ERRE François, Jean, Dominique

Par André Balent

Né le 26 octobre 1916 à Saint-Laurent-de-Cerdans (Pyrénées-Orientales), mort le 24 janvier 1997 à Perpignan ; employé d’une entreprise de transports routiers, puis comptable d’une coopérative ouvrière de production de sandales à Saint-Laurent-de-Cerdans ; militant socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales, mutuelliste.

Fils de François Erre et d’Euphanie Coste, François Erre fréquenta l’école primaire puis le cours complémentaire de sa ville natale. Écolier, il fut élève de Joseph Farines* instituteur dont il apprécia les qualités humaines et pédagogiques. Son père voulait que, tout comme son frère aîné qui était instituteur en Algérie, il se destinât à l’enseignement. Après avoir obtenu le Brevet élémentaire, il prépara donc le concours d’entrée à l’École normale. Il échoua à l’oral. Il aurait ultérieurement représenté ce concours si, entre-temps, le directeur de l’école de garçons de Saint-Laurent-de-Cerdans, sachant qu’il se destinait à l’enseignement et voulant favoriser cette vocation, ne lui eût confié une suppléance de huit jours. Cette courte expérience de l’enseignement le dissuada de persévérer dans cette voie. Rétrospectivement, il fut heureux d’avoir échoué à l’oral de ce concours car il sentait bien qu’il se serait fourvoyé.

En juillet-août 1935, il fut embauché par l’entreprise laurentine de transports routiers, la société Boix qui venait d’ouvrir une ligne d’autobus entre Saint-Laurent-de-Cerdans et Perpignan.
Dans un premier temps, François Erre fut chargé par la société Boix d’un bureau à Saint-Laurent-de-Cerdans. À partir d’octobre 1935, il s’occupa du chargement des camions. Puis François Erre, en dépit de sa jeunesse et parce qu’il avait une instruction supérieure à la moyenne de celle des Laurentins devint un peu un des hommes de confiance du patron. Il fut associé parfois aux décisions qui engageaient l’avenir de l’entreprise.

Le 21 octobre 1937, François Erre se rendit à Menton (Alpes-Maritimes) afin d’effectuer son service militaire dans les Chasseurs alpins. Mobilisé en 1939 il fut fait prisonnier par les Allemands à Fresnoy-le-Roy (Somme), le 6 juin 1940. Il séjourna d’abord au stalag XVII B à Krens (Autriche) puis fut intégré dans un « commando » agricole.
Il se maria en octobre 1946 à Saint-Laurent-de-Cerdans avec Camille Bernades.

À son retour de captivité, il retrouva son travail à la société Boix à Saint-Laurent-de-Cerdans. Il le quitta en 1953 pour entrer à la coopérative ouvrière de production l’« Union sandalière » (voir Dominique Erre*, Joseph Nivet*, Jacques Saquer*). Il y remplaça Jean Poch qui fut comptable de 1924 jusqu’à son décès (1953). Le président de l’« Union sandalière », François Brunet* faisait partie du groupe des pionniers du mouvement ouvrier laurentin. Né le 15 mai 1886 à Saint-Laurent-de-Cerdans, François Brunet (voir également Laurent Poch*) n’avait cessé de présider aux destinées de l’« Union sandalière » depuis sa fondation et ceci en dépit de sa dangereuse compromission avec Vichy.

François Brunet fit à François Erre la promesse verbale qu’il lui succéderait à la présidence de l’« Union sandalière ». En tant que comptable de la coopérative, François Erre fut inévitablement associé à la gestion. Il se heurta au conseil d’administration dont les conceptions étaient à son gré trop conservatrices. Certes l’« Union sandalière » avait su passer d’une production d’espadrilles « cousues main » à une production totalement mécanisée. Mais, dès 1953, la conjoncture n’était plus tout à fait favorable à l’espadrille catalane traditionnelle. L’« Union sandalière » avait accumulé des stocks pléthoriques qu’elle n’arrivait pas à écouler. François Erre fit des propositions afin de réformer la politique de la coopérative. Il y réussit partiellement, notamment lorsqu’il convainquit le conseil d’administration de se lancer dans la production de tissus Jacquard. Il fallait également, selon lui, diversifier la gamme des articles chaussant à produire, en mettant en œuvre de nouvelles techniques (souliers vulcanisés). Il obtint également gain de cause. En 1959 il proposa un plan de restructuration de l’« Union sandalière » sur la base de 120 travailleurs se répartissant de façon à peu près égale dans trois branches de production : la sandale traditionnelle, le soulier vulcanisé, le soulier soudé. Ce plan fut réfuté par la majorité du conseil d’administration et, notamment, par son président, François Brunet. François Erre fit également des propositions en ce qui concernait les possibilités de pénétration de nouveaux marchés mais il ne fut pas suivi.

En dépit de ses divergences avec François Brunet (ce dernier resta, jusqu’à sa mort, le 10 mars 1977, lié aux destinées de l’« Union sandalière » qui disparaîtra, un an plus tard, victime de la crise), il demeurait très attaché à l’« Union sandalière ». Si, le 16 novembre 1961, il quitta ses fonctions de comptable de la coopérative, ce fut uniquement pour des raisons familiales qui l’amenèrent à s’installer à Perpignan. Dans cette localité, il mit ses compétences de gestionnaire au service d’une coopérative agricole. Il conserva cet emploi jusqu’en 1976, date de son départ à la retraite et de son retour à Saint-Laurent-de-Cerdans. En 1978, il fit une ultime tentative afin d’empêcher la faillite de l’« Union sandalière ». Si, grâce à des relations, il put trouver des fonds auprès de banques afin de la renflouer, il ne put convaincre les coopérateurs qui préférèrent déposer le bilan plutôt que de faire momentanément quelques sacrifices financiers. Mais l’année même où disparut l’« Union sandalière » les ouvriers de l’entreprise laurentine « Bosch et Colomine » qui venait de fermer ses portes, fondèrent une nouvelle coopérative de production d’espadrilles, « la Vallée verte ». François Erre ne manqua pas de suivre attentivement cette nouvelle expérience qui relança la tradition de la coopération à Saint-Laurent-de-Cerdans.

François Erre milita également au Parti socialiste SFIO. Dès 1931, il adhéra aux Jeunesses socialistes de Saint-Laurent-de-Cerdans dont la section locale fut créée à l’initiative de deux instituteurs, Ferdinand Baylard* et Maurice Sors*. Les JS laurentines développèrent l’aspect culturel de leur action. Elles s’intéressèrent notamment à l’étude de l’espéranto.

Après son service militaire et sa captivité en Allemagne (1937-1945), François Erre adhéra à nouveau à la SFIO laurentine. Toutefois, celle-ci perdit progressivement de son importance, perdant du terrain face à un Parti communiste en plein essor (voir Julia Guillaume*). La section socialiste de Saint-Laurent-de-Cerdans finit par tomber dans une semi-léthargie. En 1959, François Erre cessa de cotiser à la SFIO. En 1961 quand Paul Alduy, ancien député des Pyrénées-Orientales et actuel (1982) maire de Perpignan décida d’abandonner son siège de conseiller général de Prats-de-Mollo, la section socialiste SFIO de Saint-Laurent-de-Cerdans disparut. François Erre ne voulut pas que les élections cantonales de 1961 se limitassent dans le canton de Prats-de-Mollo à un tête-à-tête entre le PCF et les gaullistes. Il s’y présenta donc (scrutin du 6 juin 1961) avec l’étiquette de socialiste SFIO. Avec 544 voix, il arriva en seconde position après le maire communiste de Saint-Laurent-de-Cerdans, Guillaume Julia (1 483 voix) et avant Bordes, candidat de l’UNR (224 suffrages).

En mars 1971, François Erre se présenta aux élections municipales à Saint-Laurent-de-Cerdans sur une liste de défense des intérêts communaux conduite par le docteur Rosé et fut élu de même que ses colistiers. En 1977, voulant éviter une trop forte politisation du scrutin municipal, il prit l’initiative de conduire une liste qui s’opposa à celle de l’union de la gauche dont le chef de file était le socialiste Pierre Raynaud. Avec trois de ses colistiers, François Erre franchit le cap du premier tour, mais fut battu au second.

En 1936 François Erre avait adhéré à la société laurentine de secours mutuel, « la Solidarité » issue de la fusion (1936) entre « l’Humanité » et « l’Union ». En 1948, il fut élu trésorier de « la Solidarité » et accéda vers 1956 à la présidence. En 1957, sous sa présidence, les diverses prestations furent étendues aux femmes et aux enfants des mutualistes. En 1957 « la Solidarité » adhéra à « la Roussillonnaise » organisme qui fédérait les sociétés de secours mutuels des Pyrénées-Orientales. François Erre siégea au conseil d’administration de « la Roussillonnaise » et occupa pendant trois ans (1961-1963) les fonctions de trésorier adjoint.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24451, notice ERRE François, Jean, Dominique par André Balent, version mise en ligne le 6 février 2009, dernière modification le 15 juin 2017.

Par André Balent

SOURCES : Entretien avec M. François Erre, 20 juillet 1982. — L’Indépendant (Perpignan), 5 juin 1961. — État civil de Saint-Laurent-de-Cerdans.

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