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Nouveaux chantiers sur les cheminots

Un nouveau chantier s’ouvre autour du dictionnaire des cheminots, chantier qui a débuté en septembre 2021 et qui va s’étendre jusqu’à août 2023, sous l’égide à la fois du CNRS et du CCGPF (CCE de la SNCF). Retrouvez l’intervention de Nicolas Simonpoli le 1er décembre 2021.

Les contributeurs et contributrices du Maitron qui souhaitent contribuer à cette enquête peuvent écrire à l’adresse dédiée : maitron.cheminots[at]gmail.com

Ma présentation se fera en deux temps :
1. Je ferai un bilan rapide de l’état actuel du dictionnaire cheminots
2. Puis je vous donnerai quelques informations sur l’enquête qui débute

Point sur le dictionnaire Cheminots
Vous le savez, en raison de leur importance dans l’histoire politique et syndicale de la France, les cheminots constituent l’un des corpus majeurs du Maitron. Aujourd’hui, on compte plus de 18 000 notices de cheminots dans le dictionnaire dont plus de la moitié ont été rédigées à l’occasion de recherches spécifiquement dédiées aux militants du chemin de fer.

En 2003 et 2007, deux recherches soutenues par le Comité central d’entreprise de la SNCF se sont déjà intéressées à leur histoire. Dirigées par Marie-Louise Georgen et couvrant la période 1827-1982, elles ont donné lieu à la publication du livre Cheminots et militants. Un siècle de syndicalisme ferroviaire (Editions de l’Atelier, 2003) et à la parution d’un cédérom Cheminots engagés. 9500 biographies en mémoire XIXe-XXe siècle (Editions de l’Atelier, 2007), qui recensaient près de 10 000 notices de militant-e-s cheminots.
Les autres notices ont été ajoutées au fil de l’eau.

L’ambition du chantier qui s’ouvre est de prolonger ces recherches.
L’idée n’est évidemment pas, en deux ans, d’ajouter des milliers de notices supplémentaires mais plutôt de lancer sur de bonnes bases un nouveau cycle de recherche (en partenariat avec les fédérations syndicales) qui pourra se prolonger sur plusieurs années.

1. Présentation du projet

Le projet s’organisera autours de trois grands objectifs :
A. Le premier consiste à élargir le corpus existant. Jusqu’ici limité à 1982, il est amené à inclure les militants actifs au cours de la période 1982-1996.
Le choix de cette période n’est pas anodin.

D’abord, il vise à prendre en considération à la fois les transformations des structures de la SNCF (loi LOTI, apparition du CCE, contrats d’Entreprise, etc.).
Ensuite, il entend considérer les évènements nationaux et locaux qui impactent la vie cheminote : tels l’arrivée au pouvoir des gouvernements socialistes ou les grands mouvements de grève de 1986 et 1995.

Enfin, il vise à prendre en compte la reconfiguration du paysage syndical à la fin des années 1990 (et notamment l’apparition de SUD rail). Il s’agira ainsi d’évaluer les effets de ces transformations sur les trajectoires militantes tant en termes de renouvellement générationnel, de recomposition des métiers que de modifications des formes de l’engagement. Le tout fournissant des éléments pour une histoire collective et générale du monde cheminot.

B. En parallèle de cet enrichissement du dictionnaire, le deuxième objectif consiste à mettre à jour le corpus existant soit en intégrant les militants oubliés lors des précédentes enquêtes, soit en effectuant une mise à jour des notices existantes. Un premier examen montre qu’une partie des acteurs de la période est déjà identifiée dans le Maitron soit au titre des précédentes enquêtes, soit du fait d’engagements politiques ou associatifs. Ainsi, pour la période 1979-1996, 42% des membres de la commission exécutive fédérale de la CGT et 70% des membres de la direction fédérale de la CFDT possèdent déjà une notice dans le dictionnaire. Toutefois une part importante de ces notices sont incomplètes ou lacunaires. Il s’agira donc de les compléter.

Donc pour celles et ceux qui travaillent sur des périodes antérieures à 1982, si vous obtenez des informations sur des militants cheminots, il ne faut pas hésiter à me contacter pour m’en informer. En particulier sur la période 1940-1982 qui est celle sur laquelle il y a le plus de chance de trouver des compléments.
L’idée est ainsi de combler les manques des précédentes enquêtes : en disposant d’une meilleure couverture du territoire national, d’une prise en compte de tous les acteurs et d’une vision plus fine des terrains d’engagement locaux.

