses études au collège à partir de la rentrée 1939.

En juillet 1944, Gégou participa aux actions, avec les communistes, de la compagnie FTP-FFI Raoul, puis au début d’août, à la libération de Tréguier par les troupes américaines. Trop jeune pour participer aux combats sur le front de Lorient jusqu’à la capitulation du 9 mai 1945, il œuvra à la naissance d’un cercle de la jeunesse communiste à l’automne 1944. Reçu à l’Ecole normale d’instituteurs de Saint-Brieuc (promotion 1944-1949), il milita à l’Union de la jeunesse républicaine de France, avec d’autres normaliens comme Yves Clorennec* ou Jean Le Meur*, s’occupant plus particulièrement des groupes de Vaillants comme moniteur. Il fit partie de la direction du mouvement avec Roger Esnault*, Marcel Alory* et Simone Ollivier*. Il adhéra au PCF au moment où il quittait les Côtes-du-Nord pour les classes préparatoires du lycée Saint-Louis à Paris (1947-1949). Il fut reçu à l’École normale supérieure de Saint-Cloud en 1949. Après son service militaire effectué en Algérie en 1951 avec le grade de sergent dans un régiment d’infanterie, il fut nommé en 1956 au lycée de Tréguier. Il épousa en juillet 1954 à Pabu (Côtes-du-Nord- Côtes d’Armor), une institutrice sympathisante communiste, fille d’instituteurs, en poste à l’école de filles de Plouguiel, commune du littoral proche de Tréguier. Le couple, qui eut quatre enfants, habitait le logement de fonction.

Professeur de physique-chimie au lycée de Tréguier, établissement qu’il ne quitta qu’au moment de sa retraite en 1987, François Gégou fut un militant syndical et politique très actif. Il devint très vite secrétaire de la section syndicale (S1) du lycée de Tréguier, puis accéda au secrétariat départemental du SNES (S2) et à la FEN. Intégrant une direction hétérogène, il fut le trésorier du S2 en 1963 dirigé par Louis Bocquet*, responsable national de l’École émancipée. Membre de la commission administrative de la section départementale de la FEN des Côtes-du-Nord de 1959 à 1965, il fut un des militants les plus actifs qui permirent le changement de majorité marquée par l’élection de Jacques Gardet* au poste de secrétaire de la section en 1960. Dans le même temps, il fut responsable du comité cantonal du Comité départemental d’action laïque à un moment où la défense de la laïcité était un combat majeur en particulier dans les départements de l’Ouest. Il siégea également au conseil d’administration de l’hôpital de Tréguier. Il fut un des militants trégorrois les plus en vue en mai et juin 1968 en assurant la coordination du mouvement entre salariés, paysans, enseignants et lycéens. Il intervint au meeting intersyndical du 27 mai 1968 à Tréguier au titre de la FEN. Il fut la cible de la colère d’une partie des producteurs de primeurs qui le rendirent responsable de la mévente de la production. En conséquence, ils déversèrent quelques tonnes de pommes de terre à l’entrée de sa maison. Militant associatif, il créa, avec sa femme, une cantine scolaire non municipale dans sa commune de Plouguiel. Avec sa cousine Janine Le Mével*, il anima le groupe folklorique de danses bretonnes de Tréguier.

Gégou fut un dirigeant communiste très actif dans le département. Il devint le premier secrétaire de la section de Tréguier en 1957, assumant cette responsabilité jusqu’en 1976. En 2008, il était toujours membre du comité de section. Élu au comité de la fédération du PCF des Côtes-du-Nord en 1959, il siégea dans les instances départementales jusqu’en 1974, date à laquelle il intégra la commission de contrôle financier de la fédération jusqu’en 1985. Il avait pour principe d’intervenir à chaque réunion à laquelle il participait en s’appuyant toujours sur les pratiques militantes de sa section.

Pendant deux décennies, Gégou fut présenté comme suppléant aux élections législatives dans la circonscription de Lannion. De 1967 à 1973, le PCF, première force de la gauche, fut battu au second tour face au centriste Pierre Bourdellès. Gégou fit équipe avec Marcel Hamon*, ancien député, en 1967 (26,5 % des suffrages exprimés au premier tour) et en 1968 (26 % des suffrages exprimés au premier tour), puis de Jean Le Lagadec*, journaliste à l’Humanité, originaire de Plufur en 1973 (27,1 % des suffrages exprimés au premier tour). En 1978, Le Lagadec* et Gégou, qui obtinrent 22,6 % des suffrages exprimés au premier tour, furent devancés par le maire socialiste de Lannion, Pierre Jagoret*, qui fut élu au second tour. Gégou fut le suppléant d’Hervé Le Bars, dessinateur au CNET à Lannion et dirigeant de l’UD-CGT, lors de l’élection de 1988 qui marqua un très net recul du score obtenu par le PCF (9,2 % loin derrière le candidat socialiste Pierre-Yvon Trémel* : 48,7 %). Il fut le candidat communiste aux élections cantonales dans le canton de Tréguier pendant près de quarante ans. Présenté à l’élection partielle de juin 1960, il obtint 21 % au premier tour puis 38,9 % au second. Il devança le candidat socialiste qui fut maire de Tréguier. En 1964, il obtint 29,3 % des suffrages exprimés au premier tour mais fut battu au second tour avec 48,1 %. Il en fut de même en 1970 (22 % / 46,6 %) et en 1976 (30,2 % / 47,2 %). À partir de 1981, les rapports de force s’inversant, il fut distancé par le candidat socialiste, obtenant cependant des scores élevés (21,8% en 1982 puis 20,8 % en 1988) avant de voir son résultat subir une très nette baisse en 1994 (9,5 %).

