PILLEMENT Georges, Achille, Lucien

Par Anne Mathieu

Né le 23 mars 1898 à Mayet (Sarthe), mort le 14 avril 1984 à Paris (VIIe arr.) ; employé, traducteur de l’espagnol (Espagne et Amérique latine), journaliste, critique, photoreporter, écrivain, poète, auteur de guides touristiques ; membre de l’AEAR, du CVIA ; engagé en faveur de l’Espagne républicaine ; compagnon de route du Parti communiste ; membre de la société gestionnaire des Lettres françaises dans les années 1940

15 janvier 1937.
Coll. Anne Mathieu

Fils de François, Arthur Pillement, employé des chemins de fer, et de Lucie, Jeanne, Georgette, née Valentin, sans profession sur l’acte de naissance, Georges Pillement était décrit comme employé par les registres matricules militaires lors de sa mobilisation, en mai 1917. Il fut placé dans les services auxiliaires en service suivant, puis dans le 1er régiment du Génie en octobre 1919, avant d’être renvoyé dans ses foyers fin mai 1920.

Georges Pillement avait fait des études à l’Ecole commerciale de la rue Trudaine, de 1913 à 1916. C’est là qu’il rencontra et qu’il se lia avec André Wurmser, lequel lui présenta Jean Cassou. Son premier emploi fut commercial chez Latham, une société d’import-export.

En 1917, Georges Pillement, Jean Cassou et André Wurmser avaient fondé une « revue littéraire, artistique et théâtrale », Le Scarabée, dirigée par Etienne Marie et Jean Cassou. Pillement y avait publié des poèmes.

Avaient succédé à cette revue, le 1er juin 1918, Les Lettres parisiennes, dont l’administration et la rédaction étaient à l’adresse de Georges Pillement et dont le gérant était Henri Puig. Début 1920, Georges Pillement et Maurice Martin du Gard y étaient indiqués comme directeurs littéraires, Henry Ramey comme directeur artistique. Pillement y publiait des poèmes et des textes de fiction. Il y signa aussi des critiques dans la rubrique « Les Livres », et y tint de façon ponctuelle la rubrique « Les revues ». Il y traduisit, aussi de l’espagnol (n° 2).

Les contributions à ses numéros attestent de l’éclosion de réseaux de sociabilité intellectuelle entre différents auteurs que l’on retrouve pour certains dans l’itinéraire postérieur de Pillement. Les Lettres parisiennes accueillirent en effet de façon récurrente les signatures de Jean Cassou et de Luc Durtain, celles, aussi, par exemple, de René Arcos ou d’André Wurmser ; elles publièrent des illustrations de Jean Lurçat ou Paul Signac, des bois de Henry Ramey ou de Jean Lafitte. Cette appétence pour la forme artistique se manifesta aussi, outre par la place donnée aux illustrateurs, par le supplément élaboré pour son n° 9, le dernier (avril 1920), un supplément au Salon des Indépendants (où figurait un article de Georges Duthuit). Ses numéros montrent, aussi, le rayonnement de Georges Pillement, auquel des collaborateurs dédicaçaient leurs textes (Louis Emié, Fernand de Lisle, Raphael Maurice).

Des éditions des Lettres parisiennes furent créées, et leur ouvrage inaugural en 1919 fut une fable de Jean Cassou et Georges Pillement, Le soleil enchaîné ou la dame aux champignons, laquelle avait été jouée le 28 juin 1919 au Théâtre du Vieux-Colombier. On retrouve les deux intellectuels dans l’aventure de la fondation du Théâtre de la licorne (nommé aussi parfois « de l’audition »), associés à Jane Hugard. Le but de ce théâtre était de présenter « à un public de directeurs de théâtres et d’amis du théâtre, des pièces uniquement signées de jeunes auteurs et pour la décoration desquelles il sera fait appel à de jeunes peintres modernes » (Revue moderne des arts et de la vie, 30 décembre 1921). Cette aventure confirme une proximité prégnante avec Jean Cassou, dont les origines espagnoles et la passion pour l’art et la littérature devaient entrer en résonance chez le traducteur de l’espagnol en herbe et le jeune poète qu’était Georges Pillement.

En ce début des années Vingt, celui-ci possédait déjà une forte présence dans divers périodiques. Il publiait des poèmes ou d’autres textes notamment dans Les Cahiers idéalistes, dans Paris-Midi ; dans La revue européenne, dirigée par Edmond Jaloux et dans le comité de rédaction de laquelle figurait son compère Jean Cassou.

Il se maria le 18 mai 1922 avec Simonne, Louise Cochon (dite S. Cée) à Paris (Ve arr.) (L’Intransigeant, 18 mai 1922). Jean Cassou fut son témoin.

C’est au milieu des années Vingt qu’il semble être devenu journaliste, officiant aussi bien comme traducteur de l’espagnol (Espagne et Amérique latine) que comme critique littéraire. En 1924-1925, il tint la rubrique des livres dans l’organe mensuel du « Bureau permanent de la presse latine d’Europe et d’Amérique », La Vie latine.

Le 1er janvier 1924 parut dans Philosophies, dirigé par Pierre Morhange, un hommage à Miguel de Unamuno contraint à l’exil : il fit partie des nombreux signataires, parmi lesquels on relève les noms d’Henri Barbusse, Jean Cassou ou Charles Vildrac.

En 1925, il tint une chronique « Paris vu de » dans la rubrique littéraire et artistique du journal Le Siècle, dans laquelle le lecteur prenait le pouls de Paris vu de Madrid ou de Buenos Aires.

Parallèlement, il s’occupait de la traduction d’ouvrages espagnols ou d’Amérique latine chez différents éditeurs, ce qui constitua très certainement une autre source de revenus à la régularité appréciable. Il traduisit par exemple Pío Baroja pour les éditions Excelsior en 1926, ou Azorín pour les éditions Rieder (collection « Les Prosateurs étrangers modernes ») en 1929. Parfois, ses traductions étaient précédées d’un avant-propos ou d’une préface de sa main, contribution introductive supplémentaire qui accentua son rôle d’introducteur de la littérature de langue espagnole dans le paysage intellectuel français.

En 1926-1930, il publiait dans le Chanteclerc artistique et littéraire, et il y relata en juillet 1927 sa rencontre en Espagne avec des poètes et écrivains, dont José Ortega y Gasset, Ramón Gomez de la Serna et Guillermo de Torre. En 1927, Les Cahiers du Sud l’interviewèrent pour leur enquête portant sur littérature et traduction, conduite par Marcel Brion et Marcel Sauvage. Il y était notamment présenté comme rédacteur à L’Amérique latine. À partir de l’année suivante, et jusqu’à environ le milieu des années Trente, il collabora aux Cahiers du Sud par des poèmes, des traductions et des critiques littéraires. Au début de l’été 1927, il participa au Ve Congrès de la presse latine qui se tint à Madrid, et dont il rendit compte dans Paris-Soir le 16 juillet 1927. Puis, début 1928, il fit partie des quatre-vingt-dix journalistes des vingt-six nations latines délégués à Bucarest pour y tenir le sixième Congrès de la Presse Latine. Il assista également à son huitième congrès, en 1929, qui se tint sur les bords de Loire et dont il entretint les lecteurs de Comoedia dans le numéro du 25 septembre, ainsi que de La Revue française politique et littéraire environ un mois après. Il reprenait ainsi une collaboration plus active à l’hebdomadaire Comoedia, qui l’avait accueilli pour quelques articles au début de la décennie. Quant à La Revue française politique et littéraire, il la fit profiter de sa connaissance de la littérature espagnole et d’Amérique latine, à partir de début 1926, en y livrant des études sur l’une ou l’autre, ou en y traduisant des écrivains et des poètes. À la fin de cette année-là, la revue lança un concours de nouvelles au jury duquel il figurait, André Bellessort en étant le président. Sortant des sujets où il était attendu et dont il était vanté comme un spécialiste incontournable, Georges Pillement y publia en mai 1928 un article où il préconisait de transformer en musées les vieux hôtels du Marais, préfigurant ce qui fut une de ses grandes préoccupations : la sauvegarde du patrimoine.

