SOUDADE Robert, Ferdinand

Par Daniel Grason

Né le 23 juillet 1911 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), mort le 20 novembre 2002 à Saint-Tropez (Var) ; tourneur sur métaux ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant FTP.

Robert Soudade
Robert Soudade

Fils d’Aimé, Kléber et de Léontine James, Robert Soudade obtint à l’issue de l’école primaire le CEP, il suivit une formation professionnelle de tourneur sur métaux, fut titulaire du CAP. De la classe 1931. Il épousa le 27 août 1932 en mairie d’Ivry-sur-Seine Léontine James. Il effectua son service militaire en 1932 au 71ème Régiment d’artillerie volante à Fontainebleau. Il a été démobilisé en octobre 1933 avec le grade de maitre-ouvrier.
Il adhéra au Parti communiste en 1935, fut membre de la cellule du Port à l’Anglais à Vitry-sur-Seine. Il a été responsable du Comité de Défense de l’Humanité (CDH), diffusa pendant trois ans l’Humanité, fut membre de la commission de contrôle. Il se porta volontaire en Espagne républicaine dans les Brigades internationales, commissaire politique, il combattit trois mois dans les rangs du Bataillon Paul Vaillant Couturier du 8 février au 8 mai 1938 sur le front de Caspe en Aragon. Blessé, il déserta, regagna la France. Marcel Humbert présida une réunion de cellule, fit part d’un rapport d’André Marty, fut exclu pendant un an.
En décembre 1938, il quitta son épouse et vécut avec Marcelle Lequien née Perret. Le couple eut une fille. De la classe 1931 Robert Soudade a été mobilisé du 7 septembre 1939 au 9 août 1940 au 5ème BOA 505ème Compagnie à Rambervilliers (Vosges) puis à Orléans (Loiret). Il fut démobilisé en août 1940 par le centre de Gramat, arrondissement de Gourdon dans le Lot.
Il vécut au 196 rue de la Roquette à Paris (XIe), travaillait à l’Omnium Métallurgique Chaise au 53 rue Auguste Lançon. Son oncle Paul Gaspard, militant communiste, l’invita en septembre 1940 à reprendre de l’activité au sein du Parti communiste. Il assista à une réunion où étaient présents Jeanne Schrodt, Charles Delarue et Paul Gaspard… L’action militante consistait à la distribution de tracts et au collage de papillons sur les murs et les portes d’entrées des immeubles.
Paul Gaspard a été interpellé le 15 janvier 1941 par des gardiens de la paix alors qu’il collait des papillons en compagnie de Soudade son neveu. Ce dernier réussissait à s’échapper, Gaspard écopa de trois mois de prison, mais fut interné pendant trois ans. Robert Soudade interrompit son activité militante pendant plusieurs mois. En juin 1941, Jeanne Schrodt le sollicita, il accepta de reprendre de l’activité. Jusqu’à la fin de l’année il ravitailla des militants en papillons et en tracts, lui-même collait tracts et affiches sur les murs.
Jeanne Baskine dite "Jeanne" le présenta à un nommé "Moineau" qui vivait au 25 rue d’Angoulême (Jean-Pierre Timbaud) qui lui proposa d’entrer dans les Troupes Populaires (T.P.) futurs Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Il accepta, quitta son travail, fut affecté dans un groupe avec notamment Hamel, Le Balanger… Ils reçurent pour missions de détruire des poteaux indicateurs qui étaient écrit en allemand, crever des pneus, incendier des camions, mener la lutte contre les allemands et les collaborateurs.
Robert Soudade participa à plusieurs actions avec différents combattants : Larguette, Hamel, Yves Le Belanger : lacérer des affiches, lancement d’une grenade dans un bureau allemand boulevard Diderot (XIIe arr.), attentat contre un restaurant allemand rue Saint-Laurent, jet de deux bouteilles incendiaires dans un garage allemand boulevard de Saint-Mandé, protection d’une réunion du Comité régional des Troupes populaires dans les bois près de Versailles.
Le 14 octobre 1942 il a été interpellé à son domicile par un inspecteur de la BS2 accompagné de trois collègues. Il portait sur lui un pistolet calibre 6,35 mm avec une balle dans le canon. Interrogé dans les locaux de la BS2 à la Préfecture de police il fut confronté avec Adrien Vanderheyden. Robert Soudade affirma après la guerre qu’il avait été frappé pendant une dizaine de minutes, et qu’il n’avoua pas. Le lendemain lors d’une nouvelle bastonnade « à coups de poings et de pieds », il lâcha les noms de Hamel, Le Balanger et Vanderyeden. Puis, lors d’une nouvelle séance où pleuvait les coups, il indiqua où étaient les armes. Mais celles-ci avaient été récupérées par Jeanne Baskine.
Dans les locaux de la BS2 à la Préfecture de police il reconnaissait sur photographies : Le Balanger, Hamel, Camatte, Blanrue, Jeanne Schrodt. Il ne donna que les trois premiers sachant qu’ils avaient été interpellés. Le 22 octobre 1942, confronté avec Jeanne Baskine dite "Jeanne" il déclara notamment lors d’une confrontation avec elle : « Je sais qu’elle milite toujours dans l’illégalité mais je ne connais rien des détails de son activité ». Il nia être le responsable militaire de la région P 2.
Incarcéré à Fresnes le 6 novembre 1942, il a été interrogé à trois reprises par les allemands dans un hôtel réquisitionné rue de Ponthieu. Ils menacèrent de le torturer et de placer son enfant à l’assistance publique. Il lâcha plus d’une dizaine de noms, des pseudonymes, des signalements, des adresses. Lors de son transfert, après la Porte de Versailles, l’automobile creva. Invité à sortir du véhicule pendant la réparation, il se baissa, fit semblant de remonter ses chaussettes, se releva brusquement, saisissait la jambe de l’interprète qui déséquilibré bascula dans un fossé. Il prenait la fuite à toutes jambes, un coup de revolver tiré dans sa direction ne l’atteignit pas.
Il se rendit chez Larguette qui vivait au début de l’avenue Parmentier à Paris pour le prévenir qu’il était recherché. Il alla ensuite à la crèche rue Saint-Maur où était son fils et informait de sa situation. Il se rendit dans un café à l’angle de l’avenue de la République que fréquentait Blanrue, le rencontra quelques heures plus tard. Il fut hébergé par une connaissance pendant un mois. Sans ressource, sans refuge, il se rendit rue de Ponthieu et se constitua prisonnier.
Un marché lui fut proposé, la photographie de "Raoul" (Georges Vallet) lui a été présentée, son arrestation contre sa liberté. Robert Soudade échoua dans sa tentative de prise de contact avec "Raoul". Les allemands envoyèrent Soudade travailler dans une fonderie en Allemagne. Il bénéficia d’une permission de douze jours en novembre 1943 qu’il passa à son domicile rue de la Roquette (XIe arr.). Il fut embauché le 5 janvier 1944 comme tourneur-outilleur à La Visserie Rationnelle rue des Usines à Saint-Maurice (Seine, Val-de-Marne). Craignant d’être arrêté comme réfractaire, il se rendit avec femme et enfant à Ribemont (Aisne). Il travailla trois mois pour l’organisation Todt comme manœuvre, participa à la libération de Guise.
Il habita à 66 rue du Général Saint-Hilaire à Ribemont (Aisne). Le 31 juillet 1945, il fut interrogé par un inspecteur de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) pour « Intelligence avec l’ennemi ».
Il mourut à l’âge de 91 ans le 20 novembre 2002 à Saint-Tropez arrondissement de Draguignan (Var).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243679, notice SOUDADE Robert, Ferdinand par Daniel Grason, version mise en ligne le 11 novembre 2021, dernière modification le 11 novembre 2021.

Par Daniel Grason

Robert Soudade
Robert Soudade

SOURCES : Arch. Nat., 20160181/82 (transmis par Gilles Morin). Arch. PPo. BS2 carton 18 (transmis par Gérard Larue), BA 2309. – Bureau Résistance (pas de dossier). – Site internet Match ID.

Photographie : Arch. PPo. GB 188 (D.R.)

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