BALTET Stanislas [BALTET Claude, Stanislas.]

Né le 25 novembre 1832 à Troyes (Aube), mort le 12 juin 1918 à Saint-André-les-Vergers (Aube) ; menuisier à Troyes, puis industriel ; militant de l’AIT.

Républicain, membre de sociétés secrètes à tendance icarienne, puis l’un des principaux animateurs de l’AIT dans sa région. Élu républicain, devint de plus en plus modéré et à partir de 1885, n’appartint plus au mouvement ouvrier.

Il demeurait et exerçait son métier 77, rue du Bois à Troyes. On ne connaît pas bien son rôle sous le Second Empire, sauf qu’il appartint à des sociétés républicaines d’influence cabétistes, qualifiées de « sectes », comme « l’Icarienne » et la « Marie-Anne » (la Marianne, très certainement) et qu’il fut déporté. Il joua, après l’architecte Habert qui avait contribué dans les années quarante au développement du cabétisme en Touraine, le rôle essentiel dans l’organisation de l’Internationale à Troyes.

Moins instruit, mais plus actif que Habert, il imprima à la section troyenne de l’Internationale fondée au début de 1866 une impulsion vigoureuse. Le Propagateur de l’Aube du 21 juillet 1869 le présente ainsi : « Entrepreneur de menuiserie, il se contente de la moitié des bénéfices que lui procure sa maison et partage l’autre moitié au marc le franc entre les ouvriers ayant plus d’un an de travail. » Habert, qui fit publier cette note, engageait les patrons à procéder de même, cependant que la police estimait inquiétante cette façon de faire : « Stanislas Baltet intéresse ses ouvriers à son commerce et leur paie tous les mois des dividendes trop forts pour que la source en soit pure. »

Vers 1870, le nombre des membres de la section était évalué à 2 000 pour Troyes, dont 80 « adeptes fervents ». La section recrutait dans la classe ouvrière « pour les 4/5 au moins ». Bonnetiers, ouvriers en fer, tisseurs, menuisiers, cordonniers, tailleurs d’habits étaient parmi les plus nombreux. Mais on trouvait également « un très petit nombre d’hommes riches et souvent très instruits », et aussi, d’après le commissaire de police, auteur du rapport du 13 juillet 1871, « un certain nombre de déclassés qui avaient vainement essayé de former à Troyes des sociétés coopératives ». La section organisait des souscriptions, créait une bibliothèque de livres et écrits socialistes (chez Baltet), organisait la propagande révolutionnaire dans les campagnes. Le recrutement fut important au cours des années 1869-1870. Stanislas Baltet, Pierre Habert, Edmond Mocqueris, Saussier-Leroy, membres de la section, Deheurle et Émile Vaudé, dirigeants de la société coopérative de Troyes (le second, membre également, semble-t-il, de l’Internationale) furent à l’origine de la reparution, le 10 septembre 1868, du quotidien Le Propagateur de l’Aube dont la publication avait cessé au début de l’Empire.

Baltet figura sur une liste républicaine avec Doré, Saussier-Leroy et Vaudé aux élections municipales des 30 avril et 7 mai 1871. Il avait fait savoir par deux fois (28 avril et 5 mai) qu’il n’était pas candidat, mais fut cependant élu ainsi que Vaudé.

De 1871 à 1875, il s’efforça de reconstituer l’organisation sous le couvert de divers cercles légaux. Le principal fut le « Cercle populaire de la Ligue de l’enseignement » dont les statuts furent déposés le 26 septembre 1871, refusés, modifiés et finalement acceptés le 31 août 1872. Une liste des membres établie en juillet 1872 comprenait 314 noms parmi lesquels on pouvait relever ceux des internationaux Colson, Grammont fils, Magnon, Mocqueris, Saussier-Leroy, Surdel... Des causeries furent assurées par Cottet sur « la terre et ses phénomènes », Viardin sur « la respiration », toute discussion politique ou religieuse étant, selon les statuts, interdite.
Mais le préfet, qui surveillait avec soin les activités du Cercle, découvrit, en juin 1873, que le cercle servait de paravent à une organisation forte de 600 adhérents répartis en sections de 20 membres présidées par un syndic et dont l’activité avait consisté à intervenir dans les élections, à créer le journal L’Avenir républicain (septembre 1872) et, d’une façon générale à travailler à « l’établissement, dans un avenir plus ou moins éloigné, de la République démocratique et sociale ». Des poursuites furent aussitôt engagées et un procès se déroula les 16, 17 et 19 septembre 1873, au cours duquel furent jugés Stanislas et Ernest Baltet, Colson, Doré, Surdel, Vaudé et quelques autres. Ernest Baltet, Stanislas Baltet, Colson et Surdel, furent condamnés à 200 f. d’amende, Doré et Vaudé à 100 f., et le Cercle dissous. Le procureur de la République émit l’appréciation suivante au cours du procès : « À l’exception de deux honorables habitants de Troyes, MM. Vaudé et Doré, fourvoyés dans cette société, tous les prévenus professent les opinions les plus exaltées » (Gazette des Tribunaux, 21 septembre 1873).

Il semble que ces condamnations n’affectèrent guère l’organisation clandestine, et pendant deux ans divers essais se firent jour pour reconstituer un organisme légal. On relèvera par exemple la demande d’autorisation du 29 juillet 1874 pour l’ouverture d’une « chorale troyenne » chez Magnon, débitant de boissons, ou celle du 6 septembre 1874 pour la fondation d’une « société de musique » à Sainte-Savine (aucun des 18 solliciteurs — parmi eux, trois avaient appartenu à la société précédente et un quatrième, Gauthier, était fils d’un membre de la société Cabet existant à Troyes vers 1854 — ne connaissait une note de musique, selon le rapport rédigé à cette occasion par un inspecteur de police). Bref, le Cercle populaire continuait, semble-t-il, d’exister, toujours dirigé par Stanislas Baltet et ses amis anciens : Jules Doré, Dupont, Grammont fils, Magnon, ou nouveaux, et comptait, au dire de ses chefs, près de 2.000 membres.

Baltet, réélu conseiller municipal en novembre 1874, janvier 1878 et janvier 1881, fut quelque temps maire de Troyes (9 février 1881-27 janvier 1882). Élu député en 1881, sur une liste radicale, il démissionna de ses fonctions de maire. En 1885, il fut réélu avec 35.000 voix sur la liste modérée de Casimir Perier. Il cessa alors d’appartenir au mouvement ouvrier, et les radicaux eux-mêmes le lui reprochèrent (cf. Le Petit Troyen, 17 septembre 1885). Après 1889, il fut fonctionnaire de la Ville de Paris au service des octrois. Il mourut à Saint-André-les-Vergers, près de Troyes, le 12 juin 1918, et Le Petit Troyen du 14 juin, après avoir rappelé son attitude en 1885, affirmait en conclusion d’un court article : « Le nom de Stanislas Baltet sur lequel le parti ouvrier avait fondé des grandes espérances est à peu près oublié de la génération actuelle ».

On trouvera ci-dessous la liste des adhérents de la section troyenne de l’Internationale, telle que nous avons pu la reconstituer d’après les sources d’archives (rappelons toutefois que la section aurait compris, vers 1870, 2.000 adhérents dont 80 « adeptes fervents ») :
Ernest Baltet ?, Claude Baltet, Stanislas, Colson, Ambroise Cottet, Jules Doré, Dupont, Grammont fils, Grammont père, Pierre Habert, Magnon, Edmond Mocqueris, Noble, Renvoyé, Saussier-Leroy, Surdel, Adolphe Vannert, Émile Vaudé, Viardin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24473, notice BALTET Stanislas [BALTET Claude, Stanislas.] , version mise en ligne le 9 février 2009, dernière modification le 1er octobre 2018.

SOURCES : Arch. Dép. Aube : liasse M 898. Dossier du « Cercle populaire de Troyes ». — Le Propagateur de l’Aube, quotidien, Bibliothèque municipale de Troyes. — Gazette des Tribunaux, 20-21 septembre 1873.

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