MOREL Benoit [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 6 octobre 1861 à Saint-Laurent-d’Oingt (Rhône) ; mort le 13 septembre 1911 à Paris (VIe arr.) ; menuisier-ébéniste ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Membre en 1887 du groupe La Panthère des Batignolles, Benoit Morel qui en 1889 habitait 21 rue Lamarck à Paris était le secrétaire du comité de secours aux familles et détenus politiques dont le trésorier était G. Cabot. Il se réunissait chaque vendredi soir à la salle Gutemberg, 127 rue Montmartre.
Ce comité fit paraître un appel dans la Révolte du 14 septembre 1889 :
« Compagnons,
En même temps que va s’ouvrir en France la période électorale, va s’ouvrir aussi la période de persécution à outrance. Les politiciens de toutes nuances vont encore une fois se manger le nez mutuellement, et les haines policières s’assouvir sur nous autres anarchistes.
Beaucoup de compagnons, sous peu, paieront de la prison leur dévouement à la cause qui nous est chère.
Il y a donc là une situation qui doit nous intéresser. Il y aura des enfants qui, de par l’emprisonnement du père se trouveront privés du pain quotidien. Nous devons donc dès aujourd’hui nous mettre en mesure de pouvoir leur en donner.
C’est à cet effet que les anarchistes de Paris ont pris l’initiative de former une Commission de secours aux familles des détenus politiques.
Cette Commission est formée sur les mêmes bases que celle qui fonctionnait à Lyon lors du procès, ainsi que de celle de Paris qui a cessé de fonctionner depuis deux ans ; c’est-à-dire qu’elle a pour buts non seulement de recueillir des fonds par tous les moyens qu’elle croira bon et de les répartir impartialement, mais encore d’établir une échange constant de correspondance entre compagnons de tous les pays. Il ne faudrait cependant pas que des camarades croient que cette commission s’est fondée avec l’intention de s’imposer ou bien de créer une autorité quelconque, non, il n’y a rien de cela. Il y a simplement que quelques camarades se sont chargé, d’une besogne du plus haut intérêt pour la propagande, et qu’il est bien entendu que ladite Commission n’est pas fermée, que tous peuvent assister à ses réunions ou prendre part à ses travaux.
En plus du rapport financier que publiera la Révolte, tous les mois, un rapport oral avec pièces à l’appui, sera fait tous les dimanches au Cercle International anarchiste, salle Horel, 13, rue Aumaire, à 2 heures du soir.
La correspondance est faite par tous les compagnons présents. Des camarades connaissant plusieurs langues se chargeront de la correspondance étrangère.
Les compagnons qui voudraient entrer en relation avec nous, sont priés d’envoyés leurs lettres au compagnon B. Morel, 21, rue Lamarck à Paris, ainsi que de nous dire si dans leur localité ils ont des camarades en prison ; dans ce cas là qu’ils nous indiquent les voies et moyens pour faire parvenir à ces camarades-là les fonds dont nous pourrons disposer.
Allons camarades, que tous y mettent la main, nous éviterons ainsi de créer des hommes indispensables, nous ferons de la besogne utile et de la bonne propagande.
Vive l’anarchie ! »
Il collabora au journal Le ça ira (Paris , 10 numéros du 27 mai 1888 au 13 janvier 1889) fondé par Constant Martin.
Benoit Morel était marié à l’une des filles de Louise Pioger.
En mai 1892, il demeurait 8 rue du Sentier.
Il s’agit sans doute du Morel, signalé début 1892 dans les réunions du Groupe parisien de propagande anarchiste avec notamment Duprat, C. Martin, Charveron, Baudelot, Colombo et Baudouin.
Benoit Morel figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893. Sur les états du 31 décembre 1894 et 1896, il habitait 1 rue du Ruisseau. Sur l’état de 1901, il était indiqué qu’il avait quitté le département.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°191.657.
Le 8 mars 1894, il avait été arrêté avec une quinzaine d’anarchistes lors de la rafle chez Duprat (voir Auguste Bordes), rue Ramey. Lors de la perquisition au n°11 de la rue Ramey, domicile de Morel et de sa belle-mère, Louise Pioger dite femme Duprat, la police ne découvrit aucun objet ou pièce de correspondance d’origine suspecte, elle remarqua seulement la présence de papiers d’affaires ou de livres et brochures. Au 23 rue Joubert, dans l’atelier et ancien logement de Morel, on ne découvrit que des papiers d’affaires. Il fut remis en liberté le 5 mai 1894.
La procédure était transmise au procureur de la république qui mandatait le juge Meyer pour instruire l’affaire. Le non lieu fut rendu le 27 juin 1895.
A la fin de sa vie, il demeurait 19 rue Grégoire de Tours avec son épouse Berthe, Louise Lefèvre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243202, notice MOREL Benoit [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 19 octobre 2021, dernière modification le 19 octobre 2021.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
La Révolte 24 août 1889 — R. Bianco « Un siècle de presse… », op. Cit. — Archives Nationales F7/12723 — Archives de la Préfecture de police Ba 75, 77, 1500 — Archives de Paris D3 U6 50— Notice Benoit Morel du Dictionnaire des militants anarchistes — Archives du Rhône. État civil— Archives de Paris. État civil — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.

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