À la fin de 1929, il se rendit de nouveau en Espagne et en l’occurrence à Barcelone, pour l’Exposition internationale, ainsi qu’à Séville, pour l’Exposition ibéro-américaine, et en entretint les lecteurs dans le Chanteclerc artistique et littéraire et dans La Revue française politique et littéraire. En cette année 1929 fut publié son roman Jaune et rouge, qui se déroulait en Espagne et dont un extrait parut dans l’hebdomadaire radical La Voix le 12 janvier 1930.

Ses traductions d’ouvrages en volume se poursuivaient, et, en 1930, l’éditeur André Guilmain publia grâce à lui À l’Aventure de Pío Baroja. Dans le n° du 15 juin 1930 de la revue Europe, il fut remercié par Philippe Soupault pour les documents qu’il lui avait prêtés pour mener à bien son article sur Pío Baroja. Il collabora par la suite épisodiquement à cette revue pour des traductions. Fin 1930, il participa au IXe Congrès de la presse latine, qui eut lieu en Grèce, puis, fin 1931, au suivant qui se tint en Égypte, les relatant dans La Revue française politique et littéraire (respectivement les 18 janvier 1931 et 14 février 1932).

L’intérêt qu’on avait vu éclore antérieurement pour l’art et le patrimoine fut entériné par différentes collaborations et initiatives. En 1930, il collabora à la revue Art et décoration, éditée par les Beaux-Arts. En janvier 1933, Georges Pillement se lança dans une aventure de revuiste, qui fut celle-ci durable, avec la création de Visages du monde dont il était le rédacteur en chef ainsi que le gérant. Ange-Denis Ronchèse, chef de laboratoire à l’hôpital Cochin et lauréat de l’Académie de Médecine en était le directeur, et très probablement le mécène, la mention « édition réservée au corps médical » figurant dans l’Ours le laissant subodorer ainsi que les nombreuses pages de publicités pour des produits pharmaceutiques, dont ceux liés à Rochèse. Selon son fils Claude Pillement, cette revue vit le jour grâce à l’aide de son beau-frère, directeur commercial des Laboratoires Ronchèse à Nice. Visages du monde proposait des dossiers mensuels, la plupart du temps consacrés à des villes, des régions (« Le Quercy ») ou des pays (« Algérie »), s’apparentant ainsi à une revue touristique, mais traitait aussi de courants artistiques (« Cinquantenaire du symbolisme », « L’art primitif catalan »). Sa Première de couverture était stylisée, parfois signée de Rayk ; les pages regorgeaient de photos, dont certaines étaient signées de Pillement, mais aussi de Brassaï, Philipp Halsmann, Boris Lipnitzky, Emile Savitry… Parmi les collaborateurs, épisodiques ou récurrents, on relève les noms de Georges Duthuit, d’André Fraigneau, de Jean Prévost ou du journaliste Elie Richard. Georges Pillement y signait la rubrique « Spectacles », qui regroupait le théâtre et le cinéma (n° 36, 15 juin 1936).

Entra-t-il à l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (AEAR) en tant qu’écrivain ? En 1934, il avait été pressenti pour le Prix Interallié pour La vraie Georgina et l’autre. Ce qui est certain, c’est qu’à partir du mitan de la décennie 1930, il s’associa souvent à des événements ou textes de celle-ci. Tel, par exemple, le 24 mars 1935, où il signa dans l’Humanité, en tant que membre de l’AEAR, la protestation contre les deux ans, aux côtés d’un Louis Aragon, Henri Barbusse, Paul Nizan ou André Wurmser. Également membre du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes (CVIA), il signa à ce titre, au moment du déclenchement du conflit italo-éthiopien, la pétition de L’Œuvre du 5 octobre 1935 qui répondait au Manifeste « Pour la défense de l’Occident » d’Henri Massis. Il signa aussi le « Message des intellectuels à Litvinov », intellectuels qui, « groupés autour de la Maison de la Culture, [tenaient] à exprimer leur gratitude à l’U.R.S.S., pour avoir, dans le chaos et l’obscurantisme actuels, sauvegardé les principes indestructibles de la justice, par la dignité et de la paix » (l’Humanité, 17 octobre 1936). Citons, parmi plusieurs intellectuels, les noms de Luc Durtain, Georges Friedmann, André Gide, Marie Lahy-Hollebecque, Paul Nizan, André Ulmann, Marcel Willard.

Son compagnonnage de route avec le Parti communiste s’accentua en 1936, suite au déclenchement de la guerre d’Espagne. Le 24 octobre 1936, la Maison de la Culture organisa une réception en l’honneur de personnalités espagnoles et catalanes présentes à Paris, dont l’écrivain et critique Guillermo de Torre. Parmi les personnes présentes à la réception, il y avait Jean Cassou, André Chamson, Jean Guéhenno, Francis Jourdain, Jean Lurçat, Pablo Picasso, Georges Pillement, André Ulmann, Charles Vildrac, André Wurmser (l’Humanité, 25 octobre 36). Il collabora activement à la revue Commune, et notamment à son numéro de décembre 1936, dans lequel il traduisit par exemple le célèbre poème d’Antonio Machado dédié à Federico García Lorca, « Le crime eut lieu à Grenade ». Numéro dans lequel il signa bien entendu la « Déclaration des intellectuels républicains au sujet des événements d’Espagne ». Ses traductions de poètes espagnols continuaient ardemment en cette période, et on retrouva par exemple l’une d’entre elles dans Les Cahiers de la jeunesse, dirigés par Paul Nizan et Luc Durtain.

Son compagnonnage avec le Parti communiste se remarque aussi dans sa présence aux activités de la Maison de la culture. Le 21 février 1937, il fut l’un des animateurs du premier congrès des Maisons de la Culture de l’Ile-de-France, à Argenteuil. Lors de la séance du matin présidée par Jean Cassou, avaient notamment pris place au Bureau Louis Aragon, René Blech, Fernand Léger, Georges Pillement, Gabriel Péri, Charles Vildrac. Compagnonnage visible en outre dans sa collaboration à Regards, où, le 8 avril 1937, il publia un article sur « L’art primitif catalan » — préfigurant le numéro de Visages du monde.

En cette année 1937, il fut l’un des cinq traducteurs du Romancero de la guerre civile, les autres étant Gabriel Audisio,Louis Parrot, Rolland-Simon et Yvonne Vauder. Préfacé par Jean Cassou, il fut publié aux ESI, et avait bénéficié de certaines pré-publications dans Commune.

Quelque temps après, il se rendit en Espagne, en tant que membre de la délégation française pour le Congrès International des Écrivains pour la Défense de la Culture. Il arriva sur le sol espagnol le 2 juillet, probablement en même temps que Julien Benda, René Blech, André Chamson, Georges Duthuit, Léon Moussinac et Tristan Tzara. Lors de son « Hommage à Gerda Taro » dans son édition du 5 août 1937, Regards publia une photographie où l’on voyait cette dernière, sur le Front de Guadalajara, en compagnie de Claude Aveline et René Blech. Cette photographie était attribuée par l’hebdomadaire à Georges Pillement, trace concrète supplémentaire pour le chercheur de son exercice de la photographie. Il y publia un reportage le 12 août et, le lendemain, on put le lire également reporter en Espagne dans La Lumière du 13 août 1937. Collaboration renouvelée à l’un et à l’autre périodique, durant l’année 1938.

Il reçut le Prix des Deux-Magots en décembre 1937 pour son roman Plaisirs d’amour.

Ses relations avec les intellectuels communistes s’agrémentèrent d’une autre responsabilité : Pillement codirigea avec Léon Moussinac l’Union des Théâtres Indépendants de France en 1938. Ils créèrent rue Danjou un Centre de préparation dramatique dont la direction fut confiée à Robert Beaufrère, assisté, pour la direction des cours de l’art et du métier de comédien, de Jean-Louis Barrault et de Julien Bertheau, de la Comédie Française. Un cours d’improvisation et de masques fut confié à Jean Doat, le travail de la voix au Dr Nepveu (Luc Durtain), des cours de psychologie furent dispensés par le Dr Bayer et de physiognomonie par Pierre Abraham (Beaux-Arts, 25 février 1938).

