BONGO Albert-Bernard, Omar

Par Phalonne Elda Mengome

Né en 1935 dans le sud-est du Gabon ; Mort en Espagne en 2009 ; Directeur du cabinet présidentiel en Octobre 1962 ; vice-président du gouvernement en Novembre 1966 ; vice-président de la République en Février 1967 ; Président de la République en Novembre 1967 ; Fondateur du parti démocratique Gabonais (PDG) en Mars 1968.

Albert-Bernard Bongo, de son nom de naissance, est né le 30 décembre 1935 à Léwai, actuelle Bongoville dans la province du Haut-Ogooué. Issu de l’ethnie Téké, il est le fils de Basile Ondimba et de Jeanne Ebori, tous deux cultivateurs. Albert-Bernard Bongo est le benjamin d’une famille de douze enfants. Sa vie qualifiée de paisible et enviable à cette époque bascule brutalement à l’âge de 7 ans à la mort de son père. Après la disparition de son père, Bongo est envoyé par décision de conseil de famille chez son frère aîné qui était un garde territorial à Zanaga, au sud du Congo. Ce dernier devenait de facto son tuteur légal.

Du vivant de son père, Albert-Bernard Bongo n’a pas été scolarisé. Son père, polygame et chef de village, ne voyait pas la nécessité d’apprendre à lire et à écrire. Il préférait garder son tout dernier fils à ses côtés. Il a fallu qu’il décède pour que Bongo découvre le chemin de l’école. En effet, 3 ans après son arrivée à Zanaga, précisément en octobre 1945, Bongo a fait ses premiers pas à l’école, sur la décision de son tuteur, à l’orée de son dixième anniversaire. Grâce à ses nombreux progrès scolaires, il a été transféré assez rapidement à l’école publique de Bakongo à Brazzaville mais son séjour dans la cité ne dure qu’un an car il est contraint de rejoindre la ville d’Impfondo, dans le nord du Congo en 1948, où vient d’être affecté son tuteur. Il y poursuit donc ses études primaires. Il est décrit par son entourage comme un élève assez brillant, il s’adapte très vite et comble ainsi son retard scolaire grâce à cette capacité d’adaptation. Ses brillants résultats lui ont permis d’être choisi parmi les élus appelés à poursuivre leurs études en France, mais son frère aîné s’y oppose à cause de sa conception traditionaliste. Cette opposition a réveillé une certaine révolte en Bongo qui, devenu amer et découragé, est moins allé à l’école et ne s’y est plus autant intéressé. Dans cet élan de révolte, Albert-Bernard Bongo est devenu incontrôlable. Un jour, il va jusqu’à arracher un fouet de la main d’un de ses enseignants qui le frappe abusivement et il le frappe à son tour. Ce scandale le pousse à fuir Impfondo pour Brazzaville afin d’échapper aux sanctions des autorités coloniales. À Brazzaville, il est recueilli par un autre de ses frères aînés. Aussitôt, il retrouve le chemin de l’école et obtient en 1952 son certificat d’étude qui lui permet d’être reçu au lycée technique. C’est à cette période que le leadership d’Albert-Bernard Bongo est révélé. Déjà, il aime les discussions, les échanges, les débats, convaincre et surtout être convaincu. Il galvanise les foules et fédère de plus en plus ses camarades. De plus, il appelle et organise souvent des mouvements de contestations. À cause de cette position de meneur, Albert-Bernard Bongo connaît plusieurs arrestations pour trouble à l’ordre public et incitation à la violence. Mal vu par ses enseignants, il doit arrêter prématurément ses études. Sa conscience politique naît dans la même foulée. Après avoir quitté le lycée, il adhère au parti de gauche, le parti socialiste SFIO (Section française de l’internationale ouvrière) qui a pour leaders Opangault et Cazaban. La personnalité du jeune Bongo est toute construite. Il retient l’attention de plus d’un, même quand il rentre en vacances chez lui dans le Haut-Ogooué, il est vu comme un leader.

