ENTZMANN Paul [ENTZMANN Alphonse, Paul]

Par Pierre Schill

Né le 1er janvier 1911 à Ribeauvillé (Haut-Rhin annexé), mort le 17 janvier 1982 à Creue (Meuse) ; métallurgiste ; militant communiste et syndicaliste CGT de Moselle, secrétaire général de l’UD-CGT (1946-1953) ; membre du comité et du bureau fédéral de la fédération communiste de Moselle.

Paul Entzmann naquit dans une famille catholique. Son père, bûcheron, mourut pendant ou des conséquences de la Première Guerre mondiale car Paul Entzmann fut adopté par la Nation en mai 1929.

Militant communiste, Paul Entzmann fut candidat aux élections cantonales d’octobre 1937 dans le canton de Metz I. Il obtint au premier tour 258 voix sur 2 146 suffrages exprimés pour 2 175 votants et 2 933 électeurs inscrits et arriva en dernière position derrière Léon Burger, candidat « socialiste indépendant » et le docteur Robert Wolff, président de la section messine du Parti populaire français qui fut élu.

Paul Entzmann suivit les cours de l’école centrale du PCF en mars 1938. Présenté comme « tourneur », « secrétaire de section », délégué d’usine, il était évalué assez sévèrement : « Apprend difficilement, mais a fait des progrès grâce à un travail persévérant. Bon esprit de Parti. Peut exécuter un travail d’organisation régionalement. À besoin d’être dirigé. »

Au printemps 1939 un grave conflit secoua la direction du syndicat des métaux CGT de Moselle. Le dirigeant du syndicat René Schwob* et Charles Friedrich* s’opposèrent au secrétaire adjoint Paul Entzmann par ailleurs secrétaire régional du PCF. Paul Entzmann accusa René Schwob et Charles Friedrich d’être les « bureaucrates » et les « réformistes » des Métaux. Le 25 avril 1939 la commission exécutive de l’Union des syndicats métallurgistes CGT de Moselle décida d’exclure Entzmann et de saisir le bureau confédéral des ingérences du Parti communiste dans la vie interne de l’organisation des métallurgistes. Le 13 mai 1939, la section communiste de Thionville décida d’exclure du parti René Schwob et Charles Friedrich.

Résistant dans la région lyonnaise pendant la guerre, Paul Entzmann revint à la Libération, comme René Schwob*, jouer les premiers rôles à l’UD-CGT de Moselle. Il bénéficiait du changement du rapport de force en faveur des communistes au sein de la CGT. Il disposait notamment du soutien d’Ambroise Croizat dirigeant de la Fédération des Métaux. Devenu en novembre 1945 ministre du Travail, ce dernier chargea Paul Entzmann, nommé délégué fédéral des Métaux, d’organiser une conférence nationale de la branche industrielle de la sidérurgie. Cela permit à Paul Entzmann d’opérer un retour « par le haut » au sein du syndicat des Métaux de la Moselle. Son autorité fut confirmée le 16 mars 1946 avec sa désignation au sein du comité exécutif fédéral de la métallurgie. Sa légitimité fut renforcée par la récente élection de sa sœur Anna Schell* à la mairie de Moyeuvre-Grande, cœur de la vallée sidérurgique de l’Orne.

Paul Entzmann put faire fructifier tous ces atouts lors du premier congrès départemental d’après-guerre de la CGT, organisé le 23 mars 1946 à Metz. Pierre Muller*, alors secrétaire général du syndicat des mineurs de charbon, appuya son entrée au secrétariat général de l’Union départementale face à Louis Nillès*. Ce soutien fut décisif puisque, sur les vingt-deux membres de la commission administrative de l’Union départementale, Paul Entzmann obtint onze voix contre dix à son adversaire. L’éviction du secrétaire général était en fait une manœuvre préméditée des communistes mosellans puisque la fédération des mineurs qui n’avait plus cotisé depuis la Libération versa en bloc ses arriérés une semaine avant le congrès pour disposer du droit de vote.

Le 13 avril 1947 à Metz, Paul Entzmann participa au congrès de l’UD-CGT de la Moselle. Bien que son rapport moral ait été critiqué par plusieurs délégués dont René Schwob*, il fut réélu au poste de secrétaire général.

Paul Entzmann anima la grève de novembre-décembre 1947 dans la métallurgie lorraine. Le 29 novembre il mena, avec sa soeur Anna Clerc-Schell*, un cortège d’environ mille grévistes qui tenta d’entrer dans l’enceinte des usines De Wendel à Moyeuvre-Grande (Moselle). Les militants de la CGT furent finalement repoussés par une charge des CRS.
Paul Entzmann était l’un des trois représentants de la CGT au comité départemental du Plan mit en place par le conseil général de la Moselle au lendemain de la guerre pour assurer la coordination des efforts de reconstruction.

