Saint-Rémy (Corrèze), 27 juillet 1944

Par Laurent Battut, Dominique Tantin

Dans cette commune de Haute-Corrèze située à proximité du Puy-de-Dôme et de la Creuse, le 27 juillet 1944, cinq maquisards de l’Armée Secrète furent capturés et exécutés sur place. Un sixième fut exécuté le 1er août 1944 à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme).

Saint-Rémy (Corrèze), face au Monument aux Morts -
Saint-Rémy (Corrèze), face au Monument aux Morts - "ICI SONT TOMBES POUR LA FRANCE LE 27 JUILLET 1944.......DE LA 1/2 BRIGADE AS DE HTE CORREZE" (MémorialGenWeb).

En 1944, en réaction au débarquement allié de Normandie le 6 juin et des rassemblements de milliers de maquisards sur différents réduits en Auvergne, l’occupant allemand avait dépêché une brigade « anti-maquis » portant le nom du général qui la commandait, Jesser. Cette brigade arriva en Auvergne à partir du 6 juin et porta un rude coup à la résistance auvergnate lors des combats « ouverts » au Mont-Mouchet et à la Truyère. Elle entreprit entre le 9 juillet et le 31 juillet des opérations importantes de ratissage dans l’ouest du Puy-de-Dôme, la Haute-Corrèze et la Creuse.

Le 27 juillet 1944, un camion de deux maquisards quitta Neuvic pour ravitailler la 2ème compagnie de la demi-brigade AS de Haute-Corrèze dans la forêt de Mirambelle située dans le triangle Ussel-La Courtine-Eygurande et évacuer quatre malades à hospitaliser. Le camion et ses six occupants furent de retour le soir en direction de Saint-Rémy et se retrouvèrent alors face à plusieurs camions allemands. Les cinq occupants du camion-ambulance furent mis hors de combat. Wladimir Wawileiczinko (pseudonyme dans la résistance : Timo), blessé, parvint à s’échapper mais fut rejoint et capturé dans un champ de blé. Ses cinq autres camarades furent quant à eux tués lors de l’attaque allemande ou blessés puis achevés.

Timo rejoignit cinq autres prisonniers faits par les Allemands dans les environs : Icek Kohn, Zysja Gerstenzang, Georges Monéger et Antoine Roh pris à Neuvic le 31 juillet, ainsi que Joseph Lakuss pris à Meymac le 30 juillet. Le matin du 1er août, ils passèrent tous les six devant un simulacre de tribunal expéditif lors duquel ils furent vraisemblablement condamnés à mort.

Les éléments de la brigade Jesser opérant en Haute-Corrèze avaient reçu l’ordre de refluer en direction de Clermont-Ferrand. Le mouvement de retraite avait commencé le 30 juillet avec le départ du plus gros de la Tatar-Legion. Cette colonne fut attaquée par la Résistance corrézienne (une section de la 5ème compagnie de la demi-brigade de Haute-Corrèze) sur la RN89, vers neuf heures le 30 juillet, deux kilomètres avant qu’elle n’atteigne Eygurande. L’embuscade aurait causé environ quarante tués et blessés chez l’ennemi. Un seul blessé FFI fut à déplorer.

La légion azerbaïdjanaise et les derniers éléments tatars quittèrent Ussel le 1er août, transportant les 6 prisonniers de la Résistance corrézienne. Une section de la 6ème compagnie de la demi-brigade de Haute-Corrèze attaqua ce convoi de 70 véhicules dans les gorges du Chavanon vers quinze heures. Un combat d’une vingtaine de minutes aurait occasionné 15 tués ou blessés parmi les Allemands.

Le convoi atteignit alors Bourg-Lastic où le cantonnement était prévu. Les six prisonniers furent fusillés vers dix-neuf heures dans un secteur éloigné de toute habitation, dans le bois dit « les sapins », sur la route en direction de Messeix. Timo avait 32 ans. Membre du réseau Thermopyles, il a été homologué FFC. Il est actuellement inhumé dans le cimetière communal de Neuvic en Corrèze. Son nom figure sur une plaque commémorative du monument aux morts en face de la mairie de Neuvic, sur une plaque commémorative du cimetière portant la mention "Ossuaire FFI. Maquisards inhumés morts pour la France", suivi de la mention « Bourg-Lastic 1-8-44 ». Son nom est aussi porté sur une seconde plaque commémorative du cimetière de Neuvic portant la mention « Résistants et Maquisards morts pour la France Neuvic 1943-1945 ». Et enfin, son nom a été gravé sur une plaque commémorative à Saint-Rémy avec celui de ses cinq camarades massacrés le 27 juillet 1944 aux abords de ce village. La mention « Mort pour la France » ne figure pas en marge de son acte de décès.

À Saint-Rémy, la plaque apposée à leur mémoire face au monument aux Morts porte l’inscription : “Ici sont tombés pour la France le 27 juillet 1944 – suivent les noms – de la demi-brigade AS de Haute-Corrèze.”


Liste des victimes inscrits sur la plaque

Exécutés à Saint-Rémy (Corrèze) le 27 juillet 1944

FAYDEL Paul, François

LAUBIE Eugène, Émile

LE CARDINAL Émile

POULAIN Marius, Jules

TORRES MARTIN José

Exécuté le 1er août 1944 à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme).

WAWILEICZINKO Wladimir (pseudonyme dans la résistance : Timo)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243824, notice Saint-Rémy (Corrèze), 27 juillet 1944 par Laurent Battut, Dominique Tantin , version mise en ligne le 16 novembre 2021, dernière modification le 16 novembre 2021.

Par Laurent Battut, Dominique Tantin

Saint-Rémy (Corrèze), face au Monument aux Morts - "ICI SONT TOMBES POUR LA FRANCE LE 27 JUILLET 1944.......DE LA 1/2 BRIGADE AS DE HTE CORREZE" (MémorialGenWeb).
Saint-Rémy (Corrèze), face au Monument aux Morts - "ICI SONT TOMBES POUR LA FRANCE LE 27 JUILLET 1944.......DE LA 1/2 BRIGADE AS DE HTE CORREZE" (MémorialGenWeb).

SOURCES : Laurent Battut , biographie de Wladimir Wawileiczinko. — Louis Le Moigne et Marcel Barbanceys, Sédentaires, réfractaires et maquisards, L’Armée secrète en Haute-Corrèze, 1942-1944, 509 p. — Maquis de Corrèze, 150 combattants et témoins, Paris, Éditions Sociales, 1975, p. 442. — MémorialGenWeb.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément