TZWANGUE Max, Isaac, dit Nippert Jean Pierre, Alain

Par Robert Kosmann

Né le 24 août 1925 à Paris (XIIe arr.), mort en novembre 2021 à L’Haÿ-les Roses (Seine, Val de Marne) ; tailleur sur étoffe puis cadre et directeur de sociétés ; membre de l’Union de la Jeunesse Juive (UJJ) à Lyon en 1942 ; membre des FTP-MOI (1943-1945) ; membre du PCF (1943-1959) ; syndiqué CGT (1952-1956) et secrétaire du syndicat de la confection masculine CGT de la région parisienne (1954-1956).

Max Tzwangue, était issu d’une famille de tailleur comme son père Maurice (Moïse), et sa mère Simone (Sima ou Syma) née Lesnik. La famille d’origine juive russe et polonaise émigra en raison des pogroms et de l’antisémitisme répandu dans ces pays. Ils s’installèrent au début des années 1920 rue de Ménilmontant à Paris où Max naquit le 25 août 1925. Ayant été reconnu à la naissance il obtint la naturalisation française en 1927. Ses parents étaient de sensibilité communiste, ils appartenaient aux organisations de jeunesse juive « Yask » (Yiddisher Arbeter Sport Klub) et « Aik » (Arbeter Yugend Klub) et lisaient le journal progressiste Naïe Presse , ils se séparèrent une première fois quand il eut l’âge de six ans. Il vécut avec sa mère et fréquenta l’école primaire de la rue Chevreau. Il allait au patronage communiste de la Bellevilloise.
Lors de la seconde séparation de ses parents, en 1936, Max Tzwangue suivit les colonies de vacances FSGT, il fit partie des pionniers, fut laissé à la garde de son père qui le mit en pension dans une ferme à Villeparisis (Seine et Marne) où il continua d’aller à l’école. Son père se déplaça à Lens (Pas-de-Calais). Max Tzwangue obtint son certificat d’études primaires en 1938.
À la déclaration de guerre de 1939, il partit avec sa mère à Clermont-Ferrand (Puy-de- Dôme) où il travailla comme garçon de courses chez un tailleur auvergnat. Il apprit en même temps le métier de tailleur. Dans son temps libre il découvrit Beethoven, Mozart et passa du temps à la bibliothèque de la ville où il se forgea une culture d’autodidacte. La famille parlant essentiellement le yiddish, pro communiste, mais en raison de la langue, non militante, hébergeait un militant italien Gino Morellato qui fabriquait des faux papiers. On y imprimait aussi les premiers tracts que Max Tzwangue distribuait de nuit dans les boîtes aux lettres.
En 1942, apprenant les rafles parisiennes du 16 juillet contre les juifs, et la mise en place de la même procédure à Clermont-Ferrand, la famille, elle-même bientôt concernée, s’échappa en se réfugiant en Dordogne. La décision fut prise avec un ami responsable de la résistance juive d’envoyer le jeune Max Tzwangue à Lyon, à l’UJJ (l’Union des Jeunesses Juives) mouvement illégal de la résistance juive.
À Lyon, il possédait une fausse carte d’identité au nom de Jean Pierre Nippert fabriquée par Gino, le militant italien. Il commença alors la distribution de tracts à la sortie des usines et le collage d’affichettes, dans le cadre du travail clandestin entre janvier et mars 1943. Il s’intégra, en mars, à l’organisation des FTP-MOI (Francs Tireurs et Partisans, Main d’Œuvre Immigrée) présente en zone non occupée par l’armée allemande notamment à Grenoble, Saint Etienne, Toulouse, Nice... Il y prit le pseudonyme d’Alain et fit partie de la zone sud de Lyon appelée Carmagnole. L’action consistait à détruire des transformateurs pour arrêter l’électricité d’usines travaillant pour l’Allemagne et à attaquer les garages où étaient entreposés des véhicules allemands. Les militants devaient trouver des armes par eux-mêmes et touchaient une solde modeste pour subsister dans la clandestinité. Il fut muté au « maquis de la Croix du Ban » en juin 1943 près de Die dans la Drôme. Ce fut le premier camp de la MOI, « le maquis du Ban ». Le maquis s’attachait à faire dérailler les trains entre Grenoble et Marseille. Max Tzwangue y fut agent de liaison entre le maquis et les responsables de la MOI à Grenoble du groupe « Liberté ».
À l’automne 1943, il retourna à Lyon où l’un de ses camarades Simon Fryd fut arrêté lors de l’attaque d’un centre de distribution de tickets d’alimentation. Ce dernier fut guillotiné le 4 décembre 1943 à la prison Saint-Paul (Lyon). Simon Fryd avait remplacé Max Tzwangue lors de cette opération. La police allemande enquêta, découvrit la planque dans laquelle Max Tzwangue avait caché ses véritables papiers. Max Tzwangue fut alors condamné à mort par contumace. C’est le procureur vichyste Faure-Pinguely qui avait condamné à mort Simon Fryd. « La règle, c’était lorsqu’un des nôtres était exécuté, on se devait d’assassiner son bourreau en représailles ». L’ordre vint du commandement militaire clandestin ; le 12 décembre un commando de quatre résistants abattit le procureur dans son bureau. Max Tzwangue qui faisait partie du commando portait un uniforme récupéré sur l’armée allemande.
Suite à sa condamnation, pour sa sécurité, il fut muté fin novembre 1943 à la MOI de Grenoble dans le groupe « Liberté ». Il participa à la destruction d’un garage allemand ainsi qu’à des attaques de miliciens de Darlan, le chef de la milice du gouvernement Pétain. Max Tzwangue fut envoyé ensuite à Vienne (Isère), à Saint Étienne pour récupérer des explosifs auprès des mineurs, et à Bergerac (Dordogne). C’est là qu’il apprit, en janvier 1944, l’arrestation et l’exécution du groupe MOI parisien de « l’Affiche rouge » dirigé par Missak Manouchian.
Le 24 juin 1944 après le débarquement allié, les FTP-MOI participèrent, avec les américains, à la libération de la ville de Lyon. Rapidement, les résistants gaullistes donnèrent l’ordre de dissoudre les unités combattantes. Max Tzwangue, en désaccord, apprit l’existence d’une unité de FTPF (Francs-Tireurs Partisans de France), il les rejoignit, fut envoyé dans le maquis du Périgord pour recevoir une formation de cadres clandestins. Le groupe participa à la libération de la ville de Périgueux le 24 août 1944, « jour de mon anniversaire ! ».
Il fut nommé sous-lieutenant, affecté à l’Etat Major de Périgueux et chargé du rétablissement de l’ordre public et de l’arrestation des collaborateurs. À l’automne 1944, il se trouvait à Bordeaux puis participa au siège de La Rochelle (Charente Maritime). Fin 1945 sa compagnie fut dissoute, et Max Tzwangue fut affecté à un bataillon de chasseurs alpins en occupation à Lindau en Allemagne.
Au bout de deux mois, on le mit devant l’alternative d’un engagement pour la guerre d’Indochine ou la démobilisation. Sans hésitation il opta pour la démobilisation : « J’ai fini ma guerre avec la défaite des Allemands et des nazis, je n’ai rien à faire en Indochine ».
Il retrouva son père à Montélimar dans la Drôme, ce dernier avait également été engagé comme maquisard ce qui lui avait permis d’obtenir la nationalité française. Max Tzwangue rentra ensuite à Paris, où après une courte période d’inactivité, il put se faire embaucher comme ouvrier-tailleur chez un patron arménien de la rue de Rome.
La vie civile fut pour lui un réapprentissage où manquait la solidarité des résistants. Il retrouva des anciens camarades de l’UJJ, ils formèrent ensemble une petite troupe de théâtre nommée « Espoir » et montèrent un spectacle à partir de l’ouvrage de Maxime Gorki « La mère ». Pendant les grèves ouvrières de 1947 ils allèrent dans les usines réciter des poèmes et jouer des scénettes devant les grévistes.
Sur le plan syndical Max Tzwangue s’engagea à la CGT en 1952, à la Bourse du travail de Paris, il devint permanent du syndicat de la confection masculine de la région parisienne en 1954. En 1956, à la lecture du rapport Khrouchtchev, il se sentit « perplexe et désemparé ». Il quitta ses responsabilités syndicales. Il démissionna du PCF en 1959, auquel il avait adhéré en 1943.
