PANNETRAT Roland, Jean

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 15 décembre 1923 à Paris (XIe arr.), mort le 2 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ; manœuvre puis chômeur ; militant communiste ; déporté.

Roland Pannetrat était le fils du monteur en fer Pierre Pannetrat, militant communiste et trésorier de la 12e section de Paris-Ville avant la dissolution du parti, et de Marguerite Pellé, culottière à façons, tous deux nés à Paris. Il avait un frère aîné, Gilbert, né en 1919. Toute la famille vivait au 11, rue Edouard-Robert dans le XIIe arrondissement.

Il travailla d’abord comme manœuvre ("petite main ajusteur") à l’établissement des Eaux minérales de Vic-sur-Cère aux entrepôts de Bercy. Il était militant des Jeunesses communistes avant la guerre et continua à militer après l’interdiction du parti. Au début de l’Occupation, son père mit en place un centre de diffusion de tracts clandestin dans leur arrondissement. Des délégués régionaux venaient anonymement y déposer du matériel diffusé ensuite par les jeunes militants du secteur. Le matériel fut entreposé au 15, rue Édouard-Robert, premier étage à gauche, chez Ludovic G., 47 ans, un ancien camarade jugé moins exposé. Le lieu accueillait également les réunions d’un comité de chômeurs. Pierre Pannetrat et ses deux fils étaient d’ailleurs au chômage à cette période.

Roland Pannetrat prenait part aux réunions de propagande des Jeunesses communistes, organisées par Jean Canard et dirigées par Joseph Le Lagadec. Elles rassemblaient également les frères Armand et Jean Feldmann, Raymond G. (fils de Ludovic G.) ainsi que les frères Henri et Robert Migdal. Certaines réunions se tenaient dans la rue, près des grilles d’entrée des immeubles, comme au 10, rue Tourneux ou rue Édouard-Robert. Certaines avaient lieu occasionnellement chez Robert Poing, au 10, rue Tourneux, dont le père était souvent absent le soir (il pourrait s’agir d’un autre groupe). La nuit tombée, les militants diffusaient leur journal et des tracts, inscrivaient des slogans à la craie comme « Thorez au pouvoir » ou collaient des papillons sur les murs.

Cette activité importante attira l’attention de la Brigade spéciale des Renseignements généraux en décembre 1940-janvier 1941. Surveillances et filatures aboutirent à une perquisition chez Ludovic G. le 25 janvier qui permit de découvrir 15 000 tracts ronéotypés, des brochures, 90 exemplaires de l’Avant-Garde et 530 papillons gommés. Ludovic et Raymond G. furent interrogés : le second donna une liste nominative de militants qu’il savait venir chez eux. Le procès-verbal de police du 27 janvier désignait les G. et Pierre Pannetrat comme principaux animateurs du centre clandestin. Treize autres militants ayant participé à son fonctionnement étaient compromis : Marguerite, Gilbert et Roland Pannetrat, Henri et André Migdal, Robert Poing, Armand, et Jean Feldmann, Joseph Le Lagadec, Jean Canard, Roger Stéphan, Marcel Lozet et Louis Vadkerti. Tous furent inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et conduits au Dépôt à disposition du Procureur de la République. Roland Pannetrat fut appréhendé en même temps que Robert Poing, Henri et André Migdal. D’après ce dernier, 36 personnes au total furent raflées, dont la moitié étaient des jeunes.

Le 30 mai 1941, seize inculpés comparaissaient devant la 15e Chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Roland Pannetrat, mineur, fut condamné à quatre mois de prison. Son père, plus lourdement condamné, sera plus tard déporté à Buchenwald. Sa mère et son frère furent rapidement relaxés. Le même jour, Roland Pannetrat fut transféré de la Santé au quartier des mineurs de la Maison d’Arrêt de Fresnes. Le 26 mars 1942, il fut placé en liberté surveillée par la Cour d’appel de Paris, étant mineur et considéré comme « ayant agi sans discernement ». Il fut à nouveau arrêté le 28 avril 1942 à son domicile par la police française et la Feldgendarmerie, lors d’une rafle effectuée sur le département de la Seine et ciblant des militants communistes clandestins ou considérés comme tels. On le conduisit au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht. En application d’un ordre d’Hitler, il avait été sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’autres désignés comme juifs pour être déporté en représailles aux actions armées par la résistance communiste contre l’armée allemande. Son camarade Henri Migdal en faisait également partie. Le 6 juillet 1942, les deux militants étaient à bord du convoi I. 42, dit « convoi des 45000 », transportant 1175 hommes à destination d’Auschwitz.

Arrivé le 8 juillet au camp, on ignore le numéro d’immatriculation de Roland Pannetrat à Auschwitz. Après avoir été tondu et désinfecté, il passa la nuit au Block 13, tous les membres du convoi étant entassés dans deux pièces. Le lendemain, ils furent conduits à pied au camp annexe de Birkenau, à 4 km du camp principal. Le 13 juillet, on l’interrogea sur sa profession. Les SS avaient besoin de déportés compétents pour leurs ateliers d’Auschwitz I. L’autre moitié du convoi, dont Roland Pannetrat, fut utilisée à Birkenau pour faire du terrassement et construire des Blocks. Le rescapé Aimé Oboeuf se souvenait de ce jeune garçon qu’il essaya d’aider en pelletant à sa place pendant que celui-ci « faisait le pêt » (le guet). Cette aide l’aurait aidé à tenir plusieurs mois à Birkenau.

D’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz, Roland Pannetrat mourut le 2 décembre 1942, quelques jours avant ses dix-neuf ans. Un arrêté ministériel du 27 décembre 1993 (paru au Journal Officiel le 18 février 1994) lui attribuait la mention « Mort en déportation ». Il fut déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».

Les archives du Service historique de la Défense de Caen possèdent des éléments le concernant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article245271, notice PANNETRAT Roland, Jean par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 9 février 2022, dernière modification le 9 février 2022.

Par Renaud Poulain-Argiolas

SOURCES : SHD Caen, AC 21 P 522652 (nc). — Notice Maitron de PANNETRAT Pierre par Daniel Grason. — Biographie de l’intéressé par Claudine Cardon-Hamet sur le site Déportés politiques à Auschwitz. — Livre-Mémorial, Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — Site Mémoire vive.

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