PAGAT Maurice

Par Geneviève Coudrais

Né le 2 septembre 1928 à Saint-Étienne (Loire), mort le 2 mars 2009 au Centre Partage de Thiviers (Dordogne) ; animateur de Témoignages et documents sur la guerre en Algérie  ; créateur des Maisons des chômeurs et du Mouvement national des chômeurs et des précaires (MNCP).

Maurice Pagat travailla à EDF mais assez vite le combat contre la torture en Algérie et pour son indépendance le mobilisa totalement et provoqua sa révocation.

En 1957, Maurice Pagat et Robert Barrat (journaliste qui avait participé en novembre 1955 à la fondation du Comité d’action des intellectuels contre la guerre d’Algérie) et Roland Marin (compagnon de l’Arche) créèrent un Centre d’information et de coordination pour la défense des libertés et de la paix (rue du Landy , à Clichy). Son Comité de Patronage était constitué de personnalités, dont beaucoup d’anciens résistants.

Robert Barrat et Maurice Pagat créèrent avec le Comité Audin, en 1957, un journal Témoignages et documents sur la guerre en Algérie, afin de publier les textes interdits ou saisis dans la grande presse : le premier numéro (janvier 1958) édita en première page le témoignage d’un rappelé sur la torture, Georges Mattéi extrait des Temps Modernes. Plus tard, un encadré figurant en première page présentait Témoignages et Documents comme « le journal qui publie les textes saisis et interdits »

Le premier grand texte publié fut La Question d’Henri Alleg, sorti en mars 1958 aux Éditions de Minuit et saisi. Ont été publiés dans Témoignages et Documents les conclusions du livre saisi Le Refus de Maurice Maschino exprimant les raisons de son refus de répondre à l’ordre d’appel qu’il avait reçu « pour démystifier l’opinion française et témoigner devant l’opinion maghrébine » (mai 1960), la dénonciation régulière de la disparition de Maurice Audin ainsi que des listes de disparus algériens, la dénonciation des nouveaux pouvoirs de la justice militaire et de la police (n° 20), « les nouveaux hors-la-loi » (textes censurés parce qu’ils constituaient des « invitations à la désertion » - n°22), la relation des manifestations de protestation et leur répression et des documents officiels comme la lettre de démission de Paul Teitgen, secrétaire général de la police d’Alger, qui dénonçait des exécutions sommaires ou un rapport secret de la DST, et la dénonciation des « ratonnades à Paris » du 17 octobre 1961.

Maurice Pagat demanda l’inscription de Témoignage et Documents à la Commission paritaire des papiers de presse afin d’obtenir les avantages consentis pour l’acheminement postal d’une revue, et l’obtint le 18 septembre 1958 ce qui facilita l’expédition aux abonnés de plus en plus nombreux puisque le tirage atteignait déjà 20 000 exemplaires. Beaucoup se communiquaient « sous le manteau ». On peut estimer finalement le tirage moyen des numéros à 50 000 exemplaires.

Une vingtaine de saisies pratiquées sur Témoignages et Documents, outre une trentaine de perquisitions des locaux, une douzaine d’inculpations accompagnées de gardes à vue ont visé Maurice Pagat sous des motifs divers, atteinte à la sécurité extérieure et intérieure de l’État, démoralisation de l’armée et de la nation, apologie de rébellion, injure et diffamation publique envers la DST, publication du texte de plaintes déposées, etc… mais une seule condamnation (de 1000F – en 1961 - pour publication d’un acte de procédure correctionnelle avant qu’il ait été lu en audience publique).

Maurice Pagat qui informait déjà dans les colonnes du journal du scandale constitué par les camps d’internement administratif (comptant environ 5000 Algériens détenus arbitrairement), participa à des manifestations devant celui du Larzac, suivies au mois de juillet 1959 par une « lettre ouverte » au ministre de l’Intérieur pour réclamer la suppression de ces camps. Parmi les protestations figurait « un manifeste signé d’écrivains, d’hommes célèbres et de croyants de toutes philosophies ou religions lancé pour recueillir des fonds destinés à la construction d’une Maison de l’amitié franco-algérienne ». C’est ainsi qu’au mois de février 1960, Maurice Pagat pouvait annoncer dans le n° 21 du journal la création de la Maison de la paix – Dar el Salam – au service de l’amitié franco-maghrébine :
Outre le symbole fort de protestation au camp d’internement administratif, faisant de la Maison de la Paix de Saint-Véran « l’anti-Larzac », ce chantier international auquel ont participé plusieurs centaines de personnes a été un lieu de débats politiques et de fraternité.
Le développement du journal et celui de la Maison de la Paix n’auraient pu avoir cette ampleur sans le soutien militant et financier de tous les amis associés à ces combats. En premier lieu, citons Mariel Jean-Brunhes Delamarre – en étroite association avec Maurice Pagat - et son époux, Raymond Delamarre, dont les ateliers de sculpteur étaient envahis la nuit par les journaux, lors des diffusions ! Les Rouzet et tant d’autres, parcourant la France pour les impressions clandestines ! Tout autant que intellectuels ou les participants au chantier de la Maison de la Paix.
La parution du journal – et le chantier de la Maison de la Paix prirent fin peu après la fin de la guerre d’Algérie, avec le bilan de 89 mois de puissants combats, l’analyse des accords franco-algériens (une étude d’El Moudjahid), le salut à la victoire du peuple algérien. La dernière page du numéro 37 (octobre 1962) était consacrée encore à la saisie du film de[158947], « Octobre à Paris », sur massacre du 17 octobre 1961.
Maurice Pagat reprit difficilement pied dans la réalité d’une vie vidée d’un combat intense. Il vécut de peu en travaillant sur les chantiers.
Il obtint de François Mitterrand, en 1981, suite à une grève de la faim, sa réintégration dans l’entreprise EDF, ce qui lui donna par la suite accès à une retraite.
La même année, Maurice Pagat, "Chômeur depuis un an, 53 ans, ancien animateur d’associations culturelles et sociales" signa dans Le Monde un manifeste pour la création d’un syndicat des chômeurs. Profitant de la Tribune que lui offrait l’émission télévisée « Droit de Réponse » de Michel Polac, il avait appelé les chômeurs à s’organiser collectivement. Le succès de son appel lui a permis de créer le premier « Syndicat des chômeurs » puis (en 1984) des « maisons des chômeurs », des marches de chômeurs, des initiatives d’économie solidaire, des Universités d’été, des États Généraux du Chômage et de l’emploi et la parution en 1983 d’une revue consacrée au travail et au chômage Partage. Il constitua avec Joseph Boudard, en 1986, le Mouvement national des chômeurs et des précaires (MNCP). En 1992, confronté aux rivalités entre associations, aux affrontements au sein même du MNCP, déçu aussi par le faible engagement des chômeurs, il quitta l’association et se consacra pleinement au mensuel Partage qu’il avait lancé en 1983.
Il mourut le 2 mars 2009 à Thiviers (Dordogne) dans l’ancien couvent Saint-Paul qu’il avait transformé en siège du réseau Partage.
Rémy Barroux le présenta dans Le Monde comme l’alliance des « traditions du catholicisme social et de l’anarcho-syndicalisme ».
Autodidacte, Maurice Pagat était athée mais multipliait les références religieuses. Célibataire, il a longtemps vécu dans une grande pièce insalubre au Landy à Clichy) , envahie par les livres de toutes sortes ( politique, sociologie, histoire du mouvement ouvrier et notamment sur le communisme (livres critiques pour l’essentiel), les ordres religieux, le catholicisme social, le personnalisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243393, notice PAGAT Maurice par Geneviève Coudrais, version mise en ligne le 29 octobre 2021, dernière modification le 26 novembre 2021.

Par Geneviève Coudrais

SOURCES  : https://www.memoirepartage.fr/— Le Monde, 14 avril 2009. — Presse citée dans la notice.

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