Après une immobilisation pour une cure en sanatorium en raison de la tuberculose (1961-1962) il se fit embaucher, grâce à un ancien camarade de résistance, militant syndical chez Dassault, pour travailler au Comité central d’Entreprise à la Direction technique des avions Marcel Dassault à Suresnes en septembre 1962, dont il démissionna en décembre 1964.
Une vie de pérégrinations s’en suivit : on lui proposa la direction d’une école de formation dans une usine de vêtements masculins à Cherbourg (Manche) il y demeura jusqu’à l’année 1965 où il devint directeur d’une usine de fabrication dans la confection à Mulhouse. On lui proposa ensuite une place comme directeur à la manufacture de vêtements Weil-Kingbourg-Bernheim à Elbeuf (Seine Maritime) de 1966 à 1968. En mai 1968, toujours directeur il parvint à dialoguer avec les ouvrières qui envahirent son bureau et finalement obtinrent une forte augmentation de salaires grâce à leur grève avec occupation et aux accords nationaux Matignon. En 1973, il dirigea une usine de vêtements Daniel Hechter de 700 personnes à Toulouse (Haute Garonne), puis contacté par le patron Maurice Biderman il prit la direction de l’usine Prouvost-Crépy à Hénin-Beaumont (Pas de Calais) de la fin 1973 à la fin de l’année 1977.
Ses relations avec les fournisseurs lui permirent de voyager dans les pays de l’Est de l’Europe comme conseiller en confection. A partir de 1978, il travailla successivement en Tchécoslovaquie à Prague, en Roumanie à Sibiu, en Hongrie, en Bulgarie et en dehors des pays de l’Est en Grèce jusqu’à sa retraite prise à 60 ans en 1985.
Sur le plan familial, Max Tzwangue fut marié en octobre 1950 avec Maria Félicia Nagy, surnommée Lili qui était couturière dans le même atelier que lui. Ils eurent un premier enfant Didier en 1954, puis un second en 1957 Marc Tzwangue qui devint militant syndical et politique. Ils se séparèrent en 1973. Il vécut ensuite à partir de 1983 avec Marie Claude Pitou infirmière qu’il avait connu à la manufacture d’Elbeuf.
Sur un plan culturel Max Tzwangue, qui avait commencé le théâtre après la guerre, reprit des activités à la retraite. De 1987 à 1992 il joua dans plusieurs pièces au sein de la compagnie du « Théâtre inachevé ». À partir de 1997 « il passa des planches à l’écran », le réalisateur Emmanuel Finkiel cherchait un acteur juif pratiquant le yiddish pour mettre à l’écran son roman « Voyages » qui concernait les camps d’extermination. Max Tzwangue fut engagé. Il participa à d’autres films plus légers comme « Dieu est grand, je suis toute petite » de Pascale Bailly, « L’art délicat de la séduction » de Richard Berry, « La guerre à Paris » de Yolande Zauberman et « Mariage mixte » d’Alexandre Arcady.
En 2017, Max Tzwangue avait fait enregistrer ses mémoires qui furent ensuite publiées par son fils. Il avait été titulaire de la Légion d’honneur. Jusqu’à son décès il avait fait partie d’une loge maçonnique et était membre du Parti Socialiste de Bourg-la-Reine. Il avait été aussi bénévole au Musée national de la résistance à Champigny.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244762, notice TZWANGUE Max, Isaac, dit Nippert Jean Pierre, Alain par Robert Kosmann, version mise en ligne le 9 janvier 2022, dernière modification le 9 janvier 2022.

Par Robert Kosmann

ŒUVRES : Tzwangue Max, C’est ainsi que fut ma vie, juif de Ménilmontant, Résistant FTP-MOI à 17 ans, Ed. Syllepse, 2021. — Tzwangue Max , Max Tzwangue FTP-MOI Mémoires d’un résistant puis d’un militant pour un idéal de justice, mémoires enregistrées en 2017, publiées par Amazon, 2019.

SOURCES : Brochure de l’Amicale des Anciens Francs Tireurs et Partisans de la MOI, Région Rhône-Alpes : Carmagnole Liberté, Bagneux, 80 p.,1994. — Entretien avec son fils Marc Tzwangue en décembre 2021.--- Wieviorka Annette : Carmagnole et Liberté. Lyon et Grenoble 1943-1944 dans Ils étaient juifs, résistants, communistes, Perrin, 2018.

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