DUBOIS DESVIGNES Pierre, Albert, Louis

Par Andre Delestre

Né le 17 octobre 1931 à Plombières-les-Dijon (Cote d’Or), mort le 28 septembre 2012 à Santiago (Chili) ; prêtre ; aumônier de l’Action catholique ; JOC ; ACO ; détenu, frappé et expulsé du Chili pendant la dictature Pinochet.

Issu d’une famille catholique, Pierre Dubois fut ordonné prêtre dans le diocèse de Dijon en 1955. Voulant s’engager auprès des plus pauvres, il partit au Chili en 1963 au service des mouvements : Action catholique ouvrière (ACO) et Jeunesse ouvrière catholique (JOC), dans les communes de Pudahuel et de Quinta Normal. Au sein de l’archidiocèse de Santiago, il fut affecté aux paroisses de la población de José Maria Caro puis du Sacré-Cœur de Jésus à Lo Espejo.
Le quartier populaire de La Victoria, bidonville historiquement très marqué à gauche, fut l’un des foyers de la résistance au régime de Pinochet. Les prêtres français, Pierre Dubois et André Jarlan, protégèrent des opposants à la dictature militaire et furent des contributeurs réguliers du Vicariat de la solidarité, organisation catholique chilienne de défense des droits de l’Homme. Lors de la manifestation du 27 mars 1984, Pierre Dubois s’interposa avec les forces de l’ordre sur une barricade, les bras en croix, au cours d’une descente des " Carabineros " contre la population du quartier. Pierre Dubois fut arrêté et détenu. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 4 septembre 1984, le père André Jarlan fut abattu d’une balle dans la nuque.
En septembre 1986, peu de temps après l’attentat manqué du Frente Patriotico Manuel Rodriguez (FPRM) contre Augusto Pinochet, Pierre Dubois fut de nouveau arrêté ainsi que deux missionnaires franciscains. Selon les documents officiels, Alberto Cardemil, alors sous-secrétaire à l’Intérieur, aurait envoyé au ministère des Affaires étrangères les dossiers des prêtres français Pierre Dubois, Jaime (Jacques) Lancelot et Daniel Caruette, en vue de leur expulsion du Chili. Selon un document du Vicariat de la Solidarité qui relata la perquisition au domicile de Pierre Dubois, il fut frappé à coups de crosse par les carabiniers et les agents de la police secrète avant d’être embarqué dans une camionnette, puis détenu au commissariat local où il subit, de nouveau, des insultes et des coups. Le 11 septembre 1986, les trois prêtres français embarquèrent dans un vol pour la France.
De retour dans son diocèse d’origine, Pierre Dubois continua son travail auprès des exilés chiliens en organisant la « Pastorale de l’Exil » en Belgique, en France et en Suisse.
En 1990, après la fin de la dictature, il revint au Chili sur l’invitation du président Patricio Aylwin, mais les autorités ecclésiastiques lui interdisent de retourner vivre à La Victoria. Il n’y parviendra qu’en 2009.
En 1996, un groupe de députés appartenant à la Concertation des partis pour la démocratie présentèrent un projet de loi visant à accorder par faveur spéciale la nationalité chilienne à Pierre Dubois, pour son travail auprès des populations marginales du Grand Santiago. Ce projet fut voté par la Chambre des députés en date du 31 août 2000 puis transmis au Sénat pour révision. La Chambre Haute fit échouer la procédure, affirmant que le prêtre était « un personnage conflictuel et non unitaire ». L’opposition à la naturalisation du prêtre fut menée par le sénateur Sergio Fernandez, ministre sous la dictature, qui avait lui-même signé le décret d’expulsion de Pierre Dubois.
Par la suite, le 23 janvier 2001, la naturalisation de Pierre Dubois fut approuvée et publiée au Journal officiel chilien le 14 février de la même année.
Auparavant, en 2000, Pierre Dubois a été élevé à la dignité de chevalier de la légion d’honneur.
Pierre Dubois continua à s’engager auprès des plus marginalisés et des plus vulnérables. En 2009, il regagne la población de La Victoria. Atteint de la maladie de Parkinson, il mourut le 28 septembre 2012 à l’âge de 80 ans dans le quartier de La Victoria. Ses obsèques eurent lieu le 1er octobre 2012 dans la cathédrale de Santiago lors d’une cérémonie présidée par Mgr Ricardo Ezzali. Le cortège funèbre qui l’accompagna depuis La Victoria jusqu’au centre de Santiago fut suivi par des milliers de personnes.
À la suite du décès de Pierre Dubois, Michelle Bachelet publia un message dans lequel elle le décrivait comme « un homme exceptionnel, un homme qui s’est donné entièrement à la défense de la vie, un combattant infatigable [...], un symbole de la non-violence et de la protection des gens sans défense ».
Ricardo Lagos a décrit le père Dubois comme un atout précieux dans l’histoire récente du Chili.
Les habitants de La Victoria ont rappelé les innombrables fois où Pierre Dubois les a défendus au prix de sa vie, surtout aux heures les plus graves, comme les manifestations contre la dictature militaire dans les années 1980.
Le président alors en exercice, Sébastien Pinera, fit polémique en comparant l’œuvre de solidarité de Pierre Dubois à La Victoria avec la solidarité exercée au travers du Téléthon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243517, notice DUBOIS DESVIGNES Pierre, Albert, Louis par Andre Delestre, version mise en ligne le 4 novembre 2021, dernière modification le 10 décembre 2021.

Par Andre Delestre

SOURCES : documents dans Cooperativa.cl, Wikipédia, documents et témoignages de Pierre Dubois (1994), " un prêtre français au Chili, 50 ans au service du monde ouvrier" par Pierre Dubois aux Editions Karthala, article de Jac Forton, publié dans la revue Espace Latinos no 273, archives de la chambre des députés au Chili, archives du diocèse de Dijon, https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/366163-hommage-au-pere-pierre-dubois/

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