Toujours actif pétitionnaire pour les appels lancés par le Parti communiste, il signa dans Ce soir le 18 janvier 1938 un manifeste « demandant que la constitution du nouveau gouvernement respecte la volonté populaire clairement exprimée par la nation en mai 1936 et confirmée depuis à chaque nouvelle consultation du pays ». Signalons au passage qu’il collabora à la rubrique « Et maintenant, une histoire… » de ce quotidien du soir, le 3 juillet 1938. Il figura parmi les signataires du Manifeste « Paix totale par le droit total », publié dans le numéro d’octobre 1938 de Clarté. Il se joignit aux intellectuels de l’Association International des Écrivains pour la Défense de la culture alliée aux Pens clubs qui lancèrent un appel pour l’attribution du Prix Nobel de littérature à l’écrivain tchèque Karl Capek (Louis Aragon, « Un jour du monde », Ce soir, 28 octobre 1938). Il prit aussi sa part de tâche « ingrate », significativement pour la cause espagnole : dans Regards des 3 et 24 août 1939, parut une souscription pour l’Aide culturelle aux réfugiés espagnols, placée sous la présidence d’Aimé Cotton : l’adresse pour recevoir les dons était rue Danjou, au nom de Georges Pillement.

Après le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, il continua à publier des ouvrages et des articles. De décembre 1939 à janvier 1940, il tint la rubrique « Livres et choses littéraires » à Paris-Balkans – Courrier hebdomadaire illustré du Sud-Est européen et de l’Europe occidentale. Le 8 mai 1940, il livra une critique littéraire à Marianne portant sur un essai consacré à Montaigne par un écrivain argentin. Mais c’est son attrait pour la question patrimoniale qui fut au cœur de ses écrits d’alors. Le 29 décembre 1940, une photographie de « L’imposante façade de l’hôtel de Juigné, rue de Thorigny », créditée Georges Pillement, trôna en Une du journal pétainiste Aujourd’hui dirigé par Georges Suarez. Il y signa en troisième page un article « Réhabilitation du quartier du Marais ».

Dans le numéro du 1er janvier 1941 de la revue clandestine La Pensée libre, il subit avec d’autres les foudres de Jacques Decour, lors de son article « La faune de la collaboration » : « Ajoutons-y quelques pauvres hères, tel […] ce Georges Pillement, rampant hier encore à la Maison de la Culture, qui pleure maintenant pour qu’on prenne sa copie dans les différentes publications allemandes de Paris […] ». Il présenta, dans Comoedia le 22 août 1942, une nouvelle de l’écrivain chilien Salvator Reyes. Et collabora à Présent en 1943. En 1943, il publia chez Grasset Saccage de la France, et en 1944 toujours chez Grasset, Destruction de Paris.

Le 15 juillet 1942, selon Claude Pillement, il avait franchi la ligne de démarcation avec Hélène Szmirgeld pour se réfugier en zone libre. Après plusieurs étapes, ils s’étaient installés à Caumont/Durance, chez leur ami écrivain et journaliste nicaraguayen Eduardo Aviles Ramirez.

Au sortir de la guerre, on le retrouve dans le sillage du Parti communiste – et notamment comme adhérent au Secours populaire (La Défense, 9 février 1945). Il faisait même partie des quelques écrivains composant la société gestionnaire des Lettres françaises (Les Lettres françaises, 15 février 1946). Il contribuait de temps à autres au journal, mêlant ses sujets de prédilection, la littérature et la poésie de langue espagnole, Paris, les monuments historiques et la peinture. Il y tint d’ailleurs une rubrique « Les arts ». Visages du monde, quant à elle, continuait : d’une facture similaire (on put y admirer le trait d’Edmond Ernest-Kosmowski, par exemple), elle était maintenant sous-titrée « Cahiers d’art et de littérature ».

Les publications de Georges Pillement s’accentuèrent nettement du côté du patrimoine. Le 4 janvier 1945, il publia un article sur les « monuments de Normandie endommagés par les bombardements […] menacés d’une ruine totale » dans l’ » hebdomadaire littéraire, politique, artistique et social » dirigé par René Lalou, Gavroche. Le 15 mars 1945, il y accusa la ville de Paris d’ » aggrave[r] volontairement la crise du logement ». Le 17 mars 1945, c’est à la « reconstruction et [à] la renaissance architecturale » qu’il se consacra dans Les Lettres françaises. Son étude Les Hôtels du Marais, parue en 1945, fut saluée par la presse et de nombreux périodiques, dont Les Cahiers du Sud dans leur numéro du 1er juillet 1945. Dans ce numéro, on put lire une traduction de l’auteur, témoignage d’une proximité toujours vivace avec cette revue.

