ENARD Robert, Auguste, Léon

Par Jacques Girault, Gérard Leidet

Né le 13 octobre 1911 à Commercy (Meuse), mort le 2 janvier 1991 à Mougins (Alpes-Maritimes) ; instituteur ; résistant ; militant syndicaliste ; militant communiste ; membre du conseil national du Mouvement de la paix.

Robert Enard en 1946
Robert Enard en 1946
[Claude Collin, Robert Enard, pédagogue, résistant, militant ; dossiers documentaires meusiens, ville de Commercy, Regnéville sur Meuse]

Le père de Robert Enard, pâtissier, originaire de la Lorraine restée française, mobilisé dans l’aviation, mourut, le 18 décembre 1916, sur le front de la Marne. Ce drame familial marqua durablement la personnalité de Robert Enard, pupille de la Nation, puisque sa mère resta seule pour élever ses deux enfants. Les difficultés sociales et matérielles de sa famille développèrent en lui le sens des injustices et de la révolte.

Boursier, élève de l’école primaire supérieure, Robert Enard entra à l’École normale d’instituteurs de Commercy en octobre 1927. Rationaliste, ayant condamné « définitivement toute idée de religion », à l’école normale, il prit « conscience des classes sociales et de l’exploitation capitaliste ». En octobre 1930, après avoir obtenu le brevet supérieur, il fut nommé instituteur à Etain (Meuse) où il resta pendant trois années scolaires. À la rentrée 1932, il commença à effectuer son service militaire au 3e régiment de zouaves. À partir d’avril 1933, il suivit les cours de l’école d’officier de réserve de Saint-Maixent d’où il sortit avec le grade de sous-lieutenant. Démobilisé, il retrouva son poste à Etain avant d’être muté en 1934-1935 dans la classe unique de l’école communale de Maucourt. Durant ces premières années d’enseignement, il n’hésita pas à s’inspirer - ainsi que d’autres instituteurs débutant dans les années 1930 tel Eugène Costa – des principes et des pratiques pédagogiques de Célestin Freinet.

Robert Enard participa, sans y adhérer, aux actions de la Jeunesse communiste. Il rejoignit le Syndicat national des instituteurs et Fédération unitaire de l’enseignement, pratiquant ainsi la double appartenance. Délégué de la Meuse au congrès d’Angers de la FUE en 1935, avec de jeunes instituteurs de plusieurs départements voisins, il créa le « mouvement des jeunes » avec comme objectif le rapprochement de la CGT et de la CGTU. Délégué au congrès de Paris en 1935 du SNI, puis à celui de l’Internationale des travailleurs de l’enseignement à Meudon, il estimait que ces initiatives avaient « obligé les deux fédérations de l’enseignement à s’unir ».

À partir de la rentrée d’octobre 1935, Robert Enard, mis à la disposition du ministère des Colonies, occupa plusieurs postes au Soudan français (Mali actuel) : directeur de l’école régionale de Nara puis professeur à l’École normale d’instituteurs de Katibougou (français, pédagogie, dessin, musique, éducation physique). En octobre 1938, il obtint le poste de directeur du groupe scolaire de Zinder (école régionale et orphelinat de métis) et de chef du secteur scolaire de l’Est du Niger.

Cette expérience en Afrique fut la grande aventure – l’autre étant la Résistance - dans sa vie car, au-delà de son travail d’enseignant, Robert Enard s’était beaucoup investi dans la vie quotidienne des Africains. Des constructions de stades, des créations théâtrales, des travaux d’irrigations lui permirent d’établir des liens très forts avec la population. Sur le plan politique, ses convictions communistes se renforcèrent au contact du monde colonial et il envisagea de mettre en place des structures du parti communiste. Henri Lozeray* l’en dissuada en arguant que ces dernières seraient « trop difficiles à contrôler depuis la métropole ». Il fit quand même preuve d’un grand dynamisme militant en créant notamment l’association « les amis du Front populaire », des sections de la Fédération des officiers de réserve républicains, de l’Association républicaine des anciens combattants qui aidait les tirailleurs de 1914-1918 dans leurs démarches administratives ou encore en organisant le recueil de fonds pour l’Espagne républicaine dans le cadre du Secours populaire de France et des colonies ; à la suite de cette action, il fut chargé de mission à Barcelone.

Rentré en France à l’occasion d’un congé de sept mois, Robert Enard épousa Luce Pelaud, fille d’un instituteur communiste, en juin 1938 à Saint-Jacques-de-Thouars (Deux-Sèvres). De cette union naquirent à Marseille en 1941 et 1942 deux filles. En septembre 1938, le couple regagna l’Afrique.

