FERRY Jean-Pierre

Par Jean-François Lassagne

Né le 31 juillet 1944 à La Verrerie-de-Portieux (Vosges) ; syndicaliste CGT et militant communiste des Vosges, secrétaire du syndicat de la Verrerie et secrétaire du comité d’entreprise (1967-1974), secrétaire général de l’UD des Vosges (1976, 1984), cadre de la Fédération de la Métallurgie (1986-1990), membre du bureau départemental de la Jeunesse communiste, membre du comité fédéral du PCF ; candidat aux élections cantonales en 1974 (canton de Charmes, Vosges), législatives en 1986, régionales et municipales à la Verrerie-de-Portieux ; délégué régional à la MACIF ; joueur puis arbitre de football ; secrétaire du Stade athlétique spinalien (football) d’Épinal (1991-1997).

Jean-Pierre Ferry en 2008
Jean-Pierre Ferry en 2008

Né dans un milieu ouvrier modeste, Jean-Pierre Ferry vit le jour à la cité ouvrière de La Verrerie-de-Portieux. Fils naturel de Jeanne Ferry, originaire de Saint-Genest (Vosges) où elle était née le 19 février 1920, il était l’aîné de quatre enfants. Sa mère travailla à la verrerie jusqu’à son arrêt pour longue maladie, et la famille vécut alors des secours et connut les bons de ravitaillement. Son grand-père avait été complètement déstructuré par la guerre de 14-18, et souffrait de violentes crises, séquelles de sa blessure et de l’abus d’alcool. Ouvriers à la verrerie et militants de la CGT et du Parti communiste, ses deux oncles furent ses tuteurs à la fois familiaux et idéologiques.

Jean-Pierre Ferry accomplit sa scolarité jusqu’à quatorze ans à l’école primaire de la Verrerie-de-Portieux, où il était parmi les premiers, ce que, selon son témoignage, l’instituteur ne supportait que difficilement du fait de l’engagement communiste de ses oncles. Confronté aux difficultés de la vie, il devint vite un « rebelle ». Après l’obtention de son certificat d’études primaires et confronté à la question de son devenir, il écarta l’hypothèse des études, et choisit de travailler pour subvenir à l’entretien de sa famille en proie à des difficultés financières et qui, dépourvue de revenus, vivait alors beaucoup à crédit auprès des commerçants de la cité. Il fit le choix de l’usine, comme vingt-sept autres sur une classe de trente élèves, mais, connaissant les verriers, l’entrée lui fut naturelle : « l’usine est en toi ». À cette époque tous les ouvriers de la verrerie avaient une journée double : de cinq à treize heures (levés à quatre heures), ils travaillaient le verre, puis jusqu’à vingt-deux, voire vingt-trois heures, ils faisaient du bois de chauffage pour les anciens notamment, ou œuvraient chez les paysans. À quatorze ans, Jean-Pierre Ferry devint donc apprenti, chargé entre autre du ravitaillement des verriers : il s’agissait d’aller au bistrot du coin leur chercher casse-croûtes, charcuterie et bière (à la chaleur des fours la « pépie » [la soif] était intense), ce que tolérait la direction qui fermait les yeux. Durant les pauses, les « gamins » [les apprentis] s’initiaient au métier, et, conseillés par les anciens, la transmission du savoir s’effectuait par auto-formation et solidarité ouvrière. Ainsi, utilisant un creuset inoccupé, ils s’exerçaient à manier le ferret, cueillant le verre (la jambe ou le pied) pour le remettre au verrier. Son objectif était d’abord de gagner sa vie, si bien que le sentiment d’exploitation (« la haine de l’exploiteur ») se fit rapidement jour chez lui, du fait de l’abattement d’âge de 60 % que subissaient les apprentis sur leur salaire. L’initiation étant relativement rapide, il devint « cueilleur » au bout de six mois et travailla dès lors au rendement.

Aussitôt entré, il avait adhéré à la CGT et prit également sa carte à la Jeunesse communiste, ce dont son oncle maternel n’était pas peu fier ; il participait à la vente de l’Humanité, dont une centaine d’exemplaires (pour huit cent habitants environ), étaient diffusés chaque semaine dans les cités de La Verrerie-de-Portieux. De plus, il pratiquait avec assiduité le football au club local et s’acheta une mobylette à crédit avec sa première paye, « pour aller rendre visite aux filles ». À seize ans, il participait au bureau départemental des JC des Vosges, et deux ans plus tard se rendit au Festival mondial de la Jeunesse à Helsinki, en passant par la République démocratique d’Allemagne, la Pologne et les États baltes, petit aperçu du monde socialiste, qu’il se paya en coupant et vendant du bois de chauffage. Soutien de famille, il donnait sa paye de l’usine à sa mère et travaillait l’après midi pour son propre compte, et toujours au rendement.

En 1962, au moment des accords d’Évian, il ne fut pas exempté de service militaire et passa dix huit mois à Épinal où, après avoir obtenu le permis de conduire, il fit office de chauffeur du capitaine afin de ne pas « contaminer les autres recrues ». De retour en 1964, ayant sa conception du syndicalisme, il ne milita pas encore à la CGT, tout en considérant les militants de la verrerie de l’époque comme des « monuments » (notamment Camille Mangeonjean). En 1966, il épousa Lucienne Léonard, née en 1941 et orpheline de père. Elle était brodeuse de perles à domicile pour la haute couture, et exploitée avec un très bas salaire. Ils eurent deux fils nés en 1967 et 1974, dont l’aîné fut joueur professionnel de football. Face à la force de la CGT et du PCF, la direction de la verrerie tenta de les affaiblir durant les années 1960, tout d’abord avec l’implantation de la CFTC qui ne réussit pas, puis avec la Confédération générale des syndicats indépendants (CGSI) qui acquit une certaine représentativité à l’usine. Traversée par des turbulences, le syndicat CGT fut décapité aux élections professionnelles de 1966. Conscient de la nécessité de réagir, Jean-Pierre Ferry prit alors ses responsabilités, et fut largement élu, en 1967, délégué du personnel ainsi qu’au comité d’entreprise ; il reprit le secrétariat du syndicat et une bonne équipe se mit en place. Il décida d’assumer également le rôle de secrétaire du comité d’entreprise, habituellement dévolu à la CGC, et géra dès lors la crèche et la cantine de l’usine notamment.

En Mai 68, la verrerie sembla un moment être la seule entreprise des Vosges en état de marche. Pourtant, des problèmes s’y posaient, dont celui de la construction d’HLM, avec la perspective du paiement d’un loyer, à la place des logements auparavant gratuits des cités antérieures vouées à la destruction. Cela fit l’objet d’une importante bataille politique contre cette perte de pouvoir d’achat et contre la coalition de la mairie et de la verrerie ; la direction s’était finalement engagée à reverser 60 % du loyer, mais sans convention écrite. Se posait également la question du salaire minimum professionnel. À la suite d’une rencontre avec Robert Bresson, Jean-Pierre Ferry réunit le bureau syndical qui décida de déposer un cahier de revendications à la direction, laquelle le refusa. Après une journée de grève et le statu quo, le syndicat et les verriers décidèrent la fermeture de l’usine, qui dura quinze jours jusqu’à fin mai, à l’issue de quoi la direction accepta, entre autre, la signature d’une convention sur le remboursement des 60 % du loyer. Il y eut une manifestation de 500 personnes à la verrerie, et participation à la grande manifestation d’Épinal (10 000 personnes) ; les anciens militants semblaient alors un peu dépassés.

Jean-Pierre Ferry accéda en 1970 à la commission exécutive de l’UD dont le secrétaire général était Serge Mangeonjean*, également un ancien de la verrerie où il se rendait d’ailleurs régulièrement une fois par mois. De 1971 à 1974, Jean-Pierre Ferry devint demi-permanent à l’UD, travaillant le matin à la verrerie, et sillonnant l’après midi le département en 2 CV Citroën, à la rencontre des syndicats de la métallurgie dont il assurait le suivi. En 1974 l’UD des Vosges comptant dix mille adhérents, les besoins existaient donc et les moyens aussi, si bien qu’il devint permanent à temps plein, responsable à l’organisation de l’UD ainsi que des syndicats de la métallurgie des Vosges jusqu’en 1976.

Reconnu pour ses qualités par les syndicats du département, il devait alors remplacer Serge Mangeonjean au secrétariat général, mais celui ci se ravisa, et il resta son adjoint durant six mois environ, avant que s’opère le changement. Soucieux de l’indépendance syndicale, il décida de construire une commission exécutive efficace, qui puisse s’engager, représentative du salariat du département, comportant des jeunes, tout en veillant au pluralisme politique. Sans perdre de vue sa vision de la lutte des classes, Jean-Pierre Ferry était ouvert à la diversité des opinions, si bien que pour le troisième permanent de l’UD le choix ne fut pas celui d’un communiste. Il tenta de sortir des sentiers battus, en mettant en place des ateliers de réflexion. Jusqu’en 1984 les problèmes s’accumulèrent, notamment l’état des finances de l’UD, avec la désindustrialisation et les pertes d’emplois, et ce fut à ce moment qu’il rédigea dans Le Peuple (1982) un article relatif au reclassement des permanents. Cette situation usante s’aggrava du fait du décès en 1984 de son épouse Lucienne, après une maladie de deux ans, au cours de laquelle il dut concilier ses responsabilités avec l’exigence d’une plus grande disponibilité familiale.

Jean-Pierre Ferry quitta donc son mandat, se licencia en décembre 1984, et fut remplacé par Maxime Leroy en 1985. Il resta un an au chômage avant d’être embauché par la Fédération CGT de la Métallurgie comme cadre chargé des stages pour les membres des Comités d’hygiène, sécurité et des conditions de travail. Mais « sentant l’instabilité de la fédération à la fin de l’ère André Sainjon », il demanda et obtint son départ en 1990. Le 1er juillet 1991, il fut embauché à mi-temps par le président au poste de secrétaire du club de football d’Épinal, le SAS, où jouait son fils, et qui venait de passer au statut professionnel avec son accession en division 2 nationale. Philippe Seguin, maire d’Épinal qu’il avait notamment côtoyé durant le conflit de Montefibre, l’embaucha à la mairie pour un second mi-temps. Après la liquidation du SAS en 1997, il fut licencié mais demeura une année à mi-temps au CCAS, jusqu’à son embauche à temps plein, chargé des gymnases au service des sports de la ville, par le nouveau maire Michel Heinrich, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 2006. Il se vit confier par le CGT un mandat régional à la MACIF où il fut un membre actif de la commission de prévention. Membre du comité fédéral des Vosges du Parti communiste, il fut par deux fois candidat à l’élection cantonale à Charmes (Vosges), puis aux élections législatives de 1986, ainsi qu’aux régionales. Il fut également candidat à la mairie de La Verrerie-de-Portieux, mais ne fut pas élu.

Joueur de football, puis vétéran au club local, il devint ensuite arbitre, secrétaire du club de Thaon-les-Vosges en Championnat de France amateur (CFA), avant de mettre sur pied l’Association des Anciens du club sportif de La Verrerie-de-Portieux. Il fut fait chevalier de l’ordre national du Mérite.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24438, notice FERRY Jean-Pierre par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 5 février 2009, dernière modification le 15 janvier 2022.

Par Jean-François Lassagne

Jean-Pierre Ferry en 2008
Jean-Pierre Ferry en 2008

SOURCE : Entretiens avec Jean-Pierre Ferry en mars 2008.

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