Ayant quitté prématurément l’école, Albert-Bernard Bongo cherche à se former à un métier en vue de gagner sa vie. Il est intéressé par une formation en téléphonie et radio sans fil en France, mais les conditions d’accès à cette formation allant jusqu’à demander le changement de son nom ne sont pas au goût du jeune Bongo. Il renonce donc à une carrière dans la radio, ses ambitions sont dès lors orientées ailleurs. Entre temps, il est embauché à la grande poste de Brazzaville au service des télécommunications dans un bureau appelé BCR, il travaille sur les transmissions des télégrammes. Là-bas, il fait la connaissance de Naudy, un Français franc-maçon et socialiste. C’est cet homme qui l’initie à la franc-maçonnerie et le forme politiquement en le faisant entrer dans la jeunesse socialiste de la SFIO.

Pendant l’été 1955, alors qu’il est en vacances à Franceville, Albert-Bernard Bongo rencontre pour la première fois Léon Mba, qui est à ce moment maire de Libreville. Ce dernier était arrivé à Franceville pour faire la propagande de son parti politique, le BDG (Bloc démocratique gabonais). Après le discours de Léon Mba, poussé par ses amis et dans toute sa fougue, Albert-Bernard Bongo prend la parole pour lui répondre de manière très virulente. Ses propos jugés déplacés à l’encontre de Mba lui valent une arrestation à la fin du meeting.

Alors qu’il a 22 ans, fasciné par l’armée, Albert-Bernard Bongo passe le concours puis intègre la classe des officiers de réserve pendant 3 ans. Durant son service militaire, il devient un espion au service du Gabon. La principale cible est Fulbert Youlou à cause de son intention de rattacher la province du Haut-Ogooué au Congo. Ce dernier, alors Premier ministre du Congo, et par la suite premier président de la République congolaise, envoyait de l’argent et des armes pour inciter la population du Haut-Ogooué à demander la nationalité congolaise et, de facto, le rattachement de leur province au Congo. Albert-Bernard Bongo œuvre stratégiquement pour mener à mal les plans de l’Abbé Youlou. C’est à la suite de cette mission que Léon Mba , Premier ministre du Gabon, demande à Bongo de rejoindre Libreville pour travailler avec lui. C’est ainsi qu’il rentre au Gabon en 1960 tout juste après son service militaire, qu’il conclut au grade de lieutenant. Il intègre d’abord l’armée de l’air, puis les services secrets français, tout en travaillant aux PTT de Libreville. Il est par la suite repéré par Jean-Hilaire Aubame, ministre des Affaires étrangères, qui l’intègre à son cabinet. Il travaille au ministère des Affaires étrangères pendant un certain temps. C’est ainsi qu’il rencontre de nouveau Léon Mba lors d’une réception présidentielle. Persuadé par ses compétences et à la suite de sa brillante mission auprès de l’abbé Youlou, Léon Mba propose à Albert-Bernard Bongo d’intégrer son équipe peu avant les élections législative et présidentielle de 1961 qui l’ont consacré à la présidence. Albert-Bernard Bongo est par la suite nommé à la direction-adjointe du cabinet présidentiel en mars 1962. Cependant, la collaboration avec le directeur de cabinet Gazagne est assez compliquée, les deux hommes ont du mal à travailler ensemble. C’est ainsi que Bongo, plus proche du président Mba, est nommé directeur de cabinet en remplacement de Gazagne en octobre 1962.

Mais ce qui va encore plus augmenter l’estime de Léon Mba pour Albert-Bernard Bongo, c’est le rôle que ce dernier joue pendant le coup d’État militaire de février 1964. En effet, ayant été informé par certains de ses contacts qu’un coup d’État est en préparation, le directeur de cabinet Bongo s’empresse d’alerter le président Mba. Malheureusement, ce dernier ne veut rien entendre, et ce, malgré le témoignage de l’informateur de Bongo et les preuves écrites. Le jour du coup d’État, Albert-Bernard Bongo – toujours dans le but de protéger le président Léon Mba – a pris le soin d’informer directement les services français, le directeur de la police et le commandant de la gendarmerie pour demander une protection renforcée du président. Cependant, leurs réactions sont identiques à celle du président Léon Mba. Sous-estimant l’armée gabonaise et ne les pensant pas à la hauteur d’un tel acte, ils évoquent simplement la piste de la rumeur. De plus, Albert-Bernard Bongo, pour avoir dissimulé la localisation du président Mba aux putschistes, est même pris en otage par les insurgés et enfermé au camp Baraka.

