GENTON Robert

Par Alain Dalançon

Né le 22 juin 1925 à Paris (VIIIe arr.), mort le 14 août 2012 ; professeur agrégé de philosophie ; militant communiste, syndicaliste, secrétaire de la section académique de Nancy (Meurthe-et-Moselle) puis de Nancy-Metz du SNES (1969-1976).

Robert Genton à la tribune du congrès du SNES 1973
Robert Genton à la tribune du congrès du SNES 1973
[Arch. IRHSES]

Fils de modestes employés à Paris, Robert Genton fit ses études secondaires au lycée Condorcet et ses études supérieures en Khâgne au même lycée et à la Sorbonne. Lecteur à l’Université libre de Berlin-Ouest de 1950 à 1955, il fut appelé à faire deux mois de service militaire à Coblenz en 1953. Il réussit à l’agrégation de philosophie en 1955, puis fut nommé professeur au lycée Henri-Poincaré de Nancy, établissement où il enseigna en Lettres supérieures et Première supérieure à partir de 1972, jusqu’à sa retraite prise en 1985 au grade de professeur de chaire supérieure.

Robert Genton se maria en 1950 avec Élisabeth Deichmann, une étudiante allemande, qui acquit la citoyenneté française par son mariage. Future attachée de recherches au CNRS, elle devint professeure de littérature allemande, spécialiste du XVIIIe siècle allemand et du « Sturm und Drang », à l’Université de Nancy II. Le couple eut sept enfants.

Militant du Syndicat national de l’enseignement secondaire (classique et moderne) puis du SNES (classique, moderne, technique), Robert Genton apparut sur la liste B pour les élections à la commission administrative nationale en 1960 (14e position) et fut élu pour la première fois en 1967, l’année où la majorité bascula en faveur du courant « Unité et Action ». Il était alors secrétaire départemental (S2) du SNES de Meurthe-et-Moselle et participait au secrétariat de la section académique (S3) suivant une formule de cogestion avec Jean Duseux (secrétaire général, autonome) et Gilbert Bodez (ex-SNET, UASE). Il avait été le principal organisateur du courant « Unité et Action » dans l’académie, contre le désir des responsables communistes régionaux qui restaient partisans de l’opposition au système des tendances.

Adhérent du Parti communiste français depuis janvier 1957, Robert Genton était membre du comité de section de Nancy 2 puis, à partir de 1966, du comité de la fédération de Meurthe-et-Moselle sud.

En 1969, le courant « Unité et Action » étant devenu majoritaire dans l’académie, Robert Genton devint secrétaire du S3 de Nancy. Tous les minoritaires ayant refusé de poursuivre la cogestion comme il le leur avait proposé, il constitua une équipe de direction avec pour adjoints Michèle Jacquet et Bernard Zussy, militant socialiste des Vosges avec lequel il entretint une solide amitié.

La création de la « région » Lorraine en 1972, avec Metz pour chef-lieu, s’accompagna de la création de la nouvelle académie de Nancy-Metz constituée par les trois départements de l’ancienne académie de Nancy (Meurthe-et-Moselle, Meuse, Vosges) et le département de la Moselle auparavant rattaché à l’académie de Strasbourg. Une telle réunion ne se fit pas sans difficultés dans la plupart des secteurs économiques, dans les différentes administrations, dont celle de l’Éducation nationale, ainsi que dans les partis et syndicats, en raison notamment d’un contentieux historique entre la « Lorraine française » et la Moselle depuis 1919. Robert Genton eut donc à gérer l’entrée du S2 de Moselle dans le S3 de Nancy-Metz. Il s’attacha à constituer une direction académique soudée, représentative des différents départements. Ainsi Roland Remer (secrétaire académique adjoint), Marcel Scherer et Paul Berger intégrèrent-ils l’équipe académique aux côtés de Michèle Jacquet (secrétaire académique adjointe), Bernard Zussy (secrétaire administratif), Bernard Flageollet (trésorier), Michel Gégout, Sonia Henrich et Gilbert Schilling.

Au cours de son mandat de secrétaire du S3, Robert Genton fonda en 1969 le bulletin académique, Nancy-SNES, alors supplément à L’Université syndicaliste, et installa la section dans ses locaux actuels au 15 rue Godron à Nancy. Il se dépensa beaucoup au service des personnels au statut précaire, les maîtres auxiliaires et les MI-SE dont le groupe de jeunes responsables très actifs sous l’impulsion d’Alain Lévy avait commencé à jouer un rôle important au plan national dès avant mai 1968 en organisant une grève en novembre 1967. La grande autorité intellectuelle de Genton, son souci de maintenir la cohésion de la tendance sur des bases syndicales, de rassembler les personnels en étant attentif à leurs problèmes, favorisèrent le développement du nouveau S3, dont la valeur des contributions à la réflexion du syndicat était reconnue dans les congrès et CA. Robert Genton siégea en outre comme commissaire paritaire national suppléant (1965-1972) dans les commissions traitant la discipline de la philosophie. En 1971, il demanda à quitter le comité fédéral du PCF « en raison de ses tâches syndicales ».

Un militant de l’École émancipée, Jean-Claude Boyer, l’ayant giflé lors d’une réunion publique organisée le jour de la grève du 7 décembre 1972, fut exclu du SNES pour trois ans par le congrès national tenu à Rouen en mars 1973, à la suite d’un long débat dont l’Université syndicaliste rendit compte précisément.

Robert Genton demeura secrétaire du S3 jusqu’en 1976. Il céda alors la place à Bernard Flageollet, qui lui succéda également à la CA nationale et au bureau national dont il avait été membre suppléant (1969-1975). Il resta membre de la CA académique jusqu’en 1977 et se consacra alors beaucoup à son enseignement qui laissa une forte impression sur des générations successives de lycéens puis d’étudiants, notamment ses commentaires sur Hegel. Il cessa d’être membre du PCF lorsque celui-ci « cessa d’exister autour de lui », dans les années 1990.

Sa retraite prise, Robert Genton suivait toujours l’actualité syndicale. En 2007, il envoya une tribune libre à L’Université syndicaliste, en faveur du vote « oui » au référendum sur le Traité de constitution européenne, critiquant ainsi la position du SNES et de la FSU, et décida de ne plus y adhérer car il « ne reconnaissait plus son syndicat ».

Décédé le 14 août 2012, Robert Genton a été inhumé à Eulmont.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24341, notice GENTON Robert par Alain Dalançon, version mise en ligne le 22 janvier 2009, dernière modification le 10 février 2020.

Par Alain Dalançon

Robert Genton à la tribune du congrès du SNES 1973
Robert Genton à la tribune du congrès du SNES 1973
[Arch. IRHSES]

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. IRHSES (CA, congrès, L’Université syndicaliste, Bulletin Nancy-Snes). — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Jacques Girault. — Témoignages de militant(e)s (L. Detti, P. Berger, P. Giovanazzi, F. Blanchard).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément