PELGROM Elisabeth dite Elise, Henriette [épouse Schouppe] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Née le 18 mai 1864 à Bruxelles (Belgique) ; morte le 25 janvier 1910 à Paris (Xe arr.) ; passementière, fabricante de broderies ; anarchiste parisienne.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Le 4 juillet 1882 Elisabeth Pelgrom se maria à Paris (XIVe arr.) avec Placide Schouppe, mécanicien.
Elle habitait de fait (avec Place Schouppe)12 rue de l’Aude, , mais de droit chez sa mère à Schaerbeck (Belgique). Lors du mariage, ils légitimèrent leur fille Julienne, Elisa, née à Paris, le 24 octobre 1881. Ils eurent un autre enfant, Edmond, Joseph, né le 16 mars 1883.
Elise Pelgrom habita du 8 juillet 1886 au 8 juillet 1887, avec son mari et leurs deux enfants, 51 rue de la Tombe Issoire, au loyer annuel de 300 francs, puis pendant un an jusqu’au mois de juillet 1888, 22 boulevard Saint-Jacques, au loyer de 260 francs par an, ensuite, 188 rue Lafayette du 8 juillet 1888 au mois de janvier 1889, au loyer de 530 francs par an. Depuis lors ils étaient logés 258 rue du Faubourg Saint-Martin, où ils occupaient un logement au loyer annuel de 850 francs.
Elise Pelgrom avait travaillé chez elle comme ouvrière passementière jusqu’au mois de septembre 1887, puis de cette époque, jusqu’au mois de novembre 1887 et de fin décembre au mois de février 1888, elle avait été occupée chez Mme Chabran, couturière, où elle gagnait de 12 à 15 francs par semaine. Puis elle avait été employée pendant 4 mois et demi comme choriste au théâtre de la Gaîté où elle gagnait 70 francs par mois. Depuis qu’elle avait quitté cet emploi, elle ne travaillait plus.
D’après des témoignages, rue Lafayette et rue du Faubourg Saint-Martin, elle ne prenait pas soin de ses enfants qui vagabondaient et se trouvaient constamment chez les voisins. Elle « portait des toilettes tapageuses et paraissait vivre largement. »
Dans la première quinzaine du mois d’avril 1889, elle était allée avec son mari à Londres. Ils avaient été hébergés chez Marocco, receleur de la bande de cambrioleurs animée par Placide Schouppe. Morocco tenait une boutique 118 Lillie Road, sur laquelle était écrit le nom « Alexander ». Il avait une maison de deux étages avec 4 ou 5 chambres, où habitaient également Molas et Parmeggiani.
Placide Schouppe ne resta à Londres avec elle que 8 ou 9 jours, puis il partit en disant qu’il allait à Gand (Belgique) et à Paris, pour son travail. Elle resta à Londres pour visiter la ville.
A Londres, elle rencontra Fabre qui habitait également chez Morocco.
Le 20 juin 1889, elle était arrêtée, amenée à la Sûreté, elle avait refusé de se nommer et avait fini par être reconnue au moyen de papiers saisis, 117, faubourg Saint-Denis.
On découvrit à leur domicile une bague ornée de brillants provenant d’un cambriolage le 24 mai 1888 chez M. Delamotte, représentant de commerce, 89 rue d’Alésia, une grande partie des titres, de l’argenterie, des vêtements, des objets de toutes sortes volés le 21 septembre 1888, à l’hôtel particulier de Mme Morin 197 rue Lafayette, des bijoux provenant du vol chez Mlle Sergent, 99 rue Cambronne, divers objets provenant du vol chez M. Berrard, 18 rue Affre, des objets volés chez M. Ricault, propriétaire à Courbevoie de deux pavillons.
Elise Pelgrom fut inculpée de recel d’objets volés.
Le 7 août 1889, elle fut extraite de la prison de Saint-Lazare, pour aller voir ses deux enfants qui étaient hébergés à Thiais.
Le 4 novembre 1889, elle fit partie des accusés avec Pini, les frères Schouppe et Maria Saënen jugés par la cour d’assises de la Seine.
Elle nia toute participation aux vols reprochés à son mari.
« Mon mari, dit-elle, m’avait raconté qu’il avait une place d’ingénieur dans une importante maison et qu’il gagnait 5,000 francs par an.
M. le président.— C’est inadmissible. Vous, une femme intelligente, vous ne pouviez pas ignorer la provenance des marchandises que votre mari vous rapportait. »
M. Jacomy, avocat général, prononça son réquisitoire et demanda une peine sévère contre tous les accusés, sauf-pour Elise Pelgrom que les jurés pourraient traiter avec indulgence.
Elle fut acquittée alors que Pini était condamné à 20 ans de travaux forcés, Placide Schouppe à 10 ans, Julien Schouppe à 5 ans et Maria Saënen à 2 ans de prison.
En entendant le jugement elle aurait, selon le Petit Moniteur universel, fondu en larmes et se serait écriée : « Merci, mon président ! »
Elise Schouppe, une fois son mari au bagne, était tombée, avec ses deux enfants, dans une misère noire. Un ouvrier sculpteur, Strauche, devait la tirer de cette situation, en faisant d’elle sa maîtresse. La liaison dura dix-huit mois, sans nuage, quand on annonça l’évasion de Schouppe.
La presse donna deux versions différentes de son attitude envers son mari. Dans une première, elle aurait eu des craintes pour sa vie, dans une autre, en juillet 1892, Placide Schouppe, aurait repris la vie commune avec sa femme. Elle voulant reprendre ses meubles, Strauch refusa. Schouppe et sa femme, aidés probablement d’Ortiz et d’Antoinette Cazal, les enlevèrent pendant son absence et emportèrent, des meubles n’appartenant pas à Mme Schouppe.
Strauch porta plainte, M. Clément, commissaire aux délégations judiciaires ouvrit une enquête et découvrit que le ménage Schouppe avait été hébergé deux ou trois jours par le couple Ortiz-Cazal qui demeurait à Montmarte.
Quand Strauche rentra chez lui il trouva son mobilier déménagé, Elise Pelgrom l’avait fait enlever sans autre forme de procès. Le sculpteur se plaignit à la police. Une souricière fut établie pour tenter de capturer Schouppe mais sans succès.
Le 15 septembre 1892, elle envoya de Londres une lettre à un journal pour se plaindre des policiers, des journalistes et de son ancien amant.
En mars 1894, elle fut arrêtée et soupçonnée d’être la maîtresse d’Emile Henry et d’avoir participé à l’attentat de la rue des Bons-Enfants.
En effet elle habitait, en novembre 1892, 21 rue Veron, tandis qu’Emile Henry avait son domicile au numéro 31. Autre détail qui prit aussitôt une grande importance aux yeux du magistrat instructeur : la présence de Placide Schouppe avait été signalée à Paris au cours de l’instruction ouverte le jour même de l’explosion. M. Espinas la fit aussitôt convoquer et l’interrogea longuement sur les relations qu’on lui prêtait avec Emile Henry et sur le rôle qu’elle aurait joué dans la préparation, sinon dans l’exécution de l’attentat.
Elle opposa des dénégations absolues aux accusations du juge et celui-ci, après avoir, sur le même sujet, interrogé Henry, le confronta avec celle : « Je vous répète, déclara Emile Henry, que je suis le seul auteur de l’explosion de la rue des Bons-Enfants ; je n’ai pas de complice ; j’ai eu quelques rapports de voisinage avec la femme Schouppe, mais je ne la connais pas autrement. » Elle fut remise en liberté le 10 mars 1894.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244096, notice PELGROM Elisabeth dite Elise, Henriette [épouse Schouppe] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 2 décembre 2021, dernière modification le 2 décembre 2021.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Elise Pelgrom en 1889. Archives de Paris.

SOURCES :
Archives de Paris. Etat civil. D.2 U8 253 Pini Vittorio — Le Mot d’ordre 22 juin 1889 — La Loi 6 novembre 1889 — La France 6 novembre 1889 — Le Rappel 7 novembre 1889 — Le Petit Moniteur universel 7 novembre 1889 — Paris le 13 septembre 1892 — Gazette nationale 13 septembre 1892 — Gil Blas 16 septembre 1892 — Le Petit marseillais 10 mars 1894.

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