TOUNZÉ Roger, Albert, Nicolas alias La Quille dans la résistance

Par Eric Panthou

Né le 19 décembre 1919 à Vertus (Marne), mort le 16 juin 2002 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; journaliste puis rédacteur en chef ; Résistant au sein des FFI ; membre du Parti socialiste puis du RPR ; syndicaliste ; militant associatif.

Portrait de Roger Tounzé sur un laisser passer accordé sous l’Occupation

Roger Tounzé est le fls de Pierre Tounzé, percepteur des Impôts après 1918 et de Adèle Jeanne Marcelline Tardivon. Sa mère mourut en 1922 et son père se remaria avec Germaine Canat, sans profession. Son père, ancien combattant, mutilé de guerre, était un fervent militant socialiste, un mutualiste engagé et un défenseur des anciens combattants amputés de guerre (vice président des Amputés du Plateau central) arrivé à Clermont-Ferrand en 1934. Il devint plus tard receveur-percepteur, agent comptable de l’Université de Clermont-Ferrand. Il fut également secrétaire du syndicat des percepteurs et siégea au Comité directeur de la Mutuelle du Trésor.

Roger Tounzé alla à l’école publique à Sauvigny-les-Bois (Nièvre), avant d’aller au lycée à Nevers puis le collège de La Mure en Isère et enfin le lycée Blaise Pascal à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Il fut ensuite étudiant à l’Université de Clermont-Ferrand au moment où sous l’Occupation elle accueillit celle de Strasbourg , rapatriée. Il est détenteur d’une Licence de Lettres.
Il se maria avec Janine Bellosta le 17 novembre 1951 à Clermont-Ferrand. Son épouse était Sténotypiste de presse au quotidien La Montagne avant de devenir cheffe des Sténos de Presse. Le couple eut une fille et un garçon.

C’est par accident qu’il devint journaliste. Le 25 novembre 1939, un ami étudiant qui était en localier à La Montagne lui demanda de le dépanner en rédigeant 25 lignes sur un match de rugby. Il recommença les semaines suivantes et c’est ainsi que son ami lui déclara qu’il ferait dorénavant les sports pour le journal et serait rémunéré 3 sous la ligne. Il avait donc gagné 3 francs 15 centimes son premier article, arrosant sa promotion d’une tournée de 5 francs. “Le journalisme, ce n’était pas la fortune assurée” ajoute-t-il dans un article de souvenirs paru dans l’organe des journalistes d’Auvergne en 2000.

En 1937, il était membre actif de la section athlétisme du Stade clermontois. Il habitait 11 boulevard Duclaux à Clermont-Ferrand.

Mobilisé en juin 1940, il fut fait prisonnier puis fut affecté aux chantiers de jeunesse, groupement 2 dans le Jura. Il fit équipe ici avec le chansonnier Fernand Raynaud. C’est en février 1941 qu’il revint à Clermont-Ferrand où il retrouva sa place à La Montagne en mars 1941, tandis qu’il entamait sa Licence de Lettres classiques. Parallèlement, il va s’engager dès novembre 1942 dans la Résistance au sein du Mouvement Les Ardents, solidement implanté dans le Puy-de-Dôme. Il se fit faire en juin 1942 des faux-papiers au nom de Louis Durant, cultivateur domicilié à La Chaise-Dieu (Haute-Loire). En 1943, il fut convoqué pour le STO et fut affecté comme terrassier sur l’aérodrome d’Aulnat. Il était bien décidé à fuir s’il avait été envoyé en Allemagne.
Il continua néanmoins à agir pour la Résistance. Après des missions de sabotages et de renseignements, il rejoignit le Mont-Mouchet après l’ordre de mobilisation lancé par le colonel Gaspard le 20 mai 1944. Il participa aux combats puis ensuite à la Libération de l’Allier au sein de la Compagnie Eddy du 152ème Régiment d’infanterie, reconstitué. Il fut décoré de la Croix de Guerre pour le courage dont il fit preuve lors de la libération de la ville de Moulins le 5 septembre 1944. Il était sergent-chef.
Il fut homologué FFI pour la période du 24 mai au 28 août 1944 au sein de la formation MUR Mont-Mouchet 4ème Bataillon du Cantal.

Revenu à Clermont-Ferrand fin septembre, il apprit par Jean-Gabriel Aufauvre, directeur de La Liberté, le nouveau quotidien créé au lendemain de la Libération à Clermont-Ferrand, qu’il avait été pressenti pour intégrer le journal. Mais ce dernier le croyant tué à la bataille de Moulins-Yzeure, la rédaction avait embauché un autre journaliste. C’est donc ainsi qu’il rejoignit La Montagne le 6 octobre 1944 dont la rédaction était composée alors de Jean-Antoine Pourtier, René Chardigny, Antoine Grellet, Louis Senèze et Jean-Paul Dousse.
Rendu à la vie civile, il acheva ses études avant de partir pour 6 mois faire son service militaire.
Roger Tounzé fit toute sa carrière dans la presse sauf un rapide passage en février 1944, au Service Régional des Assurances Sociales, à Clermont-Ferrand, service qu’il avait quitté en mai 1944 pour rejoindre, sur ordre, le maquis du Mont Mouchet. Il travailla ensuite pour le quotidien La Montagne principalement, faisant quelques piges pour d’autres journaux (l’Equipe, entre autres). En 1946, il était correspondant régional d’Élans, le journal des sports. Il fut aussi correspondant pour Le Populaire, l’organe central du Parti socialiste (SFIO).
Il fut une figure reconnue parmi les journalistes sportifs, dû en partie à sa passion pour le rugby et sa grande connaissance du cyclisme. Il fut chef du service des sports de 1948 à 1965. Il devint adhérent depuis 1954 à l’association des journalistes sportives dont il fut plus tard élu personnalité de l’année. Il est présenté alors comme le premier journaliste clermontois à avoir osé monter à Paris couvrir les matchs internationaux du XV de France en rugby, premier à s’exporter à Murrayfield et Twickenham, les deux stades du XV du Chardon et de la Rose, puis à suivre l’intégralité du Tour de France (en 1962 et 1964).
Il se spécialisa après 1968 pour les questions agricoles et économiques, en particulier sur la filière de la viande.

On ignore la date du début de son engagement militant. Il était adhérent du parti socialiste et de la Ligue des Droits de l’Homme en 1952. C’est cette même année qu’il adhéra à l’Union des journalistes sportifs français et il devint président de la section Auvergne Bourbonnais et Velay lors de sa 1ère assemblée le 17 février 1959. Il fut également membre du Syndicat National des journalistes. Il fut sans doute un proche au moment de la guerre ou après guerre du socialiste Raymond Perrier, ex secrétaire de l’UD CGT du Puy-de-Dôme de 1937 à 1942, futur dirigeant du Mouvement ouvrier Français sous l’occupation puis dirigeant FO dans le département. En atteste le fait que Roger Tounzé possède plusieurs lettres et rapports manuscrits de la clandestinité faisant état des difficiles relations entre fractions socialistes et communistes au sein de la direction nationale de la CGT clandestine, Raymond Perrier étant alors un de ses dirigeants socialistes.

Il fut un militant associatif très actif au sein de structures très différentes : Les Amis du Vieux Clermont, la Fédération des Délégués Départementaux Education Nationale, la Société Nationale des Anciens et Amis de la Gendarmerie dont il fut le président en 1984...

Il s’est particulièrement impliqué pour la mémoire de la Résistance en étant Président de l’Association Les Ardents depuis au moins 1970 jusqu’à 1997, date à laquelle il laissa sa place à Laurent Rauzier. Il s’était auparavant impliqué en faveur du film de Max Ophuls, Le Chagrin et la pitié, sorti en 1969, qui traite de Clermont-Ferrand sous l’Occupation. Non seulement il fut l’un des acteurs interviewés mais il servit d’intermédiaire pour présenter au réalisateur plusieurs autres témoins. Il a fait également partie des personnes qui ont participé à la mise en place du Musée de la Résistance et de la Déportation à Chamalières (Puy-de-Dôme) en 1994.

Après avoir été socialiste, c’est sa rencontre avec Jacques Chirac qui en fit un chiraquien et bientôt un militant du RPR. Cette fidélité est certainement née au moment où Chirac devint ministre de l’agriculture et fut l’un des instigateurs de la première politique d’aide à l’agriculture de montagne en lançant en 1973 l’indemnité spéciale de montagne (ISM) et un plan d’aide à la modernisation des exploitations. Roger Tounzé a été candidat aux élections législatives du 12 mars 1978, circonscription de Riom. Le RPR ayant du mal à s’installer dans la région, Roger Tounzé associa ses efforts à ceux de Pierre Pascalon pour y remédier.

En janvier 1980 il est nommé Chevalier de la Légion d‘Honneur. Il était alors secrétaire général de la rédaction de La Montagne.
Jusqu’à sa mort, il resta une figure du journalisme clermontois, participant régulièrement à des rencontres ou conférences pour témoigner sur la Résistance mais aussi sur la presse sous l’Occupation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244500, notice TOUNZÉ Roger, Albert, Nicolas alias La Quille dans la résistance par Eric Panthou, version mise en ligne le 25 décembre 2021, dernière modification le 8 janvier 2022.

Par Eric Panthou

Portrait de Roger Tounzé sur un laisser passer accordé sous l’Occupation

SOURCES : SHD Vincennes, GR 19 P, 15/1 : liste nominative des membres de la formation MUR Mont-Mouchet 4ème Bataillon du Cantal. — SHD Vincennes, GR 16 P 574946, dossier résistant Roger Tounzé (nc). “M. Roger Tounzé (journaliste àLa Montagne), La Montagne, 3 janvier 1980. — “Ruban rouge pour Roger Tounzé : une carrière journalistique bien remplie”, La Montagne, 21 mai 1980. — Ordre général. Citation à l’ordre de la Division avec Croix de Guerre pour Roger Tounzé, le 22 mars 1945, signé Colonel Garcie. — “Les obsèques de M. Pierre Tounzé”, La Montagne, date ?, “A Roger Tounzé, l’AJS reconnaissante”, article non daté, titre inconnu. — Roger Tounzé, “Souvenir”, Télégrammes : La lettre mensuelle du Club de la Presse de Clermont-Ferrand et de la Région Auvergne, n°116, juin-juillet 2000. — Cahier des PV de l’ AG de la section Auvergne Bourbonnais et Velay de l’Union des journalistes sportifs français. — Divers entretiens avec Françoise Longley, fille de Roger Tounzé, 2019, 2021.

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