FRIEDMANN Bernard

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Né le 31 décembre 1886 à Varsovie (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 à Caen (Calvados) ; bichonneur en chapeau ; syndicaliste ; communiste ; résistant.

Bernard Friedmann
Bernard Friedmann
Collection Jean Quellien

Fils de Chapay et de Haïs, née Weinberg, Bernard Friedmann vint en France, et habita Paris jusqu’en 1914, puis Mayenne qu’il quitta en 1919 ou 1920. Il épousa le 4 juin 1923 Sabina Segal, institutrice née en 1899 à Constantinople (Turquie), à la mairie du IVe arrondissement à Paris. Il exerçait la profession de bichonneur en chapeaux. Il ne cessa jamais de militer dans les organisations ouvrières, en particulier au syndicat des ouvriers casquettiers. Il était de toutes les actions et de toutes les grèves.
Il obtint la nationalité française par décret en date du 13 décembre 1927. Le couple vivait ensemble depuis treize ans, il reconnut six enfants : Charles (né en 1911), Berthe (1914), Louise (1915), Édouard (1917), Isabelle (1919) et Georges-Robert (1922). Trois autres naquirent après leur union : Maurice-Moïse-Abraham (1926), Ida (1927) et Isidore-Jean (1929). Sabina mourut, Bernard Friedmann se remaria avec Blonia Gerszonowicz le 8 avril 1933 à la mairie du XVIIIe arrondissement, le couple eut deux enfants, Lucienne (1932) et Jacques (1934).
La famille demeura à partir du 1er juin 1928 dans un immeuble collectif des Habitations à bon marché (HBM) édifié sur les fortifications, 2 rue Camille-Flammarion (XVIIIe arr.). Bernard Friedmann mena professionnellement, à partir de cette année-là, une activité professionnelle chaotique. Inscrit au bureau du chômage de l’arrondissement, il en fut radié le 22 juillet 1941. Était-il permanent rémunéré de la main à la main ? Une pratique très longtemps courante dans le mouvement ouvrier.
Le 8 août 1941, il était interpellé par des gendarmes de Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis) alors qu’il collait des papillons édités par le Parti communiste clandestin sur un poteau télégraphique de la rue Vade (XVIIIe arr.), voie proche de la zone de Saint-Ouen. À la vue des gendarmes, il jeta un paquet de papillons, puis un autre sur le chemin de la gendarmerie. Douze tracts en yiddish furent saisis sur lui.
Les papillons portaient en titre « Le prix de la vie a doublé depuis 1939 » et « Les chômeurs ont faim. L’allocation de chômage est insuffisante. Tous les sans-travail veulent que l’allocation principale soit portée à 20 francs. On peut bien donner 20 francs à un chômeur quand on donne 400 millions par jour aux troupes d’occupation et quand il y a 100 milliards de bénéfices de guerre à confisquer. Pour vous défendre chômeurs unissez-vous. Adhérez au Parti communiste français. Demandez, lisez, l’Humanité (clandestine). » Les gendarmes enquêtèrent : dans l’immeuble HBM où il habitait, des tracts étaient souvent collés dans les différents escaliers, à l’exception de celui où il habitait, ce qui parut suspect.
Bernard Friedmann fut inculpé pour « Affichage et colportage de tracts de propagande communiste ». Il comparut le 27 août 1941 devant le tribunal de la Section spéciale auprès de la cour d’appel de Paris et fut condamné à dix ans de travaux forcés pour diffusion de tracts communistes dont certains en langue yiddish. Il fut transféré à la maison centrale de Caen.
Le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel faisait paraître un avis : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteur des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés. »
Le 15 décembre 1941, soixante-dix otages étaient fusillés au Mont-Valérien, neuf à Châteaubriant, trois à Fontevrault-l’Abbaye (Fontevraud, Maine-et-Loire) et treize à Caen. Parmi eux, Gabriel Péri, journaliste à l’Humanité, Lucien Sampaix, ex-journaliste, secrétaire général de l’Humanité, et Bernard Friedmann. Ils chantèrent « La Marseillaise », « L’Internationale » et crièrent « Vive la France ! » Les corps furent dispersés dans différents cimetières.
Ida, dix-sept ans, fille de Bernard Friedmann, hébergée par l’Union générale des israélites de France (UGIF) dans un foyer de jeunes filles au 9 rue Vauquelin (Ve arr.), fut raflée le 22 juillet 1944 à 3 heures du matin avec une trentaine d’autres jeunes filles. Toutes quittèrent le camp d’internement de Drancy réservé aux Juifs le 31 juillet 1944 à destination d’Auschwitz (Pologne). Le 27 janvier 1945, l’armée soviétique libéra le camp, et Ida fut rapatriée le 9 mai 1945.
Après la Libération une stèle fut érigée dans la cour du 43e Régiment d’artillerie à Caen : « Au cours de l’occupation nazie les patriotes dont les noms suivent ont été fusillés dans cette enceinte par les hordes allemandes », cinquante-huit noms furent gravés dont celui de Bernard Friedmann.
Bernard Friedmann a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Sa fille Ida, participa aux activités de l’Association nationale des familles de fusillés et massacrés. Elle mourut le 8 octobre 2015. Son frère, enfant caché pendant l’Occupation siégea au bureau de la même association. Il mourut en 2016.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24543, notice FRIEDMANN Bernard par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 30 novembre 2012, dernière modification le 26 novembre 2020.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

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Bernard Friedmann
Collection Jean Quellien

SOURCES : Arch. PPo., 77W 1731. – AVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Bureau Résistance GR 16 P 235476. – Jean Quellien (sous la dir.), Livre mémorial des victimes du nazisme dans le Calvados, op. cit. – Site Internet de l’Office national des anciens combattants (ONAC) du Calvados. – Renseignements communiqués par M. Grojnowski. – Note de Sarah Spinner. — Châteaubriant, 31 décembre 2015, 30 septembre 2016.

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