Mobilisé sur place dans l’infanterie coloniale, du 2 septembre 1939 jusqu’à l’été 1940, Robert Enard rentra en France en novembre, son détachement de cinq ans en AOF étant terminé. Ne pouvant regagner la Meuse (zone interdite), instituteur dans un cours complémentaire de Marseille, entré en contact rapidement avec les communistes clandestins, il participa aux activités de résistance des instituteurs marseillais sous le pseudonyme de « Beaudoin ». Il prit part dans le quartier d’Endoume aux actions de solidarité du Secours populaire avec les familles d’instituteurs emprisonnés. En mai 1941, sous le pseudonyme de « Fabre », il fut un des organisateurs du Front national. Ces actions aboutirent, courant 1943, à la création d’un Comité national des instituteurs (voir Alfred Bizot*) dans le cadre du Comité national des intellectuels. Membre du comité directeur de ce mouvement (pseudonyme « Barthélémy »), Robert Enard s’occupa tout particulièrement de la fabrication du bulletin Lou Mestre d’Escolo. Il participa à la reconstitution clandestine du syndicat avec, notamment, Bizot et Georges Cheylan. Il appartint ensuite sous le pseudonyme de « Lacombe » à l’état-major régional des FTPF. Lors des combats pour la libération de Marseille, il fut responsable du comité insurrectionnel. Un instant chargé de questions administratives à le Préfecture, il s’engagea pour la durée de la guerre.

Après la Libération, Robert Enard occupa les fonctions de secrétaire de l’Union nationale des intellectuels. Puis il redevint enseignant. Instituteur adjoint dans le XIVe arrondissement de Paris puis au cours complémentaire industriel de Drancy (1948-1952), au cours complémentaire d’Aubervilliers (1952-1954), il fut ensuite chargé de la direction de l’école de la rue Jenner dans le XIIIe arrondissement (1954-1958), puis du cours complémentaire devenu collège d’enseignement général Henri Barbusse de Bagneux de 1958 à sa retraite en 1973.

Membre du Syndicat national des instituteurs et de la FEN-CGT, il fut élu membre du conseil syndical du Syndicat des enseignants de la région parisienne en 1951 au titre du courant « Unité et Action ».

Militant du Parti communiste français et membre du conseil national du Mouvement de la paix, Robert Enard, le 9 janvier 1951, à Drancy, à l’occasion de la venue d’Eisenhower à Paris, une grève d’une heure contre le réarmement allemand s’était déroulée dans son établissement. Au nom de ses collègues, il avait expliqué à ses élèves rassemblés dans la cour les raisons du mouvement avant d’entonner La Marseillaise . Le 29 janvier, le conseil départemental de l’enseignement primaire, refusant de le sanctionner, lui adressa de « sévères observations ». Chargé d’administrer la revue L’École et la Nation, en octobre 1951, il commenta, dans son premier numéro, une déclaration de Staline dans un article intitulé « Pour une paix durable ». Malade en 1956, il fut secondé par Max Nublat*. En 1957, il devait devenir directeur de l’école d’Issy-les-Moulineaux mais la mutation n’eut pas lieu et le secrétariat du PCF en mai 1957 estima qu’il s’agissait d’un refus de l’administration pour des raisons politiques. Il était membre du Groupe français d’éducation nouvelle et participait aux activités de Centre d’études et de recherches marxistes. Il militait aussi dans la Fédération des officiers de réserve républicains et dans l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Robert Enard divorcé, se remaria en juin 1953 à Drancy, avec Élise Obriot, dite Lisette, directrice d’école matrenelle à Malakoff, communiste, ancienne épouse de l’instituteur communiste Fernand Leriche*. Le couple eut trois garçons, puis se sépara en octobre 1972. Enard se lia à la fin des années 1970 avec Raymonde Le Moigne qu’il épousa en février 1980 au Cannet (Alpes-Maritimes).

À la retraite, Robert Enard s’établit à Mougins. Toujours militant du PCF, il militait intensément dans les rangs de l’ANACR, notamment en participant à la promotion de l’enseignement sur la Résistance dans les établissements scolaire du département.

Robert Enard avait reçu la Croix de guerre avec étoile d’argent sur le front des troupes à Marseille (26 août 1945), la Médaille commémorative de la Libération (1945), la Croix du combattant volontaire de la Résistance (1953). Il avait été nommé Chevalier de l’ordre national du mérite à titre militaire en 1985. Une salle communale à Maucourt-sur-Orne (inaugurée en avril 1997) et une rue de la ZAC des Tilleuls à Commercy portent le nom de Robert Enard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24436, notice ENARD Robert, Auguste, Léon par Jacques Girault, Gérard Leidet, version mise en ligne le 5 février 2009, dernière modification le 16 mars 2009.

Par Jacques Girault, Gérard Leidet

Robert Enard en 1946
Robert Enard en 1946
[Claude Collin, Robert Enard, pédagogue, résistant, militant ; dossiers documentaires meusiens, ville de Commercy, Regnéville sur Meuse]
Robert Enard à Marseille en 1943
Robert Enard à Marseille en 1943
[Claude Collin, Robert Enard, pédagogue, résistant, militant, op. cit.]

ŒUVRE : Collaboration au livre Les enseignants la lutte syndicale du front populaire à la Libération, sous la direction de Paul Delanoue, Paris, Editions sociales, 1973. Robert Enard, mémoires : Le comité national des instituteurs en zone sud ; cité in Paul Delanoue, p 408.

SOURCES : Arch. Dép. Meuse, dossiers 160 J1 à J6, dossiers personnels de Robert Enard (1930-1990), dépôt du 11 mai 2007. — Arch. comité national du PCF. — Presse nationale. — Presse syndicale. — Sources orales. — Renseignements fournis par les filles de l’intéressé. — Notes de R. Hirsch. — Claude Collin, Robert Enard, pédagogue, résistant, militant ; dossiers documentaires meusiens, ville de Commercy (Regnéville sur Meuse).

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