C. Enfin, le troisième objectif consiste à valoriser les informations recueillies au cours de l’enquête à partir du site internet. Contrairement aux précédentes enquêtes, les nouvelles notices seront publiées intégralement en ligne.

Dans la continuité de ce qui a été dit hier soir, nous souhaiterions développer des supports multimédias (comme des statistiques, des cartes interactives, etc.) sur le modèle de que ce qui a été fait pour la Commune. L’idée serait de fournir de nouvelles façons d’entrer dans le Maitron Cheminots, en croisant plusieurs modes d’entrée : soit par le corpus Cheminots dans son ensemble, soit pour une période en particulier, soit pour un événement précis (les premiers membres du CCE, les grèves de 1986, de 1995, etc.).

Cela implique aussi de réaliser un gros travail de vérification de l’indexation des notices existantes : c’est-à-dire de s’assurer que tous les cheminots sont bien repérés comme tels, qu’on dispose de leur lieu d’engagement militant, de leur métier, leur ville, etc.

Balisage : pour vous donner une idée, aujourd’hui, sur les 18 000 notices du dictionnaire :
- 1 200 n’ont pas de balisage départemental
- 2 300 n’ont pas de balisage militant
- 4 000 n’ont pas de balisage de ville
Avec une partie qui est liée au dictionnaire des fusillés qu’il faut baliser.
Donc cette enquête sera aussi l’occasion de rendre plus opérant et plus précis l’usage des données du corpus cheminots afin de faciliter leur exploitation.

D. Par ailleurs, nous souhaiterions poursuivre la réalisation de « notices thématiques » qui pourraient être un complément intéressant aux notices biographiques.

Dans la précédente version du dictionnaire, il y en avait eu une vingtaine (sur les structures de la Fédération, les régimes de prévoyance ou de retraite des cheminots, les réseaux, etc.).

On pourrait réfléchir à en établir de nouvelles, par exemple : l’informatisation du travail, les restructurations de l’entreprise SNCF, l’histoire des facilités de circulation, les métiers du chemin de fer, etc.

2. Quelques éléments sur l’enquête

1. Sur les militants pris en considération
Nous avons fixé la borne d’âge à 1960 (c’est-à-dire les personnes ayant eu 60 ans en 2020). Ce choix est dicté par deux motifs. D’abord, il s’inscrit en cohérence avec les précédentes enquêtes qui concernaient majoritairement, pour les plus jeunes, des militants nés dans les années 1940. Ainsi, puisqu’on décale la période d’une vingtaine d’année, on fait de même sur les générations pris en compte. Ce qui nous permet de n’oublier personne. Ensuite, cette limite prend en compte le fait qu’à 60 ans , la vie militante est loin d’être terminée et il peut être judicieux d’attendre encore un peu avant de réaliser la notice.
Évidemment, ce principe ne s’applique pas aux notices de militants décédés qui pourront, eux, intégrer le dictionnaire peu importe leur année de naissance.

2. Sur les sources utilisées
Travailler sur une période si proche chronologiquement va nous permettre en multiplier les sources de l’enquête. Nous pourrons ainsi utiliser aussi bien des archives syndicales et politiques, que des questionnaires ou des témoignages oraux.
Le travail de collecte des données à déjà commencé puisque nous avons élaboré un questionnaire qui circule dans les réseaux des fédérations syndicales CGT (notamment au travers de l’IHS), CFDT, FGAAC, FO et Sud-Rail. Les contacts sont en cours pour la fédération UNSA-Ferroviaire (ex-FMC).

Pour celles et ceux qui souhaiteraient participer à l’enquête, je peux vous communiquer ce questionnaire avec plaisir (il suffit de m’écrire à l’adresse mail). L’objectif est de multiplier les points d’entrée (entre les réseaux des fédés syndicales et ceux du Maitron) afin que le maillage territorial soit le plus efficace possible et que nous puissions recueillir le plus de témoignages.

3. Sur le calendrier de publication
Concernant la publication des notices, elle se fera à l’occasion d’échéances déterminées au préalable. La première aura lieu cet été, soit avant les vacances, soit à la fin du mois d’aout selon notre avancée. Pour travailler plus sereinement, il me semble préférable de ne pas publier les notices au fil de l’eau. En effet, le risque est de créer une attente de la part des militants qui penseront qu’à l’instant où ils auront envoyé leur questionnaire, ils verront la notice paraître. Cela peut créer des incompréhensions voire de l’énervement sur les délais.

Par Nicolas Simonpoli

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