CÉA Jean

Par Jacques Girault

Né le 8 février 1932 à De Malherbe (aujourd’hui Aghlal, willaya d’Aïn Témouchent, Algérie) ; professeur d’université ; militant syndical (SNESup) ; militant du PSU puis du PS.

Ses parents, fermiers espagnols, furent naturalisés français peu avant 1914. Son père, mobilisé pendant la guerre, fut blessé pendant la guerre du Rif. Leurs quatre enfants furent élevés par leur mère après le décès de son mari en 1940. Devenue cuisinière, elle mourut en 1952. Jean Céa apprit le français à l’école primaire et travailla pendant les vacances pour aider sa famille. Élève de cours complémentaire, il entra à l’Ecole normale d’instituteurs d’Oran (1948-1951). Membre de l’équipe de basket-ball championne d’Algérie en 1950, lauréat du concours général en mathématiques (1950), il prépara, au lycée Chaptal à Paris, le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Saint-Cloud (section des sciences) qu’il réussit en octobre 1953. Ayant été réformé en 1955, sa scolarité, comme jeune Européen d’Algérie parmi des normaliens communistes et catholiques, hostiles à la colonisation, se termina par un succès à l’agrégation de mathématiques en 1958.

Ayant abandonné la religion catholique depuis le début des années 1950, il se maria civilement en juillet 1956 à Châtenay-Malabry (Seine, Hauts-de-Seine) avec une professeur d’éducation physique, ancienne élève de l’ENSEP, fille d’Albert Séraphin, architecte communiste, résistant, mort en déportation, et d’une directrice d’école en Haute-Savoie. Ils eurent deux enfants. Divorcé en 1985, il se remaria en août 1999 à Nice avec Danielle Darmon, veuve, secrétaire dans un collège. Son père Georges Darmon, juriste, prisonnier, s’évada plusieurs fois d’un stalag. Après son évasion, revenu à Grasse (Alpes-Maritime), il avait rejoint la Résistance.

Jean Céa conserva une pratique sportive (randonnée et alpinisme).

Chef de travaux à la faculté des sciences de Nancy (Meurthe-et-Moselle) à la fin des années 1950, il entra au CNRS pendant trois années dont une à l’Institut Blaise Pascal (Paris) où il put utiliser un puissant ordinateur pour des essais numériques. Chargé d’enseignement à la faculté des sciences de Toulouse (1963-1964), maître de conférences à la faculté de sciences de Reims (1964-1966), il soutint sa thèse de doctorat d’État dirigée par Jacques-Louis Lions, en 1964 sous le titre Approximation variationnelle des problèmes aux limites dans laquelle il exposa ce qui devint « le lemme de Céa » permettant des estimations d’erreurs pour la méthode des éléments finis appliquée aux équations aux dérivées partielles elliptiques, résultats connus selon le thème des « éléments finis ».

Professeur à Rennes (1966-1970), Jean Céa fut détaché à l’université de Californie à Los Angeles (1968-1969). Après avoir retrouvé son poste à Rennes, il fut élu professeur à l’Université de Nice en 1970 et conserva ce poste jusqu’à sa retraite en 1992. Parallèlement il était maître de conférences à l’École polytechnique (1964-1972).

Ses enseignements portaient sur les mathématiques et sur l’informatique (analyse numérique, probabilités, statistiques, compilation, théorie des systèmes, langages…). Spécialisé dans l’optimisation des formes et les possibilités de calcul, il encadra de nombreuses thèses. Animateur du Congrès français d’analyse numérique initié lors de son enseignement à Rennes, il fut chargé d’une mission sur les centres de calcul français. Dans ces divers secteurs, il joua un rôle pour que les travaux effectués sur les ordinateurs français puissent être compatibles avec ceux des chercheurs américains qui utilisaient le système Unix. Il obtint le financement des premiers journaux électroniques français. Invité dans plusieurs congrès et colloques internationaux, il exerça aussi des responsabilités administratives. Élu dans des comités nationaux universitaires, il présida la 18eme section du conseil supérieur des universités (1975-1978) et la section « Recherche et Université » commune aux deux ministères (Recherche et Industrie/Éducation nationale) en 1977.
Premier directeur du Centre international de mathématiques pures et appliquées en 1977, il participa à la naissance d’une école d’ingénieurs à Sophia-Antipolis. En outre il rapporta pour le conseil régional PACA sur le projet Université 2000.

A Nancy, militant au Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup) dont il avait créé la section, il était secrétaire de la section syndicale.

Politiquement, après 1960, il adhéra au Parti socialiste unifié (PSU). Il habitait avec sa famille à Malzeville (Meurthe-et-Moselle). Il adhéra au Parti socialiste en 1978 et le quitta au bout de quatre ans après avoir constaté que le cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche ne comprenait aucun membre de la commission recherche du PS en dépit du travail effectué par celle-ci. La politique l’ayant déçu, il préféra se consacrer à la réussite des jeunes étudiants et chercheurs.

Ses recherches débouchèrent sur plusieurs ouvrages aux éditions Dunod. Pendant sa carrière, il obtint deux prix de l’Académie de sciences (1976 et 1988) et fut membre de l’Academia Europea (1989).

Dégagé des activités universitaires, Jean Céa, à la retraite, écrivit six ouvrages grand public. Il interrogea l’histoire et le présent du monde arabe sous le titre L’Islam entre ombre et lumière. Il décrivit son itinéraire aux éditions de l’Harmattan sous le titre Une vie de mathématicien, mêlant autobiographie et épistémologie des mathématiques et un roman en 2012, Jeunes pousses en folie à partir de son expérience sur le personnel des start-ups. Il créa un site personnel où il publia ses conférences des Universités pour tous. Depuis 2017, il se consacrait aussi aux parents d’élèves d’un quartier déshérité de Nice.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243638, notice CÉA Jean par Jacques Girault , version mise en ligne le 9 novembre 2021, dernière modification le 10 novembre 2021.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. 581AP/100, 119. — Divers sites Internet, dont le portrait de Jean Céa par Susie et Jacques Morgenstern, en ligne

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément