COLLY Jean

Par Justinien Raymond

Né le 10 février 1858 à Roche-la-Molière (Loire), mort le 3 juillet 1929 à Paris (XIIIe arr.) ; exerça tour à tour divers métiers salariés, cheminot révoqué ; militant syndicaliste et socialiste ; conseiller municipal et député (1910-1914) de Paris.

<em>Les hommes du jour</em>, 3 novembre 1910, dessin A. Delannoy
Les hommes du jour, 3 novembre 1910, dessin A. Delannoy
Aristide, tu peux revenir nous taper une cigarette, ce ne sera plus le même tabac.

Jean Colly naquit dans une famille pauvre d’ouvrier mineur ; âgé de quatorze mois, il perdit sa mère qui venait de donner naissance à un deuxième enfant lui aussi décédé. Son père, qui sous l’effet de la douleur aurait perdu la tête, l’abandonna. Il fréquenta peu l’école et, tout jeune, fut gardien de troupeaux, avant de descendre dans la mine pendant les premières années de son adolescence. Après avoir travaillé quelque temps comme ouvrier boulanger, il apprit le métier de mécanicien et entra à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne, puis, après avoir accompli son service militaire il entra, comme employé du Matériel à la gare de Lyon.Il acquis en autodidacte un culture, lut, écrivit des poèmes.
Il devint alors un actif militant syndicaliste et pour avoir été un des meneurs de la grève des cheminots en juillet 1891 - il avait été délégué auprès du directeur de la compagnie du PLM, Noblemaire - il fut révoqué, sans aucun droit à une retraite proportionnelle ou à une quelconque indemnité.

Ayant la charge de trois enfants, Jean Colly apprit et exerça le métier d’imprimeur. Il continua à fréquenter le syndicat et se lança aussi dans l’action socialiste, tout en suivant les cours du soir : ce ne fut donc que dans l’âge mûr qu’il acquit une instruction primaire. Arrivé à Paris alors que le mouvement socialiste né après le congrès de Marseille s’y était scindé en plusieurs courants, possibiliste, allemaniste, guesdiste, il ne se lia à aucun d’eux. Quand, au lendemain du banquet de Saint-Mandé (1896), les socialistes indépendants se groupèrent en deux organismes, il s’attacha à la Fédération des socialistes révolutionnaires indépendants fondée autour de John Labusquière qui, comme lui, militait dans le XIIe arr. En cette année 1896, il y fut élu, au second tour de scrutin, conseiller municipal dans le quartier de Bercy. Au premier tour, avec 372 voix sur 2 419 inscrits, il s’était classé en tête de quatre candidats socialistes. Il y fut réélu, dès le premier tour, en 1900 par 1 011 voix sur 2 614 inscrits, en 1904 par 1 473 sur 2 889, en 1908 par 1 405 sur 2 881.

Jean Colly acquit dans son quartier une grande popularité. L’ouvrier qu’il était resté plaisait à ses semblables par son abord direct, sa parole rude, et la brutale franchise de ses interventions à l’Hôtel de Ville où il dénonçait ce qui lui semblait incapacité ou gabegie administrative ou louches complaisances à l’égard de fournisseurs ou d’entrepreneurs. Le préfet, de Selves, n’avait pas de plus terrible ennemi. Membre assidu de la 6e commission, Jean Colly s’intéressait surtout aux questions techniques. Il était aussi étroitement mêlé à la vie socialiste parisienne et nationale. En décembre 1899, il participa au premier congrès des organisations socialistes françaises à Paris, salle Japy, où il prit la défense de Millerand qui, déclara-t-il, n’a « rien abandonné de son programme minimum » (c. rendu, p. 149). Au congrès de Lyon (1901) il fut de ceux qui, aux côtés de Briand, firent constater que Millerand s’était mis, par son entrée au gouvernement, « hors du contrôle du parti » et non « hors du parti ». Il s’intégra alors au Parti socialiste français et, avec lui, en 1905, au Parti socialiste SFIO. Il y prit souvent des positions extrémistes. Au congrès national de Saint-Étienne (1909), il blâma la sévérité du Parti à l’égard des « insurrectionnels » et sa mansuétude pour les modérés, mutualistes, francs-maçons, alors que « la mutualité, dit-il, est un dérivatif à la question sociale » (c. rendu, p. 96) et que les francs-maçons, dans les Loges, « font une tout autre besogne » que socialiste (c. rendu, p. 97) : il fut quelque peu désarçonné lorsque Henri de La Porte, député des Deux-Sèvres, lui rappela sa défense de Millerand. Colly proposa aussi le maintien des candidats socialistes au second tour.

