DUTHUIT Georges

Par Anne Mathieu

Né le 4 juin 1891 à Paris, mort le 9 août 1973 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; critique d’art, journaliste, essayiste, conférencier, poète ; engagé en faveur de l’Espagne républicaine, compagnon de route du PCF.

Dernière page de "Ce soir", 9 juillet 1937. Georges Duthuit, de profil à droite, avec Léon Moussinac et André Chamson au Congrès International des Ecrivains pour les Défense de la Culture en Espagne

Les parents de Georges Duthuit moururent tous les deux de la tuberculose et il fut placé, à l’âge de douze ans, chez un oncle. Reçu à l’École des Beaux-Arts, il n’y fut apparemment pas assidu, et c’est ailleurs qu’il fit ses classes artistiques. Il rencontra l’historien britannique de l’art Matthew Stewart Prichard, dont il devint le disciple.
Incorporé dans l’armée en 1911, il y resta jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. C’est alors, au début des années 1920, qu’il commença à collaborer à diverses revues, dont les Les Lettres parisiennes ou L’Action d’art. Sa carrière de journaliste, en tant que critique d’art, commençait.

Il se maria le 10 novembre 1923 avec Marguerite Matisse, fille du peintre Henri Matisse (L’Intransigeant, 12 décembre 1923), qu’il avait rencontrée lors de ses permissions passées à Issy-les-Moulineaux. Ils eurent un fils.

En 1926, Georges Duthuit publia son ouvrage Byzance et l’art du XIIe siècle, qui le rangea rapidement parmi les meilleurs byzantinistes de la période. Il était alors proche des cercles d’avant-garde parisiens et londoniens : il fréquentait Max Jacob, Florent Fels, Jean Cocteau et les peintres de Montparnasse, ainsi que les milieux surréalistes.

Il collaborait au « Bulletin mensuel d’actualité artistique » Cahiers d’art dirigé par Christian Zervos, y livrant par exemple en 1929-1930 une étude remarquée sur le Fauvisme. Parallèlement, il publiait de temps à autres dans le Bulletin des Musées de France. À la fin de 1929, il se rendit à Barcelone pour visiter l’Exposition internationale, avec son confrère des Cahiers d’art Camille Mauclair, et Tristan Tzara (Comœdia, 7 novembre 1929).

L’année 1931 marqua une nouvelle étape dans sa vie professionnelle, puisqu’il devint attaché au département des objets d’art du Musée du Louvre. C’est ainsi qu’il fut secrétaire général de la première exposition d’art byzantin qui eut lieu courant 1931 au Musée des arts décoratifs, dans le Pavillon Marsan. Il dispensa dans ce lieu, fin juin 1931, une conférence sur l’art byzantin. Ces nouvelles responsabilités et sa notoriété dans le milieu artistique parisien lui valurent de figurer en avril 1932 dans la liste de la promotion des officiers d’académie.

Conférencier prolifique, il fit profiter également de ses lumières les croisiéristes d’un « voyage-anthologie » en Grèce, organisé en février 1933, « au bénéfice des maîtres et des élèves », par l’École du Louvre, les Musées nationaux et la Société des amis du Louvre (Jean Royer, Beaux-Arts, 10 février 1933). Il travailla d’ailleurs aussi pour les Guides Bleus en tant que directeur-artistique de deux séries de voyages-conférences en autocar en Espagne en septembre-octobre 1933, sous le patronage de la direction des Musées nationaux et de l’École du Louvre.

Son activité de critique d’art dans les revues se continuait parallèlement, et signalons qu’il collabora en mars 1934 à La Renaissance, à l’occasion de l’exposition d’art anglais de Londres. Il voyageait d’ailleurs fréquemment en Grande-Bretagne. Le 8 novembre 1935, il fut convié au déjeuner de l’ambassadeur français à Londres, en l’honneur de Jules Romains, alors président du Pen Club : parmi les convives figurait son confrère de Paris-Soir Jules Sauerwein (Le Figaro, 11 novembre 1935).

La reconnaissance institutionnelle dont bénéficiait Georges Duthuit s’illustra aussi dans sa participation au comité constitué en mars 1937 par Albert Sarraut, comité de cinquante personnes chargé d’élaborer une « liste des meilleurs peintres, sculpteurs, graveurs, dessinateurs, ornemanistes, ferronniers et céramistes » dans l’optique d’organiser l’exposition d’art moderne de 1937 au Petit Palais, intitulée « L’Art vivant 1895-1925 » (Louis Vauxcelles, Le Monde illustré, 3 avril 1937).

En avril 1937, il collabora à la revue de Georges Pillement, Visages du Monde à l’occasion d’un numéro entièrement consacré à l’art catalan (Ce soir, 24 avril 1937).