Pillement n’en oubliait d’ailleurs pas l’Espagne. Le 6 octobre 1945, une motion du CNÉ parut dans Les Lettres françaises pour protester contre la terreur franquiste. On y relevait notamment les noms d’Alexandre Astruc, Claude Aveline, Simone de Beauvoir, Jean Blanzat, René Blech, Jean-Richard Bloch, Jacques Debû-Bridel, Jean Guéhenno, Marguerite Jouve, Renaud de Jouvenel, Louis Martin-Chauffier, Claude Morgan, Léon Moussinac, Louis Parrot, Georges Pillement, Georges Sadoul, Jean-Paul Sartre ou Edith Thomas. Activité pétitionnaire de nouveau chargée pour Pillement, comme le montre l’édition du 17 janvier 1947 des Lettres françaises, où, en-dessous de la déclaration, « Pour le désarmement de l’Allemagne » située dans sa page du CNÉ, on retrouve son nom, aux côtés de nombre d’intellectuels communistes ou compagnons de route des années 1930, dont Simone Téry, mais aussi, ouverture nécessaire, Paul Claudel ou François Mauriac.

Depuis la Libération, le nom de Georges Pillement, par les Lettres françaises, s’adjoignait aux noms de ceux qui pouvaient regarder sans fard leur parcours. Dans le numéro de septembre 1946 de l’« Hebdomadaire de la pensée française » Les Étoiles, — fondé dans la zone Sud par Aragon — et dirigé en 1945-1946 par Pierre Emmanuel et Georges Sadoul, Pillement plaida pour un musée de la Résistance dans l’hôtel Berthier de Sauvigny. « N’est-il pas souhaitable qu’un tel musée soit créé où on garderait le souvenir de tous ceux qui ont lutté à Paris et en province, pour la libération de la France, de tous ceux qui ont souffert dans les prisons et les camps d’extermination ? » Le 29 décembre 1949, Vercors fut chargé par la revue Europe d’établir le bilan de celle-ci depuis sa parution dans les pages des Lettres françaises. « C’est cette conception de l’homme que, tous, communistes et non communistes, nous défendons dans Europe, côte à côte », y spécifiait-il ; « […] c’est cette conception qui, d’un fil unique, relie les romans d’auteurs aussi divers que la revue a publiés […] ; c’est elle encore qui relie du même fil les nouvelles », et parmi les auteurs desdites nouvelles était cité Pillement.

En 1954, ce dernier collabora toutefois à l’organe du Congrès pour la liberté de la culture, Preuves, ce qui indique une rupture avec le Parti. Celle-ci serait intervenue, selon son fils, dut fait de ses critiques envers le réalisme socialiste, l’URSS et le régime sévissant en Pologne, critiques qui ne furent pas acceptées.

À partir des années 1950, Georges Pillement recevait les bons offices des librairies, tant ses ouvrages touristiques aux tonalités architecturales ou artistiques fleurissaient avec succès. Des éditeurs – principalement Bellenand, Grasset et Albin Michel – accueillirent ses commentaires sur l’Espagne (1951-1954), Rome et l’Italie (1952, 1962), le Portugal (1965), la Yougoslavie (1967), la Tunisie (1972) … Ouvrages souvent accompagnés de ses photos, certains d’entre eux étaient désormais appelés les « Guides Pillement » (Albin Michel). En 1958, il avait obtenu le Grand Prix du Tourisme. En 1959, il avait publié dans Sites et monuments, le « bulletin de la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique générale de la France ». En 1964, l’Académie française lui attribua le Prix Louis-Barthou, « pour l’ensemble de son œuvre ».

En 1961, c’est sa traduction (1946) de L’Alcade de Zalamea de Pedro Calderón de la Barca que Jean Vilar utilisa pour sa mise en scène. À partir de la seconde moitié des années Soixante, Pillement se fit lui-même dramaturge (par exemple, L’Autobus, 1967 ; L’Annonce, 1973) ; et rédigea des textes pour des expositions (par exemple pour celle de Lidia Masterkova, « Adieu à la Russie » ; pour celle de Cornelis Zitman, en 1981).

Entre-temps, il avait retrouvé son compère Jean Cassou, car il contribua en 1979 à son Encyclopédie du symbolisme.

Georges Pillement s’était remarié le 21 décembre 1948 à Paris (VIIe arr.) avec Hélène Szmirgeld.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244846, notice PILLEMENT Georges, Achille, Lucien par Anne Mathieu, version mise en ligne le 24 janvier 2022, dernière modification le 5 mai 2022.

Par Anne Mathieu

Georges Pillement, circa 1955. D.R.
15 janvier 1937.
Coll. Anne Mathieu

ŒUVRE CHOISIE : Romans : Jaune et rouge, éditions des Portiques, 1929. — Valencia entre deux rêves, Grasset, 1931. — La vraie Georgina et l’autre, Grasset, 1934. — Essais divers : Saccage de la France, Grasset, 1943. — Destruction de Paris, Grasset, 1944. — Les hôtels du Marais, Calmann-Lévy, 1945. — La sculpture baroque espagnole, Présentation par G. Pillement, Biographies et bibliographie par Nadine Daniloff, Albin Michel, 1945. — Demeures parisiennes en péril, Grasset, 1948. — La Suisse architecturale, Albin Michel, 1948. — Les cathédrales d’Espagne, avec des photographies de Georges Pillement, Bellenand, 1951-1952 (trois volumes). — Palais et châteaux arabes d’Andalousie, avec des photographies de Georges Pillement, Bellenand, 1951. — L’Espagne inconnue : itinéraires archéologiques, Grasset, 1954, avec des photographies de G. Pillement. — La France inconnue, Grasset, 1955-1960 [6 volumes], avec des photographies de G. Pillement. — Le Portugal inconnu, Grasset, 1965, avec des photographies de G. Pillement. — France, ta beauté fout le camp !, éditions Entente, 1976. — Anthologie : Anthologie du théâtre français contemporain, éditions du Bélier, 1945-1948. — Anthologie de la poésie amoureuse, le Bélier, 1954-1955. — Traductions de l’espagnol : Pío Baroja, Zalacaïn l’aventurier, Préface de Francis de Miomandre, éditions Excelsior, 1926. — Azorín, Espagne, Rieder, 1929. — Pío Baroja, A l’aventure – Les bas-fonds de Madrid, André Guilmain éditeur, 1930. — Vicente Blasco Ibañez, Vive la République ! Guerre sans quartier, André Guilmain éditeur, 1930. — Hugo Wast, Le Val noir, Gallimard, 1931. — Le Romancero de la guerre civile, Préface de Jean Cassou, Poèmes traduits par Gabriel Audisio, Louis Parrot, Georges Pillement, Rolland-Simon et Yvonne Vauder, ESI, 1937. — Jorge Icaza, La Fosse aux indiens, ESI, 1938. — Pedro Calderón de la Barca, L’Alcade de Zalamea, Charlot, 1946. — Carlos Montenegro, La Prison, 1946. — Miguel Ángel Asturias, L’ouragan, Gallimard, 1955. —Luis Martín Guzmán, L’ombre du caudillo, Gallimard, 1959.

SOURCES : Anne Mathieu, « Le rôle des traducteurs dans les périodiques », Europe, 2022, à paraître. — Anne Mathieu, Nous n’oublierons pas les poings levés – Reporters, éditorialistes et commentateurs antifascistes pendant la guerre d’Espagne, Paris, Syllepse, 2021. — Jacques Decour, « La faune de la collaboration – Ecrivains français en chemise brune », in La Faune de la collaboration. Articles 1932-1942, Articles réunis par Emmanuel Bluteau et Pierre Favre, La Thébaïde, « Au marbre », 2012, p. 247-262. — Georges Pillement, Journal, Edition établie et présentée par Claude Pillement, Visages du monde, 2003. — Catalogue de la BNF. — Data BNF. — Archives Paris. — ISNI. — Journaux et articles de presse cités dans la notice.

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