MASSIRE Yves

Par Andre Delestre

Né le 7 décembre 1942 à Bellencombre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; électromécanicien aux Fermetures Éclairs de Petit-Quevilly ; CGT ; secrétaire du CE et CCE ; UL CGT de Quevilly-Couronne ; ACO ; SPF

Son père fut menuisier dans l’entreprise familiale. Yves Massire était l’ainé d’une fratrie de trois garçons avec Jean-Marie et Denys. Il suivit l’école primaire puis le cycle de fin d’études jusqu’à quatorze ans, avant d’entrée en apprentissage au collège technique Marcel Sembat à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). En 1959, il obtint un Certificat d’études professionnelles d’électromécanicien. Cette formation nouvelle, très recherchée, lui permit immédiatement d’obtenir un emploi aux Fermetures Éclairs, usine de Petit-Quevilly (Seine-Maritime). Avec quatre de ses collègues, dont Michel Blondel, il occupa un poste polyvalent en électricité et en mécanique sur une chaîne de fabrication pour 9h15 de travail par jour, debout toute la journée et insuffisamment payé. Son salaire subissait un abattement de 10 % car il n’avait pas 18 ans.
L’entreprise avait une gestion très paternaliste, appréciée des femmes et des hommes employés. En 1936, une ancienne déléguée Mme Rassaert témoigna de la fermeture de l’usine par le patron lui-même afin de gérer et de contrôler la situation dans le grand mouvement de manifestations et de grèves.
En 1960, sollicité par les délégués du personnel Jean-Pierre Ponthieu et Louis Besnet, il adhéra à la CGT. Denise Champagne et son mari André furent à l’origine du syndicat qui venait de démarrer. Vu d’un mauvais œil, les militants étaient affectés aux travaux les plus exposés. Yves Massire souligna la détermination des délégués de la première heure. Très rapidement, il fut élu délégué du personnel, siégea au CHSCT puis au Comité d’entreprise et au Comité de groupe. Il en devint le secrétaire jusqu’en 1999 et sa mise en préretraite.
Face aux pressions constantes (blocage des promotions, contrôle des délégations…) de la direction vis-à-vis des délégués syndicaux, Yves Massire, revendiquait cette liberté essentielle du droit des travailleurs à être défendu dans l’entreprise. En cela, il soutint très activement en 1979/1980, la radio CGT 76, installée à Saint-Étienne-du-Rouvray, donnant la parole aux travailleurs. Et fut constant dans le compte-rendu de ses délégations au plus grand nombre.
Début des années 1960, par la mobilisation, les délégués CGT gagnèrent la réduction du temps de travail d’1/4 d’heure et payé ainsi que 4 heures payées la veille du départ en vacances, 3% d’augmentation des salaires. Le syndicat se renforça avec des nouveaux visages dont Didier Niel à qui il avait remis la carte CGT.
Lors du mouvement de mai 68, majoritairement, les salariés se mirent en grève et, dès le 17 mai, l’usine fut bloquée et occupée. Yves Massire y joua un rôle modérateur très important, malgré les tensions fortes entre grévistes et non-grévistes, dans la coordination des actions, la protection de l’outil de travail et l’animation des piquets de grève. Au delà des acquis nationaux, le syndicat CGT obtint une prime de vacances de 100 francs réactualisée chaque année. La gratification de fin d’année devint progressivement un 13e mois.
Le démarrage d’une section syndicale CFDT, avec Gérard Letailleur fut de courte durée. La direction encouragea la création de FO, à partir des non-grévistes. Le PDG étant anglais en 1968, la direction du groupe nomma un français afin d’améliorer la communication. Yves Massire s’engagea dans l’interprofessionnel à l’Union locale CGT de Quevilly-Couronne.