C’est à cette période qu’on le retrouve parmi les compagnons de route du Parti communiste. Il fit en effet partie de la délégation française au deuxième Congrès des intellectuels pour la défense de la culture, en juillet 1937. Il participa aux trois sessions espagnoles, à Barcelone, Madrid et Valence. Il arriva sur le sol espagnol très probablement en compagnie de Georges Pillement.

Il participa ensuite au collège de Sociologie de Georges Bataille.

Il fut surpris par la guerre alors qu’il faisait une tournée de conférences aux États-Unis et passa six ans à New York. Ces années lui inspirèrent son roman Une Fête en Cimmérie, illustré par Henri Matisse.

Il fut l’un des « speakers » de la radio La Voix de l’Amérique, aux côtés d’André Breton ou de Claude Lévi-Strauss.

Pour la revue Fontaine de Max-Pol Fouchet, il traduisit en 1943 et 1945 l’écrivain américain John Steinbeck. Il collabora au journal d’Henry Torrès France-Amérique. Délégué par France Forever à l’inauguration de l’exposition « Peintures Françaises du XIXe siècle », il tint une conférence, le 18 janvier 1944, intitulée « Indépendance et Vitalité de l’École de Peintures Françaises » au Virginia Museum of Fine Arts de Richmond. Le 24 septembre 1944, l’éditorial de Henry Torrès annonçait la constitution, à New-York, d’un « Comité des Lettres de France-Amérique ». Georges Duthuit y était mentionné comme « homme de lettres ». Dans le numéro du 4 mars 1945 de cette revue, il publia un poème, illustré par un dessin d’André Masson. La même année, ce dernier illustra son ouvrage Le Serpent dans la galère. En 1946, il publia dans le « journal mensuel des lettres et des arts », Labyrinthe, dirigé par Albert Skira.

De 1948 à 1950, il assuma les fonctions de directeur de la revue mensuelle anglo-française Transition, dont l’objectif était de faire connaître des écrivains d’avant-garde au public anglo-saxon. Il y accueillit notamment René Char ou Samuel Beckett, se liant avec ce dernier.

En 1956, parut son essai Le Musée inimaginable, consacré aux ouvrages sur l’art d’André Malraux. Celui-ci bénéficia d’une ample recension dans la presse, attestant une nouvelle fois de l’importance de Georges Duthuit comme critique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244731, notice DUTHUIT Georges par Anne Mathieu, version mise en ligne le 10 janvier 2022, dernière modification le 12 janvier 2022.

Par Anne Mathieu

Dernière page de "Ce soir", 9 juillet 1937. Georges Duthuit, de profil à droite, avec Léon Moussinac et André Chamson au Congrès International des Ecrivains pour les Défense de la Culture en Espagne

ŒUVRE CHOISIE : Essais : Le Rose et le noir – De Walter Pater à Oscar Wilde, La Renaissance du livre, 1923. — Byzance et l’art du XIIe siècle, Stock, 1926. — La sculpture copte, les éditions Van Oest, 1932. — L’Art byzantin – Cent planches reproduisant un grand nombre de pièces choisies parmi les plus représentatives des diverses tendances, éditions A. Lévy, 1933 [en collaboration avec Wolfgang Fritz Volbach]. — Mystique chinoise et peinture moderne, Chroniques du jour, 1936. — Le Serpent dans la galère, New York, C. Valentin, 1945, avec des illustrations d’André Masson]. — Le Musée inimaginable, J. Corti, 1956. — Matisse, période fauve, F. Hazan, 1956. — Tal-coat, Maeght, 1956 [en collaboration avec Georges Limbour]. — L’Image et l’instant, J. Corti, 1961. — Roman : Une fête en Cimmérie, Tériade, 1963, avec des lithographies d’Henri Matisse.

SOURCES : Anne Mathieu, Nous n’oublierons pas les poings levés – Reporters, éditorialistes et commentateurs antifascistes pendant la guerre d’Espagne, Paris, Syllepse, 2021. — Henri Gourdin, « L’artiste dans sa lignée », Le Divan familial, vol. 47, no. 2, 2021, pp. 121-132. — Jérôme Duwa, « Les Cahiers du Musée national d’art moderne : Georges Duthuit », ENT’REVUES, « Au fil des livraisons », 26 avril 2016. — Emmanuelle Loyer, « La "Voix de l’Amérique". Un outil de la propagande radiophonique américaine aux mains d’intellectuels français », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no. 4, 2002, pp. 79-97. — Lee Sorensen, « Duthuit, Georges », Dictionary of Art Historians, en ligne. — DATABNF. — Site Généanet. — Journaux et articles de presse cités dans la notice.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément