DOLMAZON Albert, Lévi [parfois écrit DOLMASON Albert]

Par Jean Lorcin

Né le 4 octobre 1908 à Champclause (Haute-Loire), mort le 24 juillet 1990 à Orange (Vaucluse) ; instituteur à Grand Croix puis à L’Étrat (Loire) ; inspecteur de l’enseignement primaire ; secrétaire du syndicat unitaire de l’Enseignement ; militant communiste ; rédacteur du Cri du Peuple ; secrétaire du Comité antifasciste d’Amsterdam-Pleyel ; adjoint au maire de Saint-Étienne (1935-1939).

Fils de Jean Ferdinand Dolmason (ou Dolmazon) , cultivateur, et Apolhomie (sic) Séraphie, Albert Dolmazon fit ses études à l’École Normale d’instituteurs de Montbrison (Loire) où il anima la coopérative normalienne dont il était l’un des fondateurs.

Il était instituteur à la Grand-Croix (Loire) quand il adhéra au Parti communiste (1927). En 1928, il entra au comité de rayon de Saint-Étienne. Orateur écouté du parti, il prit le relais de Jean Doron à la rédaction de l’hebdomadaire communiste de la Loire, Le Cri du Peuple — il signait Duparc en 1930 — et en devint le principal rédacteur avec L. Granjon et Alice Chantemesse après la mort de Doron en 1932. Il fut pendant quelques mois secrétaire avec Claudius Buard du petit syndicat unitaire de l’Enseignement dans la Loire, puis secrétaire du comité de liaison antifasciste Amsterdam-Pleyel. Il mit sa plume au service du « mouvement antifasciste » et du Front populaire, dans les pas d’Henri Barbusse que Dolmazon considérait comme « le plus remarquable des intellectuels de ce siècle ». Il fit d’ailleurs attribuer le nom d’Henri Barbusse à une rue de Saint-Étienne par la municipalité du Front populaire élue en 1935 dont il faisait partie. Dolmazon voyait dans l’évolution politique de Barbusse qui, tout naturellement, était passé de la dénonciation de la guerre impérialiste au léninisme un exemple pour les intellectuels issus de la bourgeoisie qu’il invitait à sortir de leur « tour d’ivoire » pour rallier, comme Barbusse, le camp du prolétariat, « la classe sociale à qui l’avenir appartient [...] et qui ferait désormais — qui pourrait seule faire avancer les conquêtes de la culture et de la civilisation (Le Cri du Peuple, 14 septembre 1935). N’était-ce pas l’image de sa propre carrière ?

Dolmazon, qui s’était lancé avec intrépidité « dans la mêlée sociale », fut arrêté à deux reprises, le 1er août 1929, au cours de la grève générale de 24 heures contre la guerre décrétée par l’Internationale communiste, et à la suite des manifestations du 21 octobre 1933 à l’occasion de la visite du Président de la République.

Candidat au conseil d’arrondissement dans le canton de Rive-de-Gier en 1933 il eut 564 voix sur 4 978 suffrages exprimés, contre 1 748 au socialiste SFIO Foraison, 1 748 au démocrate populaire Paponaud et 925 au républicain URD Périssel. Maintenu au second tour, le candidat du PC n’obtenait plus que 229 suffrages sur 5 612 exprimés, contre 623 à Périssel, 2 331 à Paponaud et 2 428 à Foraison, élu. À Rive-de-Gier même, Dolmazon n’avait plus que 128 voix (271 au premier tour) contre 1 099 (795 au premier tour) à Foraison. En 1934, Dolmazon, candidat au conseil général dans le même canton, eut 605 voix sur 6 458 suffrages exprimés contre 1 375 au républicain socialiste Marchand, 1 865 au maire socialiste SFIO de Rive-de-Gier, Drivon, 2 446 au républicain de gauche Tournigand et 167 divers. Dolmazon, qui talonnait son adversaire socialiste à Grand’Croix, où il avait obtenu 102 voix contre 293 à Drivon, était, par contre, loin derrière celui-ci à Rive-de-Gier (306 contre 922 voix). Dolmazon, cette fois, se retira au second tour, tout comme le candidat républicain socialiste, mais le candidat socialiste SFIO n’en fut pas moins battu de justesse par le candidat droite qui l’emporta, par 3 401 voix contre 3 369.

Le 9 août 1934, Dolmazon parla à une réunion du Front commun à Rive-de-Gier, avec Drivon et Ferdinand Faure, ancien député SFIO. Élu au conseil municipal de Saint-Étienne sur une liste de Front populaire, le 12 mai 1935, Dolmazon fut nommé sixième adjoint. Préposé au Beaux-Arts, il voyait dans ses fonctions l’occasion d’effacer l’image de marque de « l’homme au couteau entre les dents ».

« On a voulu quelquefois présenter les communistes comme des « Barbares » [...] Mensonge ! s’exclamait-il, en énumérant les écrivains, les penseurs membres du Parti, comme Barbusse, Gorki ou Paul Nizan, ou compagnons de route, comme Jean Richard Bloch, Marcel Prenant, Romain Rolland, Jean Cassou, etc. ». (Le Cri du Peuple, 21 décembre 1935).

C’est au titre des Beaux-Arts également que Dolmazon organisa en 1935 les manifestations du 14 juillet « pour la liberté » et du 11 novembre « pour la paix ». Dolmazon qui avait vu dans la première de ces fêtes l’accomplissement d’un vœu du « mouvement d’Amsterdam-Pleyel dont les communistes, rappelait-il, n’ont cessé d’être [...] les défenseurs les plus convaincus » (Le Cri du Peuple, 20 juillet 1935), donna à l’anniversaire de l’armistice un caractère résolument pacifiste : une immense banderole accrochée au balcon de l’Hôtel de Ville portait l’inscription : « Vive la Paix du Monde ! » (La Tribune Républicaine, 12 novembre 1935). Dans les deux cas, il s’agissait, dans la pensée de Dolmazon, d’enlever aux « fascistes » le monopole de célébrations désormais ancrées dans la tradition nationale (Le Cri du Peuple, 20 juillet 1935).

Dolmazon qui représentait la ville de Saint-Étienne au comité de région en 1936, se présenta, après s’être fait mettre en disponibilité, aux élections législatives de 1936 dans la troisième circonscription de l’arrondissement de Saint-Étienne, la plus mauvaise de l’arrondissement, ce qui fait soupçonner que le PC, en dépit du besoin qu’il avait d’intellectuels aussi brillants que le rédacteur du Cri du Peuple, les tenait plus ou moins à l’écart. Sa campagne porta notamment sur son activité d’adjoint chargé des services des Beaux-Arts, des Fêtes Publiques et des Travaux neufs au conseil municipal de Saint-Etienne : « Formé à l’école du Parti Communiste, il a acquis ainsi le sens nécessaire des réalisations », concluait un tract de propagande (Arch. Dép. Loire, 3 M 241). Candidat du PC aux élections cantonales de Saint-Étienne (Nord-Ouest) en 1937, Dolmazon fut en butte aux attaques virulentes du député de droite Creyssel, venu soutenir son candidat Beynet :
« Prédicateur dogmatique, sous des dehors funèbres humoriste méconnu, menteur, flagorneur servile, qui ne se repose du garde-à-vous que par le pas de course de l’approbation ou par la génuflexion » n’étaient que les plus châtiées des « injures » prodiguées au candidat communiste par l’ancien candidat des « Croix de Feu » (La Tribune Républicaine, 8 octobre 1937). Dolmazon, arrivé en tête des candidats de gauche au premier tour avec 1 405 voix sur 6 407 suffrages exprimés, devant le radical Petit (1 200) et le socialiste SFIO Dubouchet (743), contre 3 059 au candidat de l’URD, Beynet, fut battu par ce dernier au second tour, par 3 530 voix contre 2 999 sur 6 537 suffrages exprimés. Comme en 1936, la « discipline républicaine » n’avait pas totalement joué en faveur du candidat communiste à qui, d’ailleurs, certains avaient tenté de substituer au second tour un candidat de gauche moins bien placé, mais plus rassurant pour l’électorat modéré (Le Cri du Peuple, 21 octobre 1937).

Dolmazon dut défendre, au congrès de la Fédération des œuvres postscolaires, à Feurs, la politique de « la main tendue » du Parti communiste que le vice-président de la Fédération, Adrien Testud, rendait responsable du regain d’agressivité des cléricaux. Dolmazon, qui invoquait la division de fait du pays en deux blocs de poids comparable pour mettre en garde contre le risque d’une guerre civile comme en Espagne, risque qu’actualisait la découverte du complot du CSAR, dut rappeler que « de plus en plus nombreux » étaient les catholiques « qui, gardant leur foi pour leur vie privée, admettent et soutiennent l’Union des travailleurs pour la défense de conditions sociales meilleures ainsi que de la vie et de la dignité humaine ». Au reste, conclut-il brutalement, le Parti communiste n’avait de leçons de laïcité à recevoir de personne (Le Cri du Peuple, 2 décembre 1937).

Dolmazon, qui avait été appelé à la frontière au moment de l’affaire des Sudètes, démissionna, à peine revenu à Saint-Étienne, de son poste d’adjoint le 27 janvier 1939.
Alors qu’il était mobilisé au 348ème RI en 1939, il fut déchu de son mandat de conseiller municipal par un arrêté préfectoral du 6 février 1940, mais il fit transformer cette révocation en démission, acceptée par le préfet de la Loire compte tenu de « l’état d’esprit qu’il a manifesté depuis plus d’un an » et qui « ne permet pas de le placer sur le même plan que ses collègues militants de la Section Française de la IIIe Internationale » (Arch. Dép. Loire, 85 W 154. Lettre du Préfet de la Loire au Ministre de l’Intérieur, Saint-Etienne, 6 février 1940).

Il ne reprit pas sa place au Parti communiste après la Libération. Il est devenu inspecteur de l’Enseignement primaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243128, notice DOLMAZON Albert, Lévi [parfois écrit DOLMASON Albert] par Jean Lorcin, version mise en ligne le 14 octobre 2021, dernière modification le 15 octobre 2021.

Par Jean Lorcin

ŒUVRE  : Nombreux articles en première page du Cri du Peuple, où il écrivait déjà avant 1930, entre 1935 et 1938, notamment : « Puissance du Front populaire » (20 juillet 1935) ; « Henri Barbusse » (14 septembre 1935).

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 026, Préfet, Rapp. hebdomadaire, Loire, 13 août 1934 ; 13 121, 13 129. — Arch. Dép. Loire, 3 M 75, 3 M 240-241, 4 M 126, 4 M 127, 4 M 129, 4 M 588, 6 M 62, 2 W 109, 85 W 99, 85 W 154. — État civil de Champclause. — Bulletin municipal, Saint-Étienne, séance du 27 janvier 1939. — La Tribune Républicaine, 24 juillet 1933, 11 février 1934, 12 novembre 1935, 27 juin 1937, 1er, 2, 3, 5, 8, 10, 15 et 16 octobre 1937, 13 février 1938, 30 septembre 1939, 30 décembre 1939 (« La démission de M. Dolmason »). — Le Cri du Peuple, articles précités, 19 septembre 1931, 26 décembre 1935, 25 avril, 9, 16, 23 et 30 mai 1936, 6 juin 1936, 16 avril, 26 août, 16, 23, et 30 septembre 1937, 7 et 21 octobre, 4 novembre et 2 décembre 1937 (« La main tendue au congrès de Feurs »), 3 février 1938. — Projet de notice rédigé par Urbain Thévenon. — Monique Luirard, La Région stéphanoise dans la guerre et dans la paix (1936-1951), Centre d’Etudes foréziennes/Centre Interdisciplinaire d’Etudes et de Recherches sur les Structures régionales, 1980, 24 cm., V-1 024 pages.

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