GENTE André, Auguste, Jules

Par Josette Ueberschlag

Né le 21 septembre 1921 à Montbrun-les-Bains (Drôme) ; mort le 21 novembre 2012 à Avignon (Vaucluse) ; instituteur public ; responsable du groupe vauclusien d’École moderne (Mouvement Freinet) (1945-1964), animateur d’associations laïques et membre du conseil fédéral de la FOL du Vaucluse (1957-1962) ; militant syndicaliste du SNI (École émancipée), mutualiste, espérantiste et pacifiste.

André et Hélène Gente
André et Hélène Gente
Le jour de leur mariage

André Gente était le fils aîné d’un gendarme, Urbain, Basile Gente (1879-1966), et de Marie, Mathilde Ode (1884 -1972), sans profession. Son frère, Maurice, qui se destinait à être paysan, décéda vers l’âge de 20 ans,

Il prépara à l’école primaire supérieure de Nyons (Drôme), le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs d’Avignon (Vaucluse), commune aux deux départements. Les écoles normales ayant été fermées en 1941 par le gouvernement de Vichy, André Gente entra au lycée Frédéric Mistral d’Avignon pour y poursuivre sa scolarité. Après avoir été enrôlé, de juillet 1943 à fin février 1944, dans les Chantiers de jeunesse, il s’empressa, une fois libéré, d’organiser des opérations clandestines de résistance avec un camarade de sa promotion, Lucien Perret. Celles-ci consistaient essentiellement à récupérer des cartes d’identité vierges et des tampons dans les mairies, afin de fabriquer de faux-papiers permettant aux jeunes d’éviter le STO. Engagé volontaire sur la fin de la guerre, André Gente fit la campagne d’Allemagne dans la 1e Armée française, du 2 avril au 27 juillet 1945. En octobre suivant, il commença sa formation professionnelle à l’ENI qui venait de rouvrir ses portes.

Cette quatrième année en régime d’internat regroupait, dit-il, « un ensemble hétéroclite de trois promotions d’élèves-maîtres du Vaucluse et des Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence actuelles) qui venaient de vivre l’Occupation, la guerre, la Résistance ». Le choc de la guerre favorisa chez lui des remises en question radicales. À 25 ans, André Gente était un des plus âgés de sa promotion. Il aspirait profondément à une rénovation de l’enseignement, se refusant à enseigner de manière autoritaire, comme les maîtres qu’il avait connus. Associant à son projet trois camarades, Lucien Perret, Pierre Constant et Pierre Nicolas, il ambitionnait une pédagogie émancipatrice, ouvrant sur un changement social. Aussi, s’adressa-t-il aux « Amis de l’École émancipée », en leur proposant d’organiser à Avignon la venue de Célestin Freinet, à ses yeux, le seul à proposer une refondation de l’école primaire par l’imprimerie à l’école. En fin de réunion (février 1946), Freinet demanda aux jeunes maîtres intéressés de se rassembler autour de la presse d’imprimerie. « Parmi eux, outre Madame Cassetari, professeur de philosophie au lycée de filles à Avignon, organisatrice de la réunion, Hélène Bernard*, qui allait partager ma vie. » Freinet avait apporté deux valises de livres et de brochures qu’il voulait laisser en dépôt à l’École normale : « Nous partîmes à pied, Freinet et moi, et voilà comment dans le feu de l’action, je fus bombardé délégué départemental de la CEL (Coopérative de l’enseignement laïc). » André Gente demeura vingt ans, l’animateur du groupe vauclusien de l’École moderne (GD 84) qu’il officialisa le 21 juillet 1947, en déposant ses statuts en préfecture. De cette conférence de Freinet, naquit une longue et forte amitié entre Constant, Perret, Nicolas et Gente, unis, autant dans les luttes pédagogiques que dans les combats politiques et syndicaux.

Leurs premières affectations à la rentrée 1946 étaient heureusement peu distantes les unes des autres. André Gente, nommé à Visan, rencontrait Lucien Perret – nommé à Valréas, à 9 km – venant fréquemment voir ses parents à Visan. Quant à Pierre Constant, son premier poste à Richerenches était à 6 km. Pierre Nicolas, nommé à Mondragon, lui, n’était qu’à 25 km à une roue de bicyclette. La première année, les quatre camarades débutèrent l’imprimerie avec leurs élèves, s’épaulant l’un l’autre. À la rentrée suivante, ils entreprirent une correspondance scolaire internationale en espéranto, André Gente avec la classe de Karl Hohl en Allemagne. Tous les quatre avaient aussi créé dans leur classe une coopérative scolaire qu’ils affilièrent à l’OCCE (Office central de la coopération à l’école) et une section sportive inscrite à l’USEP (Union sportive de l’enseignement du premier degré) rattachée à la Fédération des œuvres laïques. Leurs élèves profitèrent alors de rencontres amicales, interscolaires, en participant soit à des compétitions de basket, de volley, de football ou de cross, soit à des échanges amicaux et festifs entre coopérateurs. Quatre ans plus tard, en 1950, les quatre camarades formaient déjà l’ossature de l’USEP 84 avec Camille Février qui les avait rejoints.

Marié à Hélène Bernard à Avignon le 13 mars 1948, il fut ensuite nommé avec son épouse, successivement en 1948-1949 à Sarrians, de 1949 à 1956 à Galas (hameau de Fontaine-de-Vaucluse), en 1956-1957 à Fontaine-de-Vaucluse. Puis ils furent nommés à Avignon, lui, directeur de l’école de La Croisière, de 1957 à 1960, de l’école de Courtine de 1960 à 1974 et enfin à l’école Thiers de 1974 à 1976 par délégation comme suppléant de Pierre Guendon détaché à la FOL 84.

Son installation à Avignon lui permit de prendre de plus en plus de responsabilités au sein de la section vauclusienne des Amis de l’École émancipée, prônant un syndicalisme révolutionnaire. André Gente s’opposa ainsi à la guerre d’Algérie et fut par deux fois membre du conseil syndical, de 1958 à 1962 puis de 1966 à 1968, tandis que, d’un commun accord, Pierre Nicolas, sur la même période, était devenu membre de la CAPD (commission administrative paritaire départementale) et que Lucien Perret, après avoir été membre du bureau vauclusien du SNI, militait maintenant au sein de l’Éé au SNES, depuis qu’il était devenu professeur de mathématiques. En 1970, André Gente, à son tour, devint membre de la CAPD.

Convaincu par son ami Henri Sarda, il accepta d’être candidat avec lui, au bureau national du SNI en décembre 1965 sur la liste Éé conduite par Yves Thomas ; ce dernier fut le seul élu. André Gente et Henri Sarda qui se côtoyaient quotidiennement à l’école de Courtine où ce dernier avait son bureau syndical, discutaient longuement des orientations à prendre au sein de l’Éé. Ensemble, ils menèrent plusieurs combats victorieux contre les trotskystes de l’Organisation communiste internationale (OCI) tentant de s’emparer de la direction de l’Éé du Vaucluse en 1968.

Durant deux décennies, André Gente fut responsable du GD 84. Il organisa des « visites de classe en action », deux ou trois jeudis par trimestre environ. Il assura aussi régulièrement la sortie d’un bulletin de liaison entre les instituteurs du groupe, ainsi que la diffusion de la Gerbe des petits et la Gerbe des grands réunissant les meilleurs « textes libres » des enfants du département. Tous ces imprimés que « nous tirions d’abord à Galas avec la ronéo nationale de L’École émancipée prêtée par Henri Sarda, directeur-gérant de la revue syndicale », étaient agrafés à Mondragon par Pierre Nicolas. André Gente se rendit aussi année après année aux congrès de l’École moderne ; le premier d’entre eux fut celui de Toulouse à Pâques 1948 : « notre voyage de noces… à Hélène et moi ». Responsable national de la commission des Gerbes départementales, il faisait valoir auprès des congressistes, les belles productions de l’année écoulée. En 1957, à la veille de quitter Fontaine-de-Vaucluse où il avait été l’organisateur de la lutte syndicale pour la défense de la laïcité, il y organisa avec l’OCCE la journée des coopératives scolaires du département, regroupant 331 filles et garçons venus d’une vingtaine de localités. Durant toute sa carrière, il n’oublia jamais de promouvoir la pédagogie Freinet. Il organisa en particulier dans les cinémas d’Avignon et les salles communales du Vaucluse, la projection du film-culte de Freinet et de Jean-Paul Le Chanois, L’école buissonnière. Il fut aussi un artisan zélé de l’organisation du congrès international ICEM à Avignon en 1960 et du stage national des techniques audiovisuelles à Vedène (84) en 1967.

