THALVARD Robert, Louis, Alfred

Par André Vessot

Né le 3 avril 1930 à Saint-Lô (Manche), mort le 5 septembre 2020 à Lyon Ve arr. (Rhône) ; ingénieur ; militant CFTC puis CFDT, membre du conseil de l’UD CFTC puis CFDT (1962-1970), fondateur et premier président de l’association du fort de Bron, président de l’association départementale du Rhône pour la sauvegarde de l’enfance, militant du cercle Tocqueville, puis du Parti socialiste.

Robert Thalvard, en 1973
Robert Thalvard, en 1973

René Thalvard et Marcelle Voisin, ses parents, étaient tous deux professeurs d’école normale à Saint-Lô. Les parents et grands-parents de son père étaient paysans. Du côté de sa mère, les hommes étaient marins, et son arrière-grand-père avait péri dans un naufrage. Robert Thalvard passa son enfance à Coutances, où ses parents donnèrent naissance à un frère, Michel en 1935.

Robert Thalvard commença ses études primaires à Coutances (Manche) puis les poursuivit à Bonneville (Haute-Savoie) où son père avait été nommé directeur de l’école normale d’instituteurs. Ce fut la découverte de la montagne et du ski. En septembre 1941 ses études secondaires débutèrent au lycée Champollion à Grenoble où son père venait d’être nommé inspecteur de l’enseignement primaire.

A partir de septembre 1943, alors que Robert Thalvard était en troisième, les troupes allemandes remplacèrent l’occupation italienne et s’installèrent dans les bâtiments du lycée Champollion. C’est le lycée de filles Stendhal qui servit le matin aux filles et l’après-midi aux garçons. Du fait de l’insécurité grandissante et des difficultés de ravitaillement, sa mère décida de partir en juillet 1944 avec ses deux enfants pour rejoindre son mari à Laffrey (Isère), où il se trouvait en convalescence. Ils y restèrent jusqu’à la libération. En octobre 1945, Robert Thalvard entra en première pour préparer le baccalauréat (série mathématiques élémentaires) au lycée Champollion. .Malgré une absence du lycée en mars et avril 1946, pour cause de maladie il obtint ce diplôme en juin.

Pendant ses études, il s’engagea dans le scoutisme, d’« éclaireur » en 1941, il devint « routier » en 1946. Pendant l’été 1947, il participa au Jamboree de Moisson (Seine-et-Oise, Yvelines), rassemblement de 40 000 scouts venus du monde entier.

Robert Thalvard prépara au lycée le concours d’entrée à l’Institut électrotechnique de Grenoble (IEG) où il fut reçu, en octobre 1948, onzième, pour 80 admis sur 600 candidats. En novembre 1951, il saisit l’opportunité de bénéficier d’une bourse du gouvernement américain (fonds Fulbright) pour étudier une année aux USA. Il fut accepté malgré son niveau d’anglais assez faible. Logé par des amis américains de son père qui avait lui aussi étudié aux USA dans les années 20, il passa une année à Philadelphie, effectuant un stage rémunéré chez Westinghouse, et suivant des cours à l’institut Drexel. A son retour, il obtint le diplôme d’ingénieur en 1952.

Il souhaita alors effectuer son service militaire dans la Marine. Malgré ses problèmes de myopie il fut déclaré apte en 1953 et passa d’abord six mois à l’école des aspirants de Brest (Finistère), avant d’être affecté à l’atelier militaire de la flotte de l’arsenal de Toulon (Var).

Libéré de ses obligations militaires le 31 mars 1955, Robert Thalvard débuta sa carrière professionnelle aux établissements Daffos, entreprise lyonnaise (70 salariés) de réparation de matériels électriques (moteurs, alternateurs, transformateurs). Habitant dans le quartier des Brotteaux, il s’engagea dans l’association « Vie Nouvelle », qui s’inspire de la philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier.

Il fut ensuite embauché en 1957 comme ingénieur de production chez SW (Matériel électrique Schneider-Westinghouse), dans le quartier de Monplaisir-la-Plaine, à Lyon VIIIe arr. La même année, il adhéra à la CFTC. Très vite, il prit des responsabilités au Comité d’entreprise et au Comité central d’entreprise.