En 1910, Jean Colly fut élu député dans la 2e circonscription du XIIe arr. de Paris, au scrutin de ballottage, par 7 473 voix sur 19 713 inscrits, contre 7 216 à Le Foyer, député sortant, radical-socialiste, et 476 au candidat nationaliste Desmoulins. Au premier tour, avec 5 866 suffrages, Colly suivait de près Le Foyer (6070) et devançait trois candidats socialistes indépendants qui groupaient 2 689,471 et 444 électeurs. Colly abandonna son siège de conseiller municipal. Il fut, au Palais-Bourbon, aussi actif et aussi bruyant qu’il l’avait été à l’Hôtel de Ville. Fort d’une amère expérience personnelle, il se fit le défenseur des cheminots révoqués (voir son intervention à la séance du 25 octobre 1910) en de nombreuses interventions dont l’une fournit la matière d’une brochure de propagande. Au congrès de Lyon (1912), délégué du Haut-Rhin, c’est un peu sa propre défense qu’il assuma en louant l’effort du groupe parlementaire socialiste en faveur des cheminots pour répondre aux critiques dont cet effort était l’objet. Malgré cette activité, malgré ses 7 733 voix au premier tour sur 16 849 votants, il fut battu de 135 voix, avec 8 105 suffrages, au scrutin de ballottage en 1914 et il rentra dans le rang. Jean Colly avait appartenu à la Chevalerie du Travail française et était membre de la Ligue des Droits de l’Homme.

En 1919, il fut élu conseiller municipal dans le XIIIe arr. (quartier de la Gare), par 4 856 voix sur 14 082 inscrits et 8 949 votants. En 1920, de février à mai, il prit une part active à la grève des cheminots. Après le congrès de Tours (décembre 1920), Jean Colly suivit la majorité au Parti communiste. Il fut réélu conseiller municipal en 1925 ; sans succès, il fut candidat au Sénat en 1927. Deux ans plus tard, le Parti communiste aurait songé, vu son âge et sa moindre combativité, à l’écarter. Finalement, soucieux de ne pas perdre le bénéfice de sa popularité, il le représenta et Colly fut réélu le 5 mai 1929. Il ne devait pas survivre longtemps à ce dernier succès. Il avait été l’un des principaux responsables de la Chevalerie du Travail Français dans le XIIe arr. de Paris. Jean Colly fut l’un des fondateurs en décembre 1903 de la loge maçonnique « Les Travailleurs socialistes de France ».
Trois rues portent son nom ; à Paris XIIIe, à Saint-Étienne et à Alfortville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article2440, notice COLLY Jean par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 26 janvier 2019.

Par Justinien Raymond

<em>Les hommes du jour</em>, 3 novembre 1910, dessin A. Delannoy
Les hommes du jour, 3 novembre 1910, dessin A. Delannoy
Aristide, tu peux revenir nous taper une cigarette, ce ne sera plus le même tabac.
Cliché fourni par Daniel Colly.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Compte rendu sténographique du congrès de Paris, salle Japy (1899). — Comptes rendus sténographiques des congrès nationaux du Parti socialiste SFIO. — Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., p. 347-348 et Les Fédérations socialistes III, op. cit., p. 152 ; 172 à 186 passim ; 203. — Compère Morel, Grand Dictionnaire socialiste, op. cit., p. 124. — L’Humanité, 14 mai 1910. — M. Dommanget, La Chevalerie du Travail française, Lausanne, 1967. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979. — Archives en ligne de la Loire. — Documents fournis par Daniel Colly.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 348. — Les Hommes du Jour, 5 novembre 1910.

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