Dans sa commune de Plouguiel, Gégou fut, en 1965, à l’origine de la constitution d’une liste d’union de la gauche qui l’emporta. Il devint alors adjoint du maire socialiste Marqué* pendant deux mandats (1965-1977). La situation se compliqua en 1977 lorsque Marqué*, devancé aux élections cantonales par Gégou dans sa propre commune, préféra s’allier avec le RPR pour conserver son poste de maire. Quelques jours après les élections municipales de mars 1977 où il se retrouva en minorité avec d’autres conseillers de la liste d’union de la gauche, le rivage de Plouguiel fut souillé par la marée noire de l’Amoco Cadiz. Gégou dirigea les travaux de nettoyage au grand dam du maire, directeur d’école à Lannion. Il soutint la proposition de Jean-Baptiste Henry*, conseiller municipal de Plouguiel, chargé par le syndicat des communes de suivre l’instruction du procès à Chicago en 1982, d’intenter un procès aux propriétaires de l’Amoco Cadiz en faisant adopter une motion au conseil municipal reprise par le syndicat des communes touchées par la catastrophe présidé par Alphonse Arzel, maire de Ploudalmézeau. La liste de gauche à la tête de laquelle se trouvait Gégou l’emporta en 1983. A ce titre, il témoigna dans l’instruction du procès de l’Amoco Cadiz avec Jean-Baptiste Henry* en 1984. Une stratégie de défense fut mise au point avec les avocats américains au cas où le juge l’interrogerait sur son appartenance au PCF.

Gégou fut le secrétaire d’une section communiste très active dans les années 1960 et surtout 1970, avec des militants comme Janine Le Mével*, conseillère municipale à Tréguier, Claude Plaquin*, facteur originaire de Brest, futur secrétaire de l’Union départementale de la CGT, Alain Guillou*, capitaine de navire à Trévou-Tréguignec, Thomas Hillion*, employé des PTT à Lannion, secrétaire de la cellule de Penvénan. À son apogée en 1975, la section comptait 150 membres répartis en cellules dans chacune des huit communes du canton et organisait aussi les communistes isolés des cantons voisins de La Roche-Derrien et Lézardrieux. Le journal de section, L’Avenir Trégorrois, parut régulièrement de 1960 à 1999. Des pratiques militantes de proximité furent développées, comme l’aide à la rédaction des feuilles d’impôts au local du parti ou l’organisation de manifestations contre les saisies immobilières. La fête de section annuelle accueillait, en juillet, des milliers de sympathisants ou de curieux venus écouter des groupes de qualité comme les Quilapayun en 1978 ou Marc Ogeret en 1982. Cette fête remplaça celle de Buguelès de la fin des années 1940 et des années 1950, qui accueillait Marcel Cachin et Joliot-Curie et la petite fille d’Ernest Renan, Henriette Psichari.

Après sa défaite aux élections municipales de 1989, Gégou demeura un militant toujours très actif au niveau local et départemental. Il fut mandataire financier des candidats communistes aux élections législatives en 1997 (Alain Prigent et André Hue*) et membre du collectif de la même circonscription Lannion-Paimpol en 2002 et 2007 (Claudine Féjean et René Mainguy). Attentif aux changements sociétaux, il anima une des branches de la marche des chômeurs d’AC Trégor qui partit de Tréguier pour rejoindre Cavan en 1998 et fut un des premiers adhérents d’ATTAC-Trégor en novembre 1999.

Un hommage civil lui fut rendu à la mairie de Plouguiel. Ses obsèques civiles furent l’objet d’un important rassemblement au cours duquel René Mainguy, adjoint au maire, lui rendit hommage. Dans la rubrique « Carnet », l’Humanité, le 14 mars 2012 retraça les grandes étapes de sa vie militante. La presse locale lui consacra des articles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24303, notice GÉGOU François, Émile par Alain Prigent, version mise en ligne le 18 janvier 2009, dernière modification le 21 mars 2012.

Par Alain Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor, 1079W260 (note des RG du 5 avril 1965), Mai 1968 (45W17, 47W6). — Arch. nationales du PCF, fichier des membres du comité de la fédération des Côtes-du-Nord du PCF établi par Gilles Rivière. — Arch. de la FSU des Côtes-d’Armor. — L’Aube nouvelle. — Une semaine dans les Côtes-du-Nord, supplément de l’Humanité Dimanche, n° 615, 12 juin 1960. — « Mai 1968 dans le Trégor », Le Trégor, 5 mars 1998. — L’Avenir Trégorrois, périodique de la section de Tréguier du PCF. — Alain Prigent (dir.), Des salles de classe aux luttes sociales : Mai-juin 1968 dans les Côtes-du-Nord, Publication FSU-22, 2009. — Multiples entretiens. — Notes de Jacques Girault.

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