ROUL André, Raymond, Marie

Par Bernard Geay

Né le 6 décembre 1933 à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 28 juin 2011 à Ombrée d’Anjou (Maine-et-Loire) ; ouvrier ajusteur ; militant CFTC puis CFDT ; délégué du personnel, élu au CE, délégué syndical CFDT chez Huard ; secrétaire du syndicat des Métaux de Châteaubriant (Loire-Atlantique), secrétaire de l’Union locale CFDT de Châteaubriant ; adjoint au maire de Châteaubriant (1989 – 2001).

André Roul en 1984
André Roul en 1984

Son père, Henri Roul, gendarme en milieu rural, après avoir été en poste à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, où naquit André, fut affecté à Châteaubriant. Il fut très marqué par l’attaque de l’armée allemande contre le maquis de Saffré (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) où il intervint pour ramasser les dépouilles des maquisards tués en juin 1944. Sa mère, Eugénie Fleury, était mère au foyer.
Après le primaire, André Roul suivit le cours complémentaire à l’école des Terrasses à Châteaubriant. Il était très bon élève et son père aurait voulu qu’il fût instituteur, ce qu’il refusa. Il fut alors envoyé au collège technique de Laval (Mayenne) où il obtint le CAP d’ajusteur puis le brevet industriel. Ses professeurs souhaitèrent en vain qu’il poursuive sa scolarité au lycée Livet à Nantes (Loire-Atlantique).
Au collège technique, André Roul ressentit l’injustice et le mépris dont étaient victimes les élèves de l’enseignement professionnel de la part de ceux de l’enseignement général. Cela contribua à forger sa conscience sociale et ce fut à cette époque qu’il s’engagea à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC)où il découvrit l’action collective.
Souhaitant gagner sa vie et être indépendant, André Roul quitta l’école à dix-sept ans pour être embauché dans une entreprise lavalloise. Il y refusa un poste de chronométreur car il ne voulait pas avoir à pousser les autres à travailler encore plus vite. Il se syndiqua à la CFTC et vécut sa première grève longue. Ce fut très dur et il fallut mettre en place une soupe populaire pour les grévistes. Il devint membre du bureau de la CFTC à Laval et également de celui de la JOC.
Robert Buron, alors maire de Laval, le sollicita pour qu’il crée une section Jeunes du Mouvement républicain populaire (MRP). André Roul refusa en raison des positions du MRP sur la guerre d’Indochine. En 1954, il signa une pétition contre la décision du pape Pie XII d’arrêter l’expérience des prêtres-ouvriers.
Fin 1954, il fut appelé sous les drapeaux et effectua une partie de son service militaire en Algérie où l’insurrection avait éclatée. Affecté au PC Radio du régiment, il n’eut pas à prendre part aux combats. Après plus de deux ans d’armée, il fut embauché en 1957 chez Huard, usine fabriquant des charrues à Châteaubriant. Affecté d’abord au bureau d’études, il n’en aima pas l’ambiance confinée et préféra aller travailler comme ajusteur à l’outillage.
Chez Huard, il reprit sa carte à la CFTC et, très vite, fut candidat aux élections professionnelles, au titre des jeunes. Ce fut le début d’un long parcours militant : délégué du personnel, élu puis secrétaire du comité d’entreprise, délégué syndical. Proche de Gilbert Declercq qu’il avait connu à la JOC, André Roul fut un ardent partisan de l’évolution de la CFTC qui devint CFDT en novembre 1964. Il fut secrétaire du syndicat des Métaux de Châteaubriant et, succédant à René Rallu, devint secrétaire général de l’Union locale CFDT de Châteaubriant de 1975 à 1980. À ce titre, il siégea au conseil de l’Union départementale CFDT de Loire-Atlantique.
André Roul était délégué syndical CFDT chez Huard au moment de mai 68. La fonderie et l’usine Huard furent en grève à partir du 20 mai. André Roul fut un des leaders du mouvement, prenant la parole au nom de la CFDT dans les meetings en ville, notamment le 27 mai. Chez Huard, la reprise du travail fut votée le lundi 10 juin. Le lendemain, les travailleurs rentrèrent dans l’usine en chantant l’Internationale derrière deux drapeaux rouges et un drapeau tricolore. Quelques jours plus tard, un nouveau conflit éclata sur la répartition des bénéfices de l’entreprise. Au bout de deux jours de grève, une répartition uniforme fut obtenue.
Dans les années 1980, l’entreprise Huard connut des difficultés avec plusieurs plans de licenciements successifs. Elle fut rachetée en 1987 par le groupe Kuhn. La section CFDT, avec André Roul et Maurice Legrais, obtint la mise en place des congés de conversion et d’une cellule de reclassement dont André Roul s’occupa.Il put d’ailleurs quitter l’entreprise à travers ce dispositif en 1987 à l’âge de cinquante-trois ans.
Militant chaleureux à la forte personnalité, l’esprit toujours en éveil, André Roul était un leader naturel, sachant susciter l’engagement et organiser l’action syndicale. Il avait un sens inné du collectif, n’hésitant pas à sacrifier son intérêt personnel. De ce fait, il bénéficia rarement des augmentations individuelles.
Tout naturellement, André Roul passa au militantisme politique. Il participa au Groupe d’études socialiste en 1966-1967 et milita au Parti socialiste unifié (PSU), dont il fut le candidat sur la circonscription de Châteaubriant aux élections législatives de 1981. Il recueillit 1916 voix, soit 4,66%. En 1983, il fut élu conseiller municipal d’opposition à Châteaubriant.
En 1989, André Roul fut élu avec l’étiquette PSU sur la liste conduite par Martine Buron (PS), fille de Robert Buron, qui devint maire de Châteaubriant. Ayant fonction d’adjoint aux affaires économiques, il contribua à mettre en place la Maison de l’Economie dans les anciens vestiaires de l’usine Huard, la pépinière d’entreprises, la maison de la Formation et le Comité de bassin d’emplois. Il réussit à sauver de la casse et à conserver l’énorme marteau-pilon de la forge de chez Huard. Par choix personnel, André Roul ne se représenta pas aux élections municipales de 1995 où Martine Buron fut réélue pour un second mandat de maire.
André Roul eut aussi de multiples activités associatives : Action catholique ouvrière, l’insertion avec l’ACPM (aide aux chômeurs du pays de la Mée), association pour le logement des jeunes, l’office des personnes âgées, l’aide aux sans-papiers, l’association humanitaire Arcade…Il milita également avec les retraités CFDT. A partir de 2003, en désaccord avec le compromis acté par la CFDT sur les retraites, il ne versa plus qu’une demi-cotisation
André Roul se maria avec Monique Lardeux (1935 - 2014) issue d’une famille de commerçants de Châteaubriant. Son épouse milita activement dans plusieurs associations (Action catholique ouvrière, Secours populaire, parents d’élèves...). Le couple eut quatre enfants (deux garçons et deux filles). André Roul décéda en juin 2011 à l’âge de soixante-dix-sept ans. Ses obsèques furent célébrées le 2 juillet en l’église de Châteaubriant où de nombreux hommages lui furent rendus.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243321, notice ROUL André, Raymond, Marie par Bernard Geay, version mise en ligne le 24 octobre 2021, dernière modification le 16 novembre 2021.

Par Bernard Geay

André Roul en 1984
André Roul en 1984

Sources : Arch. CFTC-CFDT de Châteaubriant. – "Mai 68 à Châteaubriant : Lutte de pouvoir entre la mairie et le Comité de Grève", in La Mée socialiste : Hebdomadaire d’information de la région castelbriantaise, n°15, 9 avril 2008. — Groupe Histoire CFDT 44, "A l’Ouest tout a commencé le 8 mai : témoignage de Daniel Palvadeau", Le Mai 1968 de la CFDT en Loire-Atlantique, Nantes, Centre d’Histoire du Travail, 2018. — Groupe Histoire CFDT de Loire-Atlantique, "L’Union locale CFDT de Châteaubriant en Mai 1968", Cahier n°6, 2018.

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