Le Pouzin (Ardèche), 16 juin 1944

Par Jean-Luc Marquer

Le 16 juin 1944, un groupe de résistants des Francs-tireurs et partisans (FTPF) de l’Ardèche tenta de récupérer de l’essence dans un dépôt de carburant du Pouzin (Ardèche). Les Gardes mobiles de réserve (GMR Français) qui le gardaient s’y opposèrent et tirèrent. Une unité allemande vint en renfort.
Trois maquisards furent tués au combat, quatre blessés furent achevés, sept prisonniers furent sommairement exécutés, fusillés par les Allemands. Cinq ou six résistants blessés qui avaient malgré tout réussi à prendre la fuite moururent des suites de leurs blessures. Le même jour, un jeune garçon qui observait les combats, fut intentionnellement abattu par des Allemands
À la fin du mois d’août 1944, trois civils furent abattus sur le territoire de la commune.

Plaque Le Pouzin
Plaque Le Pouzin
Photo : Jean-Luc Marquer

Le 16 juin 1944, venu de Lamastre (Ardèche) ,un détachement des 7101e et 7102e compagnies de Francs-tireurs et partisans (FTPF) commandé par le lieutenant René (Gabriel Alleman) et son adjoint le sergent Zamor (Adler Fabri) se présenta avec un camion au dépôt d’essence de la société La Mure au Pouzin (Ardèche) dans l’objectif de s’emparer de carburant. Une opération similaire menée par la 7102e compagnie de FTPF du Cheylard (Ardèche) s’était déroulée sans heurt la semaine précédente.
Délicate à organiser, l’opération, marquée par un excès de confiance, semble avoir été connue de l’ennemi.
Au début de l’après-midi, la Résistance locale apprit qu’un détachement de troupes allemandes était arrivé au Pouzin. Aussitôt, les responsables de la compagnie 7103, alertèrent le Cheylard où devait passer le détachement venu de Lamastre. Mais, ce fut trop tard, les résistants avaient déjà quitté le Cheylard, ils ne pouvaient plus être renseignés.
Le dépôt d’essence était gardé par des Groupes Mobiles de Réserve (GMR) dépendant de l’administration collaboratrice de Vichy, donc des Français, qui refusèrent toute tractation et ouvrirent le feu sur les maquisards. Ils furent rapidement renforcés par les militaires allemands arrivés la veille au Pouzin.
L’attaque tourna au désastre. Quatre résistants moururent au combat, trois blessés furent achevés et sept, faits prisonniers, furent sommairement exécutés, fusillés par les Allemands.
Cinq ou six résistants blessés qui parvinrent à prendre la fuite moururent ultérieurement des suites de blessure.
Un maquisard blessé d’une balle au poumon fut pansé et caché au Pouzin par la femme d’un gendarme puis fut mis en lieu sûr dans une ferme aux " Grads ". Un deuxième, blessé aux jambes, s’échappa par les bords du Rhône. Un troisième caché derrière un mur passa inaperçu, il fut blessé d’une balle qui lui fractura le maxillaire supérieur et arracha sept dents. Lorsqu’il fut découvert par les Allemands, il fut arrêté et et emmené à la caserne puis à l’hôpital de Valence avant d’être transféré à la prison Lyon Montluc. Deux maquisards volontaires le firent évader le 21 juin 1944.
Les 14 corps furent transportés à travers la ville pour que la population soit impressionnée. Les pompiers du Pouzin furent chargés de creuser les tombes sous la surveillance de SS.
Les familles n’eurent pas le droit d’assister à l’inhumation.
Les actes de décès, n° 19 à 32 du registre de 1944, furent établis le 17 juin 1944 pour des inconnus par le président de la délégation spéciale, Victor Reine.
Tous sont accompagnés, fait rare, d’une photographie du cadavre qui tient de signalement, et rédigés de manière strictement identique : « Le dix sept juin mil neuf cent quarante quatre sept heures nous avons constaté le décès survenu le seize juin mil neuf cent quarante quatre à vingt heures trente devant le dépôt d’essence de la société La Mure au Pouzin par de nombreux coups de feu qui l’ont atteint du thorax à la tête d’un individu du sexe masculin dont l’identité na pu être établie. Pour le signalement, nous avons procédé à la photographie du corps dont une épreuve est annexée au présent acte sous le numéro ... ». Ils ne permettent donc pas de connaître exactement la cause de la mort : mort au combat, achevé, exécuté.
Dix victimes furent formellement identifiées et les actes rectifiés par jugement.
Les quatre dernières furent identifiées mais il n’y a pas mention d’un jugement rectificatif.
Aucun acte, à la différence des monuments, ne mentionne un inconnu du nom de Coulée.
 
Ajout du 14 août 2022.
 
Selon le témoignage de Pierre Charras, recueilli par Sylvain Villard en 2007 et transcrit dans l’ouvrage : L’Oubli ou la face douloureuse de la Résistance en Ardèche, la désastreuse opération du Pouzin illustre à quel point la soi-disant réunion des forces résistantes sous l’unique bannière des FFI n’était qu’une façade.
L’opération regroupait 28 FTPF des 7101 et 7102e compagnies de Lamastre (Ardèche) et la 31e compagnie de l’Armée secrète, commandée par Pierre Charras, qui devait assurer la protection de l’opération.
Le rassemblement était prévu à 13h00 sur la place de Saint-Laurent-du-Pape (Ardèche). Pierre Charras appela par téléphone le responsable du dépôt de carburant qui était complice. Celui-ci lui expliqua que les Allemands avaient eu connaissance du projet, qu’ils avaient mis les GMR sur la touche et pris possession du dépôt en mettant des mitrailleuses en batterie.
Charras avertit immédiatement Gabriel Alleman et indiqua que pour sa part, il annulait l’opération.
Le lieutenant René mit ses hommes au courant, mais ceux-ci rétorquèrent en mettant en doute la fiabilité des informations obtenues par Charras et disant que, encore une fois, l’AS voulait priver les FTPF de carburant.
Charras n’ayant aucun pouvoir sur les FTPF tenta de les convaincre en ordonnant à ses propres hommes de regagner leur cantonnement.
Mais les FTPF ne voulurent rien entendre et René à leur tête, qui savait qu’ils allaient au massacre, ils partirent vers Le Pouzin dans un manque total de discrétion.
 
Un monument commémoratif fut érigé au Pouzin. Par la suite il fut modifié et les noms de six blessés morts des suites du combat furent ajoutés.
Depuis 1987, une plaque commémorative est également apposée sur le mur d’enceinte de l’ancien dépôt de carburant.
Toufefois, selon les actes de décès, Giovanni Gemma figure au nombre des résistants tués au Pouzin, et non blessé mort après le combat comme il est indiqué sur les monuments.
Le même jour, un jeune garçon, Marc Balters, qui observait les combats, fut intentionnellement abattu par les servants d’une mitrailleuse allemande.
 À la fin du mois d’août 1944, trois civils furent abattus sur le territoire de la commune. Les décès furent fixés au 31 août 1944 bien qu’ils aient eu lieu très probablement une semaine auparavant.



Victimes, 16 juin 1944 :
 
Gabriel ALLEMAN
Jean ANTONIN
Marc BALTERS
Jean BOMBRUN
Louis DELHOME
Adler FABRI
André GAILLARD
Giovanni GEMMA
Henri HARTMANN
Charles HELVIC
Michel JOURDAN
Paul LADREYT
André PÉREL
Philippe RATEAU
Aimé REDON
Serge SALMON
Régis SARTRE
Honoré TAHAR
Fernand THÉVENON
Honoré VALLA
Coulée, Inconnu
 
Victimes fin août 1944
 
Marcel ARGAUD
Albert PIZON
Jean RENOIR

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article245214, notice Le Pouzin (Ardèche), 16 juin 1944 par Jean-Luc Marquer, version mise en ligne le 9 février 2022, dernière modification le 14 août 2022.

Par Jean-Luc Marquer

Stèle Le Pouzin
Stèle Le Pouzin
Photo : Geneanet, sous licence d’usage CC BY-NC-SA 2.0
Plaque Le Pouzin
Plaque Le Pouzin
Photo : Jean-Luc Marquer

SOURCES : Arch. Dép. Rhône et Métropole, Mémorial de l’oppression, 3808 W 187. — Mémorial GenWeb. — Geneanet. — Musée de la Résistance en ligne. — Blog Vivre au Pouzin. — L’hebdo de l’Ardèche, 26 juin 2020. — Sylvain Villard, L’Oubli ou la face douloureuse de la Résistance en Ardèche, Ex Libris, Coux, 2007. — Wikipedia Le Pouzin. — Actes d’état civil.

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