À partir de 1976, face à la concurrence d’YKK entreprise japonaise de fermetures à glissière et la concurrence à bas coûts, le groupe Fermetures Éclairs, devenu Éclair Prestil, s’engagea dans la diversification puis le déménagement de production avec des réorganisations, rachats-fusions… Le 7 janvier 1982, lors du Comité central d’entreprise où siégeait Yves Massire, l’administrateur annonça 950 licenciements sur les 2300 salariés du groupe, dont 500 à Petit-Quevilly, 300 à l’usine de Bernay (Eure) et 150 à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne).
La CGT, dans les prérogatives économiques du CCE, élabora un document « d’analyse et de propositions » afin d’engager des négociations avec le Comité interministériel et restructurations industrielles (CIRI). L’action syndicale, animée par Annick Perica secrétaire générale du syndicat CGT et Yves Massire, se développa afin de faire pression sur les actionnaires et les pouvoirs publics pour obtenir un plan de sauvegarde de l’entreprise. L’usine de Petit-Quevilly fut occupée 11 jours avec le soutien des structures CGT : Samuel Fillattre de l’Union locale de Quevilly- Couronne, Serge Laloyer et Bernard Isaac de l’Union départementale de Seine-Maritime, Jean-Jacques Eudes de l’Union syndicale des travailleurs de la métallurgie (USTM)
Henri Levillain, maire communiste de Petit-Quevilly et Tony Larue, maire socialiste de Grand-Quevilly apportèrent leur soutien. Par l’intermédiaire de René Youinou, Yves Massire établit des contacts étroits entre Laurent Fabius, ministre de l’économie et des finances du gouvernement Mauroy et le syndicat CGT.
Un plan de reprise fut établi et accepté, sous la contrainte, par les organisations syndicales car dos au mur. Yves Massire fut mandaté par la CGT pour le suivi du plan dit de « reprise ». Il eut le souci constant de préserver les intérêts des salariés comme l’aménagement des postes pour ceux transférés à l’usine de Decazeville au sein de la Société Aveyronnaise de la métallurgie (SAM) ou à l’usine de Bernay. Il fut amené à témoigner lors du licenciement abusif du directeur, Jacques Romagné. La direction de la SAM le destituait de son poste de directeur et le licencia ensuite. Il eut le souci de toujours informer les salariés par la tenue du journal syndical d’entreprise et les bulletins et tracts.
En juillet 1985, face à la dégradation économique et financière de l’entreprise, avec la CGT, l’alerte fut relancée auprès des pouvoirs publics. La mobilisation syndicale reprit. En 1988, le dépôt de bilan, décidé par le tribunal de commerce de Rouen, conduisit à des licenciements massifs, à des pertes de salaires importantes pour ceux qui restaient et le groupe fut dépecé, une partie de l’activité du site de Petit-Quevilly reprise par la SAM. La fonderie resta et devint SIGRE. Yves Massire fut mis en pré retraite à l’âge de 58 ans. Le site de Petit-Quevilly, après avoir employé jusqu’à 1700 salariés, ferma définitivement ses portes le 31 décembre 2005.
Il se maria avec Monique Décréau, auxiliaire puéricultrice aux Hôpitaux de Rouen puis animatrice à la crèche du personnel du Centre Hospitalier du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen. Elle était syndiquée à la CFDT. Le couple eut trois enfants en 1967, 1971 et 1974.
Dés 1966, le couple s’engagea dans l’Action catholique ouvrière (ACO) sur Grand-Quevilly avec Claudine Ségalen… partageant leur vie de militant syndical en responsabilité.
Il fut bénévole au Secours populaire à Bourgtheroulde (Eure) en charge de la logistique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244690, notice MASSIRE Yves par Andre Delestre, version mise en ligne le 15 janvier 2022, dernière modification le 16 janvier 2022.

Par Andre Delestre

SOURCES :Fil rouge, revue de l’IHS CGT de Seine-Maritime. — La Vie Ouvrière, No 33. — Entretien avec l’auteur — Archives familiales.

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