MARCHENOIR Joseph, Anselme, Étienne [Dictionnaire des anarchistes]

Par Gilles Morin

Né le 07 août 1896 à Orléans (Loiret) ; ajusteur à la SNCF ; syndicaliste ; anarchiste puis collaborationniste.

Titulaire du Certificat d’études primaires, ancien combattant, de la classe 1916, décoré de la Croix de guerre 1914-1918, Marchenoir a été ajusteur aux chemins de fer au dépôt des Batignolles pendant plus de 20 ans. Adhérent en 1919 du syndicat Paris-Est (Rive droite), affiliée ensuite à la Fédération unitaire des travailleurs des chemins de Fer, il a été révoqué à la suite de la grève de 1920. Réintégré le 26 août 1924, il a rempli dans les années vingt les fonctions de secrétaire adjoint de la section CGTU traction dirigée par Maurice Brétéché, au dépôt de Batignolles, et celle de délégué à la commission exécutive au conseil syndical et au conseil technique de l’Union-État.
Syndicaliste révolutionnaire, il a été en 1930 candidat à l’école des militants de l’Union des syndicats de la Région parisienne. En 1937, il était secrétaire du syndicat CGT des cheminots région rive-droite et délégué du personnel auprès de la direction. Durant toutes les années trente, ses appréciations de service le présentait comme un « très bon agent, adroit, travailleur ».
Marchenoir était membre d’une loge maçonnique depuis 1933. Durant l’Occupation, il subit en 1940 une perquisition qu’il attribuait à cette appartenance.
Abonné au Libertaire depuis plusieurs années en 1938, Marchenoir aurait été successivement anarchiste, membre de la CGTU puis de la CGT, sympathisant communiste et franc-maçon selon le responsable de la commission ministérielle d’épuration, Georges Richard. En 1939, il a dénoncé le Pacte germano-soviétique et a distribué le tract « Paix immédiate ». Affecté spécial en septembre 1939, après la dissolution du syndicat des cheminots fin 1939, il appartint à celui qui le remplaça et était membre du conseil syndical.
Il demeurait 70 rue du général Michel Bizot, Paris 12e, depuis 1938, venant de Charenton.
Avec l’Occupation, Marchenoir et son épouse changèrent totalement de position politique, il fit une « conversion » selon ses collègues et une active propagande en faveur des Allemands. Délégué auprès du directeur et secrétaire de la commission technique des ouvriers du dépôt, il adhéra au RNP (Rassemblement National Populaire) en juillet 1942 et fut militant du Front Social du Travail lié à ce parti. Il aurait été un grand admirateur de Marcel Déat et fait de la propagande en sa faveur dans son atelier. Il se serait servi de ses mandats syndicaux pour influencer des collègues et, selon certains témoignages, aurait fait régner une terreur dans le dépôt de Batignolles, menaçant d’interventions auprès des Allemands et même de mort des résistants. D’autres témoignages le présentent comme « honnête, intelligent, travailleur » et bon syndicaliste, même s’il lui arrivait de se laisser emporter dans les discussions, allant jusqu’à menacer ses camarades, et refusant de participer à une quête en faveur de cheminots d’Ascq. Un autre ajusteur, délégué d’arrondissement du syndicat, était probablement plus près de la vérité en disant qu’il avait sûrement peu de crédit auprès ses camarades mais qu’ils « devaient le supporter car étant donné ses conceptions, personne durant l’Occupation ne désirait s’en faire un ennemi ». Après un article de l’Oeuvre qui le citait présent lors d’une réunion du FST, ce qu’il nia par la suite, il fut mis en difficulté au sein de la CE du syndicat. Des responsables syndicaux exigèrent qu’il démissionne du FST. Ne l’ayant pas fait, il fut chassé du syndicat lors de la réunion de la commission exécutive le 19 janvier 1944.
Marchenoir quitta son emploi à la SNCF pour entrer dans la Milice le 24 juin 1944. Encaserné à la caserne Mortier et à Auteuil, il fut armé et possédait une arme à domicile. Marchenoir a prêté le serment des miliciens aux Invalides en juillet 1944 et défilé sur les Champs Elysées. Il monta la garde devant diverses casernes.
Arrêté le 19 novembre 1944 à Arpajon, il fit l’objet d’un mandat de dépôt du 27/12/1944 et fut détenu à Drancy et à Fresnes.
Accusé d’adhésion au Rassemblement national populaire et au Front social du travail et d’engagement dans la Milice française, il bénéficia d’une pétition de ses voisins.
Condamné par la 14e sous section de la Cour de Justice de la Seine le 7 septembre 1945 à 10 ans de prison, 1000 francs d’amende et à 20 ans de dégradation nationale. L’arrêt fut cassé le 18 septembre et il a été condamné de nouveau le 19 octobre 1945 à 5 ans de travaux forcés et à la dégradation nationale. par la 14e sous section de la Cour de Justice de la Seine
Par décret du Président du gouvernement provisoire en date du 30 août 1947 il bénéficia de la remise gracieuse du reste des travaux forcés et une limitation de la dégradation nationale à 10 ans.
Marié à Alice Camboutet (voir notice Marchenoir Alice), employée à la manufacture de tabac, 319, rue de Charenton et syndicaliste. Elle a été aussi membre du RNP. Ils n’eurent pas d’enfant.
Il était le beau-frère de Raoul Colin, secrétaire du groupe anarchiste d’Orléans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244681, notice MARCHENOIR Joseph, Anselme, Étienne [Dictionnaire des anarchistes] par Gilles Morin, version mise en ligne le 5 janvier 2022, dernière modification le 5 janvier 2022.

Par Gilles Morin

SOURCES :
Archives Nationales Z/6/83/1279. — Archives de la Préfecture de Police 1W1452/80566, 77W384/164597.

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