Paul Entzmann fut confirmé dans ses fonctions de secrétaire général de l’UD par les congrès départementaux de 1949 et 1951. Il ne fut cependant pas reconduit en 1948 au comité exécutif fédéral des Métaux.
Paul Entzmann joua aussi un rôle important au sein du PC mosellan. La conférence fédérale qui se déroula les 23 et 24 mars 1947 à Metz consacra la victoire des jeunes éléments. Groupés autour de lui, de sa sœur Anna Clerc-Schell* et d’Ernest Clerc*, ces derniers réussirent à s’emparer des postes clés de la fédération. Très vite un conflit les opposa aux responsables fédéraux Raymond Humbert et César de Pietri (les dissensions remontaient en fait à l’automne 1946). Lors de la conférence fédérale des 18 et 19 février 1950 à Metz, Paul Entzmann et Ernest Clerc furent évincés du bureau fédéral. Anna Schell ne dut sa réélection qu’à son mandat de député. Le bureau fédéral était composé de huit membres dont Pierre Muller alors membre du comité central du parti, Fernande Kauffman*, secrétaire fédérale de l’UFF, Arthur Buchmann, membre de la commission administrative nationale de la fédération CGT des métaux.

Paul Entzmann, secrétaire général de l’UD-CGT de la Moselle resta membre du comité fédéral. Selon plusieurs témoins interrogés par Dominique Andolfatto, ce « communiste discipliné » était un homme autoritaire et sectaire.

Du côté de la CGT, Paul Entzmann continuait à tenir fermement en main son organisation sans parvenir à enrayer la chute des effectifs. Cette érosion, qui ne concernait pas seulement la Moselle, avait vu le nombre de militants passer d’environ 75 000 en 1946 à 50 000 au lendemain de la scission, autour de 30 000 en 1949 et environ 26 000 en 1952. Les résultats des élections professionnelles confirmaient ce déclin aggravé par le contexte de la Guerre froide.

Privé de moyens financiers car les syndicats payaient de moins en moins leur ristourne sur les cotisations à l’UD, Paul Entzmann fut encore plus isolé après l’échec de sa sœur aux législatives du 17 juin 1951. Il n’arrivait plus à imposer son autorité notamment aux « grands » syndicats de la sidérurgie, des mines de fer et de charbon. Courant 1952, Paul Entzmann se mit à chercher du travail. Ayant trouvé un emploi dans une entreprise métallurgique de Frouard (Meurthe-et-Moselle), il démissionna de ses fonctions le 21 janvier 1953 lors d’une réunion improvisée du bureau de l’UD.

Un communiqué adressé à « tous les syndicats mosellans de la CGT » fut publié dans L’Humanité d’Alsace et de Lorraine pour annoncer ce départ. Il indiquait que la commission administrative de l’UD-CGT de Moselle réunie le 28 février 1953 à Metz condamnait la manière dont Paul Entzmann avait quitté ses fonctions. La CA critiqua durement celui qui « avait perdu par son comportement sectaire, ses manières brutales et prétentieuses, la sympathie de tous les membres de la commission administrative et de tous les syndicats sans exception ».

Marié le 29 juillet 1940 à Moyeuvre-Grande (Moselle) avec Joséphine Uhrig, remarié le 27 avril 1943 à Feyzin (Isère) avec Marie-Louise Lagarde, remarié le 5 février 1946 à Rombas (Moselle) avec Andrée Peyrabout, Paul Entzmann n’eut, semble-t-il, pas d’enfant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24381, notice ENTZMANN Paul [ENTZMANN Alphonse, Paul] par Pierre Schill, version mise en ligne le 29 janvier 2009, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Pierre Schill

SOURCES : Arch. Dép. Moselle, 303 M 77 ; 151 W 149, 190, 191, 823 et 825. — RGASPI, 517 1 1887. — M. Schwob, Réalités vécues au cours de 40 années d’activité syndicale UD-CGT-FO de la Moselle, s.d. [1966]. — Le Métallurgiste, 1937-1939. — Gérard Diwo, Les formations politiques en Moselle (21 octobre 1945-17 juin 1951), thèse de doctorat d’histoire sous la direction d’Alfred Wahl, Université de Metz, 1992. — Dominique Andolfatto, La syndicalisation en France depuis 1945. Annexe : l’Union départementale CGT de la Moselle (de la Libération à nos jours), CERAT, Université Pierre-Mendès-France, Saint-Martin-d’Hères, 1996. — Renseignements fournis par Denise Friedrich. — État civil de la commune de Ribeauvillé (Haut-Rhin). — Notes d’Étienne Kagan et Claude Pennetier.

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