Pour Léon Mba, il n’en faut pas plus pour prouver l’intégrité et la loyauté du jeune Bongo. Après le coup d’État de février 1964, Albert-Bernard Bongo n’est plus seulement un simple directeur de cabinet, Léon Mba en a fait son ami. Cela va se matérialiser par les mesures prises quelques mois plus tard en faveur du directeur de cabinet Bongo. En effet, en 1965, Albert-Bernard Bongo est nommé ministre délégué à la présidence chargé de la coordination et de la défense ; sachant que la défense est un secteur assez sensible et stratégique que le président Mba ne peut confier qu’à son homme de confiance. Quelques mois après, en novembre 1966, Albert-Bernard Bongo est nommé vice-président du gouvernement en remplacement de monsieur Paul-Marie Yembit, une stratégie qui vise à le préparer à la fonction la plus haute du pays. Au mois de mars de la même année, Léon Mba annonce à la télévision qu’il vient de choisir Albert-Bernard Bongo comme vice-président du gouvernement, en décidant sur le conseil de la France de transformer ce poste en vice-président de la République, de sorte qu’Albert-Bernard Bongo puisse lui succéder immédiatement en cas d’empêchement. Par souci de légitimité populaire, ce dernier propose au président Mba de soumettre ce projet à une élection populaire sur laquelle les deux protagonistes seraient élus sur une même liste. Le 17 février 1967, l’Assemblée nationale réunie en session extraordinaire adopte ce projet de loi par acclamation. Ainsi, le vice-président tient lui aussi la légitimité du vote populaire et peut naturellement succéder au président en cas de décès. Quelques jours après, le 24 février 1967, dans une allocution télévisée, le président Mba annonce officiellement la date de la prochaine consultation électorale, arrêtée au 19 mars 1967. Léon Mba étant malade et gardé à Paris depuis le mois d’août 1966, Albert-Bernard Bongo se charge de battre campagne sur place, au Gabon. Élection terminée, le ticket Mba-Bongo est élu à 99,90 % des voix avec 348 942 inscrits pour 346 900 votants. On compte 313 bulletins blancs et 2 042 abstentions. Dès lors, la légitimité de Bongo ne souffre plus aucune contestation. Il peut succéder légalement à Léon Mba en cas d’empêchement prolongé.

Le 27 novembre 1967, le président Léon Mba décède à Paris et Albert-Bernard Bongo lui succède légitimement ; il devient ainsi le plus jeune président au monde, à seulement 32 ans. Néanmoins, il n’est pas impressionné ni apeuré, il dit lui-même qu’il est impatient d’être à la tête du Gabon car il a soif d’agir. Il se définit alors comme étant plus technocrate que politique. Tout de même, il joue le jeu de la France et ne cherche pas immédiatement à contrecarrer les plans de l’ancien colon. Contrairement à certains dirigeants africains, Albert-Bernard Bongo n’a pas changé tous les noms des villes données par les Français.

Au niveau politique, l’arrivée d’Albert-Bernard Bongo a totalement bouleversé le Gabon. Car le 12 mars 1968, il décida de supprimer tous les partis politiques existants en créant son parti, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) qui devenait par cet acte l’unique parti du Gabon, faisant ainsi basculer le Gabon du multipartisme au monopartisme tant rejeté. Pour Albert-Bernard Bongo, le parti unique était un gage d’unité nationale pour le pays rongé par des querelles ethniques et, par ricochet, un gage de développement de la nation par tous les fils et toutes les filles du pays.
De plus, en 1973 en pleine crise pétrolière, Albert-Bernard Bongo décida de se convertir à l’islam et devint ainsi Omar Bongo. Cet acte a été mal interprété par la France qui l’accusait de vouloir se payer les faveurs des pays arabes et de faire partie de l’OPEP. Il répondait à ses détracteurs que sa conversion était sincère. Il se sentait bien dans la religion musulmane, surtout après ses mauvais rapports avec les prêtres coloniaux.