En 1961, il s’inscrivit à ses frais aux cours de l’Institut de contrôle de gestion (ICG), espérant ainsi favoriser son évolution professionnelle. La fusion des sociétés SW et Jeumont l’incita à quitter l’entreprise et à changer de métier. Il contacta le directeur de l’ICG qui lui proposa un poste de directeur-adjoint. Au début des années 70, il prit la direction du centre de formation de Lyon de l’Institut français de gestion (IFG) qui succéda à l’ICG. C’est à cette période qu’il écrivit plusieurs ouvrages sur le management. En octobre 1978, Robert Thalvard reçut des mains de Monsieur Roger Laborier directeur général de l’IFG, les insignes de chevalier de l’Ordre national du mérite. A la suite d’un profond désaccord avec le nouveau directeur général de l’IFG, il fut licencié. Il travailla au sein d’un cabinet de consultant pendant 18 mois. Il occupa ensuite un poste de directeur d’une société d’HLM de la région parisienne. Mais cela ne dura pas car la directrice qu’il aurait dû remplacer après son départ à la retraite conserva ses fonctions. Il termina sa carrière en 1992 à la mairie de Saint-Priest (Rhône) en tant que responsable du développement économique.

Membre du bureau du Syndicat des ingénieurs et cadres, il fut aussi membre du conseil de l’UD-CFTC puis CFDT du Rhône de 1962 à 1970. Il y rencontra notamment Jacques Pouzache qui était président de l’UD, Charles Maccio, permanent UD en charge de la formation syndicale, Madeleine Delessert, permanente UD, Marius Crozet (jusqu’en 1963) et Etienne Philibert (à partir de 1963) tous deux secrétaires généraux de l’UD. C’est ainsi qu’il participa à trois congrès confédéraux (1963, 1964 et 1970) et qu’il soutint le passage de la CFTC à la CFDT. A la retraite, il fut un membre écouté du groupe Histoire-mémoire-archives de la CFDT du Rhône et prit une place importante dans l’organisation du colloque « CFDT 1968-2018 : Transformer le travail, transformer la société ? » organisé en mars 2018 et où il fit une intervention remarquée.

Robert Thalvard s’engagea aussi politiquement ; il adhéra d’abord au Cercle Tocqueville en 1966, puis au parti socialiste en 1970 où il prit des responsabilités, comme secrétaire de la section de Bron (Rhône) et comme membre de la Commission exécutive fédérale (1971-1974).

Très actif dans sa commune de Bron, il fut, en 1982, l’un des fondateurs et le premier président de l’association du fort de Bron, agissant en complémentarité avec sa femme qui avait lancé l’idée d’un parcours de santé au fort de Bron.

A la retraite en 1992, il s’engagea dans l’Association pour la sauvegarde de l’enfance. Cette association militante et gestionnaire employait 600 salariés et avait pour mission d’accompagner les personnes en situation de vulnérabilité (handicap social ou mental) afin qu’elles puissent vivre dignement, trouver leur place dans la société, exercer au mieux leur citoyenneté. Il redressa cette association confrontée à de graves difficultés financières et en fut président.

Tout au long de sa vie Robert Thalvard s’inspira beaucoup de la pensée d’Emmanuel Mounier, avec son attachement à l’importance de la personne, à la responsabilité citoyenne et à la vie de foi. Très ouvert aux autres, que ce soit dans son quartier, dans son travail, il le fut aussi lors des nombreux voyages qu’il fit avec sa famille, occasions de « rencontre, de découverte de cultures, d’habitudes et de perceptions différentes des nôtres ».

Robert Thalvard épousa le 10 janvier 1957 à Lyon IIIe arr, Suzanne Vaesen, infirmière, originaire du quartier de Montchat à Lyon. Ils eurent quatre enfants et dix petits-enfants. La maladie et le handicap de leur fils Philippe dont ils s’occupèrent beaucoup ont sans doute contribué à leurs engagements respectifs.

Les obsèques religieuses de Robert Thalvard furent célébrées le 10 septembre 2020 à l’église Saint-Denis de Bron.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243738, notice THALVARD Robert, Louis, Alfred par André Vessot, version mise en ligne le 13 novembre 2021, dernière modification le 14 novembre 2021.

Par André Vessot

Robert Thalvard, en 1973
Robert Thalvard, en 1973

ŒUVRE :
Démocratiser le management, Les éditions ouvrières, Économie et humanisme, 1970.— Initiation à la gestion prévisionnelle, Institut français de gestion, 1977. — La vie économique de l’entreprise, Les éditions ouvrières, Économie et humanisme ; 1984. — Comprendre l’entreprise en mutation, P. Dubois éditeur, 1987.

SOURCES :
Robert Thalvard, « Management et autogestion », Projet, n° 53, mars 1971. — Lettres aux adhérents, bulletin de l’Association du fort de Bron, décembre 1993, mai 1994, octobre 1994. — Robert Thalvard, « Mao et son mythe » in Bulletin de l’association Poursuivre, octobre 2001. — Robert Thalvard, Souvenirs, document autobiographique, octobre 2004. — Transformer le travail, transformer la société ?, colloque CFDT, Edition Chronique sociale, 2018. — Interview vidéo par Jean-François Cullafroz, 24 juin 2020. — Témoignages de ses filles Bernadette Thalvard et Geneviève Thalvard, 2021.

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