MURSCH Eugène [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 16 mars 1870 à Schlestadt (Sélestat, Bas-Rhin) ; mort le 14 juin 1934 à Malakoff (Hauts-de-Seine), ciseleur sur bronze ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Eugène Mursch tira au sort avec la classe 1890 et fut déclaré bon pour le service.

Le 28 avril 1891, des agents, en tournée rue du Temple remarquaient, à une heure, cinq individus porteurs de volumineux paquets, et qu’ils prirent pour des malfaiteurs, chargés de leur butin.
Ils leur donnèrent la chasse. Se voyant près d’être atteints dans la rue Etienne-Marcel, ces individus tirèrent deux coups de feu sur les agents, sans les atteindre et leur jetèrent ensuite, dans les jambes, deux énormes pots de colle et des pinceaux qui les firent trébucher.
Deux de ces militants de la Ligue des antipatriotes furent néanmoins arrêtés et conduits au poste.
Il s’agissait de Eugène Mursch et Jacob Sluys, camelot, orateur de clubs anarchistes, demeurant, 152, rue du Chemin-Vert.
Interrogés par M. Martin, commissaire du quartier, ils déclarèrent qu’ils voulaient coller des affiches intitulées « Armée coloniale. »
Sluys fit même au commissaire un discours véhément, prêchant la révolution sociale et l’engageant à rentrer dans la bonne voie, c’est-à-dire dans leurs rangs.
Une perquisition opérée à leurs domiciles amena la découverte de papiers, brochures et journaux qui furent saisis.
Sluys et Mursch se refusèrent à faire connaître le nom de leurs amis et de celui qui avait tiré sur les agents. Ils furent envoyés au Dépôt.
L’affaire devait venir à l’audience du 20 juin 1891, quand, l’avant-veille, l’anarchiste Martinet écrivit au procureur général pour se dénoncer comme l’auteur du placard et réclama d’être compris dans les poursuites. L’affaire fut donc renvoyée à une autre session pour supplément d’instruction.
Eugène Mursch fut incorporé le 10 septembre 1891 au 89e régiment d’infanterie de Sens et y resta jusqu’au 19 septembre 1892.
A l’audience du 12 janvier 1892, de la cour d’assises de la Seine, l’un des prévenus, Sluys, faisait défaut.
Les prévenus étaient Eugène Mursch, soldat au 89e de ligne, Céline Coquus dite Brugnière, Louis Chenal, trente-huit ans, menuisiez et Paul-Pierre Martinet.
Martinet déposa des conclusions écrites, très longuement motivées. Il y concluait à l’incompétence de la Cour d’assises et à la nullité de la procédure.
La Cour rejetta ces conclusions et tous les accusés, sauf Mursch, déclarèrent faire défaut.
Mursch resta donc seul assis sur le banc des accusés.
Deux gardiens de la paix témoignèrent qu’on avait trouvé un prospectus révolutionnaire sur Mursch (mais aucun exemplaire du placard affiché), alors que, se voyant poursuivi, il s’était blotti sous une porte cochèrent et faisait semblant de dormir.
Appelée à titre de renseignement, la mère de Mursch déclara que son fils était un excellent sujet jusqu’au jour où il avait fait connaissance d’une jeune fille qui l’avait conduit dans les clubs anarchistes.
Son patron témoigna en sa faveur : « On dit qu’il a changé depuis qu’il s’est adonné à la lecture du journal la Révolte ; mais je ne m’en suis même pas aperçu. J’ajoute que jamais il n’a émis ses idées dans l’atelier, ni n’a fait la moindre propagande auprès de ses camarades. »
Après des réquisitions modérées de l’avocat général, en ce qui concernait Mursch, celui-ci était acquitté. Chenal et Martinet avaient été condamnés à 1 an de prison, Coquus à 3 mois et Sluys à 8 mois.
Eugène Mursch, qui résidait 14 rue des Cendriers à Ménilmontant, était en 1893 membre du groupe La jeunesse antipatriote du XXe.
Le 2 mars 1893, il faisait partie d’un groupe d’une vingtaine d’anarchistes ayant pénétré dans une réunion organisée à la Bourse du travail par les garçons limonadiers pour protester contre les bureaux de placement, alors même que cette réunion était interdite aux anarchistes.
Le 9 mars 1893, il avait participé à Paris avec une cinquantaine de compagnons à la "cavalcade anarchiste" en faveur de l’abstention, organisée Place de la République par Eugénie Collot.
En octobre 1893, il fut l’objet d’une perquisition à son domicile, rue des Vignoles, où la police recherchait le compagnon Ferdinand Derveaux.
Il fut arrêté le 18 mars 1894 à son domicile 2 rue Désiré (XXème arr.) et remis en liberté le 5 mai 1894.
Eugène Mursch figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894.
A l’été 1895, aux cotés notamment de Ravinet, il participait à une tentative de reconstitution dans le XXème de la Ligue des antipatriotes et de la ligue des antipropriétaires.
Sur l’état récapitulatif des anarchistes du 31 décembre 1896, il habitait 11 rue Popincourt et était noté dangereux.
Le 3 janvier 1897, avec plusieurs autres compagnons dont Pouget, Prost, René Sandrin, Leboucher et quelques espagnols et italiens, il avait participé à une manifestation sur la tombe d’A. Blanqui au cimetière du Père Lachaise où Prost et Sandrin avaient appelé à la Révolution.
Sur l’état de 1901, il demeurait 37 rue Servan.
Le 19 septembre 1903, (Paris XXe arr.), il se maria avec Amélie, Henriette Sébille.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°3.019.
Du 17 août 1914 au 5 décembre 1918, il fit la campagne contre l’Allemagne.
A la fin de sa vie, il demeurait 15 rue François Belloeuvre

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243298, notice MURSCH Eugène [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 23 octobre 2021, dernière modification le 23 octobre 2021.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
La Révolte 9 mai 1891 — Le Père Peinard 28 juin 1891, 17 janvier 1892 — Archives de la Préfecture de police Ba 78, 1497, 1500, 1508 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Notice Eugène Mursch du Dictionnaire des militants anarchistesLe Figaro 29 avril 1891 — Le Matin 29 avril 1891 — Le Droit 13 janvier 1892 — Archives départementales des Hauts-de-Seine. État civil — Archives de Paris. D4R1 633, 4e bureau, Matricule : 2909.

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