BOUGUENNEC Jean [nommé Jean-Paul dans la presse ; dit Francis Garel dans la Résistance]

Par Anne Mathieu

Né le 25 juillet 1912 à Saint-Eloy (Finistère) ; exécuté le 14 septembre 1944 à Buchenwald ; journaliste ; reporter en Espagne ; résistant ; agent français du Special Operations Executive, section F (française)

Jean Bouguennec était normalien. Sa mère, Marie-Anne Mével, institutrice et son père, Jean-François Bouguennec, chef d’escadron d’artillerie coloniale vivaient en Martinique quand Jean décida fin juillet 1929 de quitter l’île avec des camarades dans une chaloupe volée. Arrivés au Venezuela début août, ils furent arrêtés, emprisonnés et conduits au poteau d’exécution. Ils en réchappèrent, et le fils rebelle fut rapatrié en Martinique.

Jean-Paul Bouguennec publia en août 1932 dans Le Quotidien une série de reportages sur les chalutiers. Au dernier trimestre de cette année-là et dans les premiers mois de la suivante, il collabora à L’Œuvre par des articles divers, à la veine sociale ou tenant du fait divers. Veine qu’il exprima aussi dans La Presse en 1934 ou dans Paris-Soir en 1935.

Le 16 juin 1934, il épousa Lysane France Garel, à Sartrouville.

Fin 1935, il se rendit en Martinique, d’où il écrivit une série de cinq reportages pour Maroc-Matin, « Martinique, l’île des Biguines ».

Jean-Paul Bouguennec fut envoyé spécial de l’hebdomadaire intellectuel du Front populaire Vendredi en Espagne à la fin août-début septembre 1936, ainsi que de l’hebdomadaire communiste illustré Regards et de L’Intransigeant. Les reportages publiés dans ces périodiques furent signés conjointement avec Jean de Berne. Leur article de Vendredi s’intitulait « A Saragosse, chez les rebelles », zone détenue par les franquistes dans laquelle ils s’étaient en effet rendus. Jean-Paul Bouguennec se rendit aussi, seul, à la frontière entre les deux pays basques, et à Jaca, pour le compte de Regards et de Vendredi.
Début août 1937 survint une rocambolesque « affaire des cobayes » : une dépêche du Q.G. de Franco, relayée par Le Journal, annonçait que Jean-Paul Bouguennec et un de ses confrères auraient été porteurs des microbes de la maladie du sommeil et de la typhoïde qu’on leur avait inoculés afin de les répandre en territoire franquiste. De fait, ils auraient été traduits en conseil de guerre à Pampelune et fusillés. D’autres informations intervinrent ensuite, précisant qu’ils auraient été recrutés par des représentants de la République espagnole, dont Max Aub, l’attaché culturel du gouvernement espagnol en France.
Le lendemain de la publication de la dépêche, un démenti en provenance de l’Italie annonça que les deux « espions » n’avaient pas été exécutés, Rome et Burgos accusant toutefois le camp républicain de vouloir mener une guerre bactériologique. Le père de Jean-Paul Bouguennec porta plainte contre « x » au sujet des conditions dans lesquelles son fils aurait été envoyé en Espagne (Le Populaire, 6 août 1937 ; L’œuvre, 4 août 1937, 6 août 1937). Cette « affaire » fut relayée tambour battant par la presse d’extrême droite. Le journal de Jacques Doriot, La Liberté, annonça en Une le 6 août avoir accueilli le père de Bouguennec dans ses locaux, et, à la suite d’un article accusateur, publia, « en toute objectivité » une lettre du journaliste destinée à toute la presse : « J’ai appris avec le plus grand étonnement que la presse française avait publié avec force détails, que, après avoir comparu devant le conseil de Pampelune, nous avions été, mon ami Louis Chabras [orthographié avec un « t » final dans d’autres journaux] et moi-même, condamnés à mort et passés par les armes. / Le fait même de recevoir cette lettre vous prouvera la fausseté de cette information, inspirée dans le but de propagande tendancieuse. Non seulement nous ne sommes pas morts, mais nous n’avons jamais comparus devant le conseil de guerre de Pampelune, ayant été jugés à Irun. / Introduits en Espagne nationaliste pour être les instruments innocents d’une organisation secrète, nous n’avons trouvé ici, devant l’évidence de notre innocence, que justice et bons procédés. /Actuellement, nous sommes placés sous surveillance à l’hôtel de ville d’Irun, seul édifice public de cette malheureuse ville. Cette précaution élémentaire faite, je déclare que l’Instruction de notre affaire a été menée avec la plus grande impartialité et pas un seul instant nous n’avons craint pour notre existence. / Notre prochain retour en France nous permettra d’ailleurs d’établir la vérité. »
Le 14 octobre 1937 eut lieu au Club du faubourg une soirée « L’Espagne contre le fascisme », sous la présidence de José Bergamin, lors de laquelle fut abordée « l’affaire des cobayes humains ».
Le 18 mars 1939, un entrefilet du Petit Marseillais annonça que Jean-Paul Bouguennec et son acolyte, libérés de leur prison espagnole et de retour à Paris, avaient disparu, lors d’un rendez-vous avec « ceux qui les avaient envoyés naguère en Espagne ».

En janvier-février 1941, il publia un roman policier, Dernière heure, aux éditions Laclau sises à Toulouse.

En août 1941, démobilisé et résidant à Marseille, Jean Bouguennec entra dans le service secret britannique SOE (Special Operations Executive ; « Direction des opérations spéciales »). Après avoir participé à diverses opérations, il fut arrêté le 9 octobre 1941 à Châteauroux et interné au camp de Mauzac dont il s’évada le 16 juillet 1942 avec dix camarades. Il partit en Angleterre, via les Pyrénées et l’Espagne. Là-bas, il fut pris en charge par le SOE et fut entraîné pour devenir agent secret en France. Sa mission fut de monter et diriger le réseau « Butler », dans la Sarthe.
Le 7 septembre 1943, Jean Bouguennec fut arrêté par la Gestapo à Paris avec tout un groupe de camarades.
Envoyé à Ravitsch (Pologne) en avril 1944 avec son radio Marcel Rousset, il fut ensuite emmené à Berlin, au quartier général de la Gestapo et du RSHA (Reichssicherheitshauptamt ; « Office central de la sécurité du Reich »). En mai 1944, ils furent rapatriés à Paris, parce que les Allemands pensaient pouvoir obtenir d’eux des éléments dont ils avaient besoin pour répondre à des questions posées par Londres, qui n’avait pas encore réalisé que le réseau était entre les mains de l’ennemi.
Le 8 août, Jean Bouguennec fut déporté à Buchenwald où il fut pendu à un crochet de boucher.
Ses décorations posthumes sont nombreuses : Membre de l’ordre de l’Empire britannique ; Chevalier de la Légion d’honneur‎ ; Insigne des blessés ; Médaille de la Résistance ; Croix de guerre 1939-1945 ; Médaille commémorative de la guerre 1939-1945

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243681, notice BOUGUENNEC Jean [nommé Jean-Paul dans la presse ; dit Francis Garel dans la Résistance] par Anne Mathieu, version mise en ligne le 11 novembre 2021, dernière modification le 2 décembre 2021.

Par Anne Mathieu

Dernière heure, Toulouse, éditions Laclau, 1941 ; 1944.

Anne Mathieu, Nous n’oublierons pas les poings levés. Reporters, éditorialistes et commentateurs antifascistes pendant la guerre d’Espagne, Paris, éditions Syllepse, 2021. — Gaëlle et Jean-Pierre Monfort, La vie aventureuse du Breton Jean Bouguennec, 1942-1944 : du journalisme à la guerre d’Espagne, agent des services secrets britanniques : recueil de mémoires, 2015. — André Courvoisier, Un aller et retour en enfer, 1986. —
https://paulmccuebooks.com/lt-jean-... . — https://wikimonde.com/ . — https://catalogue.bnf.fr/

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