AUBRY Marguerite, Marthe, Marie

Par Bernard Geay, Jean-Luc Souchet

Née le 27 juin 1931 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), morte le 7 août 2010 à Nantes ; secrétaire commerciale ; militante CFTC puis CFDT chez Frigécrème, conseillère prud’homale à Nantes (1972–1987), militante mutualiste, présidente de Loire-Atlantique Mutualité (1986-2000), membre du Conseil économique et social régional des Pays de la Loire (2001-2008).

Marguerite Aubry en 1972
Marguerite Aubry en 1972

Son père, Michel Aubry (1894-1968), aurait voulu être avocat mais, après avoir perdu le bras droit à la guerre de 1914-1918, il ne put achever ses études de droit. Il devint représentant de commerce en engrais et parcourut le département pour visiter les agriculteurs et les viticulteurs. Comme il ne touchait pas de salaire fixe, ses revenus étaient irréguliers, voire nuls à certaines périodes. De ce fait, la famille vécut toujours dans l’incertitude financière. Sa mère, Yvonne Philouze (1905-1989), issue d’une famille aisée, était mère au foyer et se consacra avec courage et souvent dans la précarité à l’éducation de leurs huit enfants (deux filles et six garçons) dont Marguerite était l’aînée. La famille, qui habitait le quartier Viarme-Hauts Pavés à Nantes, était catholique pratiquante.

Marguerite Aubry fréquenta l’école privée des Ursulines (Blanche de Castille) à Nantes. Elève brillante, elle fut contrainte d’interrompre ses études vers l’âge de dix-sept ans en raison de la tuberculose. Elle dut faire un séjour prolongé en sanatorium à la montagne et subir une opération du poumon. Cet épisode fut le tournant majeur de son existence car elle côtoya alors la détresse humaine.Cela éveilla sa conscience sociale et l’amena à donner à sa vie une orientation altruiste.

A son retour du sanatorium, Marguerite Aubry suivit des cours de sténo-dactylographie. Elle travailla à mi-temps pendant environ un an comme secrétaire de son père. Puis, elle fut embauchée comme secrétaire au service commercial chez Frigécrème, fabrique de crème glacée créée à Nantes en 1934 par la famille Decré, fleuron de la bourgeoisie nantaise au XX° siècle et propriétaire des grands magasins du même nom.

Le directeur de l’entreprise, Michel Decré, arrière-petit-fils du fondateur, imprégné de catholicisme social et dynamique, sut donner une vigoureuse impulsion à la marque Frigécrème qui connut alors une forte expansion. Au milieu des années 1960, l’usine, installée rue Sully à Nantes, fut transférée dans la zone industrielle de Saint-Herblain (Loire-Atlantique). En 1979, Frigécrème fut revendue au groupe BSN (futur Danone) et plus tard à Unilever. L’usine de Saint-Herblain connut un sort funeste puisqu’elle fut entièrement détruite par un incendie survenu le 9 juin 1998. Unilever décida de ne pas la reconstruire et les 384 salarié.es, dont 137 saisonniers, perdirent leur emploi.

Chez Frigécrème, Marguerite Aubry, catholique pratiquante, se syndiqua tout naturellement à la CFTC, seul syndicat présent alors dans l’entreprise dont la main d’œuvre était en majorité féminine. Devenue secrétaire de direction, elle aurait pu passer cadre mais refusa car elle voulait conserver sa liberté de parole. Elle fut déléguée du personnel et siégea au comité d’entreprise. Elle fut la principale animatrice de la section syndicale qui devint CFDT en 1964 et siégea au conseil du syndicat de l’Alimentation. Même si les relations sociales étaient plutôt bonnes chez Frigécrème, il y eut une grève totale avec occupation du 6 au 12 octobre 1972 pour obtenir le treizième mois. Le conflit se termina sur un succès pour les salariés.

En 1972, Marguerite Aubry fut élue au Conseil de Prud’hommes de Nantes d’abord dans la section Commerce, puis à partir de 1979 dans la section Encadrement, en tant que membre du deuxième collège. Elle y siégea jusqu’en 1987 et fut remplacée par Jeannine Faure. À partir de 1991, une fois en retraite, elle fut conseillère du salarié au titre de la CFDT et assista de nombreux salariés convoqués à un entretien préalable.

Touchée elle-même par la maladie ainsi que par celle de ses frères et sœur, Marguerite Aubry fut très tôt sensibilisée aux questions de santé et de protection sociale. C’est pourquoi, elle fut adhérente à la Fédération nationale des malades, infirmes et paralysés (FNMIP), dont le militant nantais Robert Philippe (1917-1988), lui-même invalide de guerre, avait été l’un des fondateurs en 1945.Cela l’amena à s’investir à la mutuelle dite de Bel Air, du nom de la rue de Nantes où se trouvait son siège, juste à côté de celui de la CFTC qui en avait été à l’origine avant-guerre.

Progressivement, Marguerite Aubry prit des responsabilités dans la structure mutualiste. Au cours des années 1970, devant la réticence des pharmaciens de Loire Atlantique à généraliser le tiers-payant pour les médicaments, Marguerite Aubry se montra offensive :« le tiers payant doit s’appliquer partout sinon une pharmacie mutualiste sera ouverte dans chaque canton ». Bluff ou menace réelle ? La méthode se révéla efficace car le tiers payant fut généralisé, améliorant alors de façon importante l’accès aux soins.

Avec Marcel Peyraud et André Delêtre, Marguerite Aubry prit une part active au parachèvement de l’unification des mutuelles en Loire-Atlantique. Elle fut présidente de Loire-Atlantique Mutualité à partir de 1986 et vice-présidente de l’Union des Mutuelles de Loire-Atlantique (UMLA) de 1991 à 2000. Son mandat fut marqué par plusieurs réalisations importantes : la mise en service de la maison de la Naissance et le regroupement de plusieurs cliniques en vue de la création du pôle hospitalier mutualiste « Jules Verne ».

Marguerite Aubry s’impliqua beaucoup pour animer le réseau de correspondants mutualistes sur le département. Convaincue de la nécessité de se regrouper pour résister à la pression de la concurrence, elle participa activement, avec beaucoup de conviction et de pédagogie, à lever les réticences et à nouer les liens qui permirent l’union des mutuelles locales ou d’entreprise au sein des « Mutuelles de Loire-Atlantique » en juin 2002. Jo Deniaud lui succéda à cette date. Elle tissa également des relations avec d’autres mutuelles d’Orléans et de Bordeaux, issues en particulier du réseau « Partage ». Cela aboutit à la création de Sphéria Vie et ultérieurement à celle de l’entité Harmonie.

En 2001, Marguerite Aubry intégra, au titre de la Mutualité, le Comité économique et social régional (CESR devenu CESER en 2008) dont elle fut membre du bureau, et ce jusqu’en 2008. Elle siégea également au Conseil de développement de l’agglomération nantaise mis en place après l’élection de Jean-Marc Ayrault à la mairie de Nantes en 1989. Elle s’investit aussi dans l’Action catholique des milieux indépendants (ACI) ainsi que dans sa paroisse.

Par décret en date du 31 décembre 1999, au titre de ses quarante-cinq années d’activités mutualistes et syndicales, Marguerite Aubry fut promue au grade de chevalier de la légion d’honneur, décoration qui lui fut remise par Laurent Lucas, ancien président de la CFDT issu de Loire-Atlantique.
Dotée d’une forte personnalité et d’une grande facilité d’expression, héritée de son père, Marguerite Aubry resta célibataire et sans enfant, mais reporta son affection sur ses neveux et nièces. Elle décéda en août 2010 à l’âge de soixante-dix-neuf ans des suites de la maladie de Crohn. Ses obsèques furent célébrées le 13 août en l’église Notre-Dame de Toutes Joies à Nantes en présence de sa famille et d’une assistance nombreuse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article243853, notice AUBRY Marguerite, Marthe, Marie par Bernard Geay, Jean-Luc Souchet, version mise en ligne le 19 novembre 2021, dernière modification le 19 novembre 2021.

Par Bernard Geay, Jean-Luc Souchet

Marguerite Aubry en 1972
Marguerite Aubry en 1972

SOURCES : Arch. Centre d’histoire du travail de Nantes : fonds de l’Union départementale CFDT de Loire-Atlantique. — Jean-Luc Souchet, Denis Roux, La Mutualité en Loire, Mutualité française, 1996. — Entretiens téléphoniques avec Mme Marie Miroux, sœur de Marguerite Aubry en avril 2021.

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