Laïque convaincu, il militait ardemment pour les œuvres péri et postscolaires, ainsi que pour le sport à l’école. Très tôt en début de carrière, pour le compte de la coopérative scolaire de Fontaine-de-Vaucluse, il avait acheté un appareil de projection Debrie 16 mm, pour faire des séances de cinéma à la population, se déplaçant également dans les localités voisines.

Investi dans plusieurs œuvres associatives, il fut notamment commissaire départemental des Éclaireurs de France de 1964 à 1968, et directeur de la colonie de vacances de Pertuis à Tréminis (Isère) gérée par la FOL, plusieurs années de suite. Il siégea au conseil fédéral de la FOL du Vaucluse de 1957 à 1962. Adepte comme son épouse de l’espéranto, il donna des cours aux adultes et aux enfants, continuant de le faire à l’âge de la retraite.

Retraité de l’Éducation nationale, il ne cessa pas de militer à l’Éé, fut actif dans plusieurs mutuelles : la MGEN et la MRIFEN (Mutuelle retraite des instituteurs de la FEN). Quelques années plus tard, le 28 novembre 1988, avec son ami Lucien Perret, il fonda l’ASCREN (Association sportive et culturelle des retraités de l’Éducation nationale) prolongeant les activités du club-MGEN avec des causeries, marches, sorties, voyages et moments de convivialité.

Titulaire de la Croix du combattant volontaire et de la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze, il fut enterré civilement à Avignon, le 27 novembre 2012, en présence de Lucien Perret, son fidèle compagnon dans tous les combats.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article245668, notice GENTE André, Auguste, Jules par Josette Ueberschlag, version mise en ligne le 15 février 2022, dernière modification le 1er octobre 2022.

Par Josette Ueberschlag

André et Hélène Gente
André et Hélène Gente
Le jour de leur mariage
Voyage de noces avec les sacs à dos
Dans les années 2000
Le couple en 2003

ŒUVRE : « Le Vaucluse, jardin de Provence », Bibliothèque de Travail, n° 435, 10 juin 1959, co-auteur avec l’ensemble du Groupe vauclusien de l’École moderne. — « En Camargue » (interview d’une femme gardian de manade, Fanfonne Guillerme), co-auteur avec Pierre Chaillou, Jean Fraboulet, Maurice Paulhiès et Lucien Perret, BT-sonore, n°837, janv. 1969, Cannes, CEL. — Rédacteur des résolutions prises à la rencontre de l’ICEM-espéranto, 16-26 juillet 1981 à Vaison-la-Romaine, Bulletin des Amis de Freinet, n°35, déc. 1981, p. 48. — « Une langue étrangère à l’école primaire ? », L’Éducateur Vaucluse, n°3, juin 1995, p. 7-8.

SOURCES : Archives Gente déposées au musée de l’école à L’Isle-sur-la-Sorgue. — L’Éducateur, n°9-10, 1-15 fév. 1948, p. 40 ; n°11-12, 1-15 mars 1951, p. 294-295. — René Grosso, Histoire de la Fédération des œuvres laïques de Vaucluse, éd. FOL de Vaucluse, 1981, p. 377-378. — Jean-Louis Miglietti et Jacques Rey, Bulletin des Amis de Freinet et de son mouvement, n°85, juillet 2006, p. 66-73. — Céline Barbotte, Le mouvement Freinet en Vaucluse, 1946-2000, mémoire de maitrise, Université d’Avignon et des pays de Vaucluse, juin 2001. — Témoignage d’André Gente in Le mouvement Freinet au quotidien. Des praticiens témoignent, Brest, éd. du Liogan, 1997, p. 38-39 et p. 69. — Renseignements fournis par ses enfants, Bernard, Pierre et Mireille, ainsi que par Jacques Rey. — État-civil de Montbrun-les-Bains.

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