NORDMANN Philippe, James

Par Alain Dalançon

Né le 3 décembre 1914 à Paris (VIIIe arr.), mort le 1er mai 1945 en déportation à Bergen-Belsen (Allemagne) ; professeur agrégé de grammaire ; résistant.

Philippe Nordmann était le fils cadet d’Emmanuel Nordmann, fondé de pouvoir de banque, et d’Athénaïse Nattan, sans profession. Son père qui avait eu une belle situation dans une banque russe, mise en déconfiture en 1917, dut accepter un petit emploi dans une autre banque, entraînant une baisse du train de vie familial. Après un passage à Cannes où il avait trouvé du travail, la famille revint à Paris. Philippe Nordmann y effectua ses études secondaires et supérieures.

Reçu troisième à l’agrégation de grammaire en 1936, il fut nommé professeur au lycée Faidherbe de Lille (Nord) où il accueillit ses parents. Le 18 septembre 1937, son père décéda à Lille, sa mère revint alors auprès de sa sœur ainée Marie-Elisa, installée à Paris avec son fils. Quant à lui, il épousa le 18 décembre 1937 à Amiens, Paule Dazin, étudiante en anglais, militante communiste et pacifiste, avec laquelle il eut trois enfants : Anne, Lucien et Françoise.

Au début de la guerre, Philippe Nordmann fut affecté comme sous-lieutenant sur la ligne Maginot, après un stage à l’école des élèves officiers de réserve (EOR) de Poitiers. Blessé à Sedan le 10 mai 1940, il fut évacué vers Toulouse.

À la rentrée 1940, il fut nommé au lycée Condorcet à Paris. Dans la capitale, avec sa femme, exclue de l’enseignement parce que communiste, et sa sœur Marie-Elisa, il participa à la rédaction et à la diffusion de L’Université libre en liaison avec Jacques Solomon. En août 1942, il recueillit son neveu, fils de sa sœur ainée, résistante, arrêtée au mois de mai précédent, qui était gardé par sa mère, elle aussi arrêtée en août 1942 comme « otage civil ». Toutes deux furent déportées.

Philippe Nordmann fut nommé à la rentrée 1942 au lycée Dupuy-de-Lôme à Lorient, Puis il passa l’année suivante au lycée de Rennes et entra dans la clandestinité. Il s’était engagé dans la Résistance bretonne avec son épouse dans le Morbihan et les Côtes-du-Nord (selon Charlotte Delbo), dans le Front national et fut un des organisateurs des FTP-FFI, responsable subdivisionnaire des quatre départements bretons, sous le pseudonyme de Leduc.

Il fut arrêté par la Milice à Rennes le 25 mai 1944, lors d’un rendez-vous avec un membre de l’Armée secrète. Écroué à la prison Jacques Cartier, il fut transféré le 28 juin à Royallieu-Compiègne, puis déporté au camp de Neuengamme (matricule 39520), dans l’avant-dernier convoi parti de la gare de Compiègne. Il mourut du typhus à Bergen-Belsen le 1er mai 1945, quinze jours après la libération du camp par les Anglais. Il fut homologué DIR (déportés et internés de la Résistance) et FFI (forces françaises de l’intérieur).

Sa famille fut durement éprouvée par le nazisme puisque sa mère fut gazée à Auschwitz le 20 septembre 1942 comme juive, et sa sœur Marie-Élisa Nordmann, plus tard épouse Cohen, fut déportée ; mais celle -ci revint des camps et fut une figure de la Résistance après-guerre comme son épouse Paule Nordmann.

Un pavillon du lycée Puy-de-Lôme porta son nom dès 1945. Le 13 avril 1953, le conseil municipal de Rennes donna son nom à une rue de la ville, comme il le fit pour un autre professeur du lycée, résistant de Libération-Nord, mort au retour de sa déportation, Edmond Lailler. Ces dénominations résultaient d’un débat difficile sur le choix du nom du lycée de Rennes, entre ces deux professeurs résistants d’orientation différente, lycée qui s’appela finalement, dix ans après, lycée Chateaubriand.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244792, notice NORDMANN Philippe, James par Alain Dalançon, version mise en ligne le 10 janvier 2022, dernière modification le 10 janvier 2022.

Par Alain Dalançon

SOURCES : SHD Vincennes, GR 16 P 447050. — JO, 3 juillet 1955 (mort en déportation sur le registre de l’état civil). — Site Mémoire de guerre. — Notices Maitron de sa sœur Marie-Elisa et son épouse Paule. — Luc Capdevila, Les Bretons au lendemain de l’Occupation. Imaginaire et comportement d’une sortie de guerre. 1944-1945, Presses universitaires de Rennes, 1999. — État civil de Paris.

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