BAZILE Armand, Louis ou BAZILLE Armand

Par Michel Pigenet

Installé dans le Berry au début des années 1850, mort le 25 janvier 1885 ; fonctionnaire des Domaines, puis entrepreneur en porcelaine, puis inspecteur d’assurances ; lié à l’extrême gauche républicaine, l’un des principaux responsables de l’opposition au régime impérial dans le département du Cher, il assura la transition entre le républicanisme des années 1860 et le socialisme vaillantiste ; maire de Vierzon.

Receveur des domaines en poste à Loudun (Vienne), Armand Bazile résidait à Graçay (Cher) en 1853, année de son mariage avec une demoiselle Moret, nièce de Félix Pyat. Ce dernier devait l’aider financièrement à se lancer dans les affaires en lui avançant la somme de 100 000 F (d’après une note des Arch. PPo., B a/1231). D’abord associé à Alexis Larchevêque, porcelainier à Vierzon (Cher), l’incendie, en 1860, de la fabrique commune, le conduisit à créer sa propre entreprise, laquelle comptait plus d’une centaine d’ouvriers en 1862.

Absorbé par la lutte politique, il négligea quelque peu l’usine qu’il fut contraint de vendre en catastrophe six ans plus tard à Monnier, fabricant de porcelaine à Foëcy. Entre temps, en effet, Bazile était devenu le principal porte-parole de l’opposition républicaine et socialisante. Son engagement daterait, écrira-t-on après sa mort, de la monarchie de Juillet. Il semble cependant n’avoir guère souhaité siéger au conseil municipal de Vierzon-Ville où il fut élu, en 1855, avec huit autres « démocrates ». Constamment réélu jusqu’en août 1870, date de sa désignation à la tête de la municipalité vierzonnaise, ses scores ne cessèrent de grossir.

Fort de ses succès locaux, largement redevables à la mobilisation de l’électorat ouvrier en général et porcelainier en particulier, Armand Bazile porta les couleurs de l’opposition républicaine lors des scrutins législatifs, voire cantonaux. En 1857, il réunissait 18 % des suffrages dans la circonscription, mais déjà 60 % dans l’agglomération de Vierzon. Régulièrement devancé par le candidat officiel, il frôlait toutefois les 40 % en 1869 et dépassait 80 % à Vierzon. Après le 4 septembre 1870, il fut quelque temps maire de Vierzon. Soupçonné d’être « l’agent le plus actif de l’Internationale », demeuré en relation étroite avec l’oncle de sa femme, il fut de ceux qui, en 1870, préconisèrent la lutte à outrance contre les Prussiens. Résolu à ne « traiter en aucune façon avec l’ennemi », révolté par l’attitude des chefs militaires, il démissionna de son mandat de maire. Candidat aux élections de février 1871, le scrutin de liste lui fut défavorable. Pendant la Commune, le 5 avril, demeuré à Vierzon, il prit part, avec Porcher, conseiller municipal, et les citoyens Babault, Bagnat (ou Baynat ?), Germain et Voisin, en compagnie de 100 à 200 porcelainiers, à une démonstration à la gare de Vierzon pour empêcher le passage d’un train transportant des militaires se rendant à Versailles.

En fuite après l’écrasement de la Commune qu’il avait soutenue du mieux qu’il le pouvait depuis son fief vierzonnais, il fut arrêté à Agen (Lot-et-Garonne), il séjourna deux mois à la prison de Bourges (Cher). Libéré, il déclina la proposition de candidature du comité républicain de Vierzon à l’occasion des élections cantonales et préconisa l’union contre la réaction. Ruiné, il exerça quelque temps un « modeste emploi » d’inspecteur pour le compte d’une compagnie d’assurances avant de quitter le Cher et de gagner Poitiers (Vienne), puis Paris. En 1885, il accepta d’être le candidat de principe des vaillantistes berrichons lors des élections sénatoriales. Avec 90 voix, il tripla le score prévisible des socialistes. Il devait s’éteindre le 25 janvier, au sortir de cette ultime épreuve électorale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24368, notice BAZILE Armand, Louis ou BAZILLE Armand par Michel Pigenet, version mise en ligne le 27 janvier 2009, dernière modification le 12 janvier 2021.

Par Michel Pigenet

ŒUVRE : L’Occupation de Vierzon, Issoudun, 1871.

SOURCES : Arch. Nat., C 1945 ; C 2882, Cher, et Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars 1871, rapport du premier président de la cour de Bourges, 25-29 août 1871. — Arch. PPo., B a/1231. — Arch. Dép. Cher, 20 M 24, 20 M 25, 21 M 16, 23 M 77, 23 M 93. — Le Réveil social du Centre, 31 janvier 1885. — C. Pennetier, Le socialisme dans le Cher, 1851-1921, La Charité-sur-Loire, Delayance, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1982. — Note de Claude Pennetier.

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