Omar Bongo est aussi connu comme un homme qui prônait la paix. Il a plusieurs fois joué les médiateurs pour apaiser certaines tensions en Afrique et même au-delà. Il a dû peser de son poids pour désamorcer la crise en République Centrafricaine en jouant personnellement le médiateur auprès de Bokassa et de la France pour ne citer que cet exemple.

Cependant, depuis la création du Parti Démocratique Gabonais (PDG) dont l’instauration du parti unique, la vie politique gabonaise se déroulait au rythme des élections présidentielles et législatives sans surprise. C’est ainsi que le président Bongo est réélu pour un nouveau mandat le 25 février 1973 avec 99, 59% des voix et le 9 novembre 1986 avec 99,97 %. Tout de même, en 1990, l’exaspération montant du fait des abus de pouvoir d’Omar Bongo et de son parti, le Gabon est plongé dans une grève générale initiée par une révolte étudiante et par le parti illégal le MORENA. Contre son gré, le président Bongo est contraint d’accepter la tenue d’une Conférence nationale pour apaiser les tensions tout en imposant ses conditions. La Conférence nationale a lieu du 23 mars au 19 avril 1990 à Libreville. Les principales conclusions de cette Conférence sont : l’instauration du multipartisme et la conquête des libertés démocratiques fondamentales pour le peuple gabonais. A l’issue de cette conférence, Omar Bongo accepte l’instauration du multipartisme et diverses réformes démocratiques. Quelques mois après, le 4 aout 1990, il épouse en seconde noce Edith Lucie Sassou Nguesso, fille du président congolais Denis Sassou Nguesso.

L’accalmie dans le pays est néanmoins de courte durée. En 1993, a lieu la première élection présidentielle à plusieurs candidats et dont l’adversaire principal du président Bongo est un des leaders du MORENA ; Paul Mba Abessolo . A l’issue de cette élection, Omar Bongo est déclaré vainqueur , réélu au premier tour avec 51 % des suffrages. Un résultat non reconnu et contesté par ses adversaires, entrainant ainsi une vague d’émeutes violemment réprimées, le pays était quasiment à l’arrêt. Néanmoins, Omar Bongo est réélu président de la République en 1998 avec plus de 66 % des voix. Une élection moins contestée car ses adversaires de 1993, exilés, n’ont pas pu participer au scrutin. Après avoir décidé d’ajouter le nom de son père au sien en 2004 devenant ainsi Omar Bongo Ondimba, il est réélu président de la République Gabonaise le 27 novembre 2005 avec 79,2 % des suffrages, selon les résultats officiels. L’opposition, avec à sa tête Pierre Mamboundou, conteste une fois de plus ce résultat.

Fragilisé par le décès de son épouse survenu le 14 mars 2009 à Rabat au Maroc, Omar Bongo Ondimba hospitalisé en mai 2009 à la clinique Quiron à Barcelone en Espagne décède le 8 juin 2009.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244372, notice BONGO Albert-Bernard, Omar par Phalonne Elda Mengome, version mise en ligne le 17 décembre 2021, dernière modification le 17 décembre 2021.

Par Phalonne Elda Mengome

Bibliographie :
Bongo Albert Bernard , Au service du Gabon , éditions multi Press , Libreville ,Gabon, P.75
Bory Paul, Bongo, pensée et actions sociales, Monaco, 1974
Ntoutoume Emane Jean-François, « L’expérience gabonaise : le progressisme démocratique est conservé », géopolitique africaine ,février-mars 1987 p.107
Routier Airy, Omar Bongo , Blanc comme nègre, Paris, Grasset, 2001, P.21-22

Sources
Interviews et entretiens :
Entretien de Omar Bongo avec F.Doey et J-F. Bayart, Paris, 2 mai 1983, Politique africaine, Octobre 1983
Interview accordée à Siradou Diallo, Jeune Afrique, 10 Décembre 1986

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