BERNARD Jacques, Joseph, René

Par Jean-Marie Guillon

Né le 28 août 1903 à Villes-sur-Auzon (Vaucluse), tué le 4 août 1944 à Annonay (Ardèche) ; notaire ; résistant, lieutenant FFI.

Fils de Marie Joseph Roch Henry Bernard, notaire à Villes-sur-Auzon, et d’Hélène Augustine Joséphine Marie Louise Karovinski (ou Karwinski comme indiqué sur l’acte de décès ?), marié le 23 novembre 1929 avec Lucie Chardes à Sainte-Marguerite Lafigère (Ardèche), Jacques Bernard a été le dernier notaire de son village natal. Il avait sans doute succédé à son père en 1935.
Membre de la Résistance, il fut arrêté par les Allemands le 15 mai 1944 et emprisonné à Marseille. Une décision ministérielle datée du 1er janvier 1958 reconnait à Jacques Bernard le grade de Lieutenant FFI. Il fit partie d’un convoi de soixante-et-onze prisonniers (de 69 à 72 selon les sources) dont une trentaine de juifs et trois femmes, extraits de la prison des Baumettes le 1er août 1944. Les prisonniers étaient enchaînés deux par deux et surveillés par une escorte d’une douzaine de soldats allemands. Parti de Marseille le 1er au soir, le train emprunta en raison des fréquents bombardements alliés, la rive droite de la Vallée du Rhône pour remonter vers le Nord. Il arriva enfin au Teil (Ardèche) le 3. Avertie, la Résistance ardéchoise décida d’attaquer le train et de délivrer les prisonniers. Le train s’arrêta à Peyraud (Ardèche) le soir mais la présence d’un train blindé allemand interdisait l’attaque. Il fut décidé de le dérouter sur Annonay qui était contrôlée en sous-main par la Résistance (alors que les autorités fidèles à Vichy avaient été rétablies à la tête de la ville ) , ce qui fut fait grâce à des cheminots de la CGT clandestine et à l’audace du corps franc Gerelli du secteur A de l’Armée Secrète, qui plaça l’un de ses hommes (Louis Chevalier) dans la locomotive de traction.
Arrivé en gare d’Annonay vers quatre heures du matin le 4, il fut aussitôt attaqué par les groupes francs de l’Armée secrète (AS) du secteur, renforcés par des éléments du commando Louise, composé d’Américains parachutés peu avant à Devesset (Ardèche), équipés de bazookas. Les douze soldats allemands qui gardaient les prisonniers se servirent d’eux comme protection en les plaçant contre les vitres ; l‘échange de coups de feu se termina vers huit heures par la reddition des Allemands. Ils avaient trois blessés dont l’un grièvement, mais trois prisonniers avaient été tués : Jacques Bernard, Isaac Schwartz de Toulon (Var) et Marius Bérengerde Marseille (Bouches-du-Rhône).
Une stèle a été érigée sur la place de l’ancienne gare d’Annonay pour rappeler cet événement qui constitue l’un des exploits les plus remarquables de la Résistance française. La stèle porte l’inscription suivante :
“Ici, en gare d’Annonay, le 4 août 1944, les FFI ont libéré 70 prisonniers politiques. Au cours du combat sont morts pour la France Bérenger Marius, Bernard Jacques, Schwartz Isaac.”

Une avenue de Villes-sur-Auzon porte aujourd’hui le nom de Jacques Bernard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243571, notice BERNARD Jacques, Joseph, René par Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 6 novembre 2021, dernière modification le 12 mai 2022.

Par Jean-Marie Guillon

SOURCES : Arch. Dép. Vaucluse, 238 W 43. — Mémoire des Hommes SHD Vincennes GR 16 P 51223 (nc). —Louis-Frédéric Ducros, Montagnes ardéchoises dans la guerre, tome III, Romans, 1981, p. 266-268. — ANACR, Mémorial de la Résistance en Ardèche, Le Teil, 1994, p. 99. — État civil.
Sources complémentaires : Mémorial de l’oppression, Arch. Dép. du Rhône, 3808W, Annonay 142-149. - Adolphe Demontès, L’Ardèche martyre, imp. Mazel, Largentière, 1946 (P. 219). - Anne Boudon, Des grenades sous le plancher, carnets de La Vanaude, 2001 (p.207-224). - Fonds du Musée de la résistance et de la Déportation en Ardèche, Arch. Dép. de l’Ardèche, 70J. - Joseph Chatagner, La libération d’Annonay et de sa région , tapuscrit, 1946. - CD-Rom AERI (coord. Raoul Galataud), La Résistance en Ardèche, 2004. - Aimé Duranton, FTP 7104 et 7113 èmes Cies, commando 13 de la 13ème demi-brigade de la légion étrangère, tapuscrit, 66p., sd. - André Grenier, Résistant puis insurgé, souvenirs d’un FFI 1935-1945. - Pierre Bonnaud, La République d’Annonay, cahier MATP N°122, 2014. - Pierre Bonnaud, L’Ardèche dans la Guerre 1939-1945, De Borée, 20017. - Copie intégrale de l’Acte de décès de Jacques Bernard, 18 mars 2022, Mairie d’Annonay. -. Site internet de la mairie de Villes-sur-Auzon. - Notes et compléments : Pierre Bonnaud.

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