GÉRARDY Antonia, Léontine

Par Gérard Leidet

Née le 24 novembre 1915 à Digne (Basses-Alpes/Alpes-de-Haute-Provence), morte le 6 octobre 2009 à Marseille (VIIe arr.) (Bouches-du-Rhône) ; membre des Jeunes laïques combattants et du Front uni de la jeunesse patriotique puis Forces unies de la jeunesse patriote ; responsable départementale des CEMEA des Bouches-du-Rhône (1948-1968) ; militante syndicale SNI ; militante communiste.

Fille d’un père ouvrier dans une usine à gaz à Digne et d’une mère d’origine bourgeoise devenue femme de ménage pour subvenir aux besoins du foyer, Antonia Gérardy fréquenta l’école communale de filles de Digne puis l’école primaire supérieure de Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence) où elle obtint le brevet élémentaire. Elle passa avec succès le concours de l’École normale d’institutrices d’Avignon (Vaucluse) où elle fut la plus jeune des pensionnaires de l’établissement. Au cours de ses trois années d’études (1931-1934), elle se passionna pour l’Italien, retrouvant par là un peu de ses origines familiales, et sortit de l’école normale avec le brevet supérieur.

L’année 1934 fut importante pour l’autonomie personnelle qu’Antonia Gérardy allait devoir conquérir. En effet, ses parents se séparèrent et elle obtint son premier poste d’institutrice à Saint-Antonin–sur-Bayon (Bouches-du-Rhône), village situé au pied de la montagne Sainte-Victoire. Elle y avait en charge une classe unique de huit élèves. Antonia Gérardy continua ensuite à enseigner dans les Bouches-du-Rhône. A Septèmes-les-Vallons d’octobre 1936 à juillet 1938, puis à l’école des Bastides à Saint-Antoine dans les quartiers Nord de Marseille, enfin à partir de la rentrée 1940 aux Cadeneaux, un hameau des Pennes-Mirabeau. De 1968 à 1974, elle termina sa carrière comme professeur d’enseignement général (PEGC) dans les classes dites de transition du du Vieux Port (collège d’enseignement général puis d’enseignement secondaire.

Lors de l’été 1937, Antonia Gérardy passa ses premières vacances dans une auberge de jeunesse située sur la côte atlantique. Elle y croisa Léo Lagrange*. Le sous-secrétaire d’État à l’organisation des loisirs apportait un soutien actif à toutes les initiatives concernant le « temps libéré », visitant en particulier les auberges du pays pour ce qui constituait alors les premiers congés payés. Antonia Gérardy fit une première expérience de l’autogestion dans les auberges où des « brigades » de quatre à cinq jeunes géraient le quotidien de la journée sous l’autorité d’un père aubergiste. Dans les Pyrénées, elle perçut de près l’écho des durs combats de la guerre d’Espagne. Sa prise de conscience politique commença, marquée aussi par l’influence de jeunes militants trotskistes du Parti ouvrier internationaliste très actifs dans les auberges.

Au cours des années 1937-1939, Antonia Gérardy fréquenta assidûment l’auberge de jeunesse d’Allauch. Institutrice, adhérente du Syndicat national des instituteurs, elle rejoignit le Centre laïque des auberges de jeunesse. Elle évoquait une « Union des auberges de jeunesse », mouvement régionalisé qui offrait alors aux jeunes gens, notamment aux plus défavorisés, des centres d’accueil leur permettant de connaître les joies d’un « temps à soi » et d’une vie communautaire épanouissante. Le Groupe des auberges de Marseille qu’elle avait rejoint vers 1937 était animé « d’un mouvement spontané par une jeunesse pleine d’entrain lors des sorties du dimanche à la Sainte-Baume dans les calanques… ».

Antonia Gérardy ne put assister durant les vacances de Pâques 1937 à Beaurecueil, près d’Aix-en-Provence, au rassemblement qui allait donner naissance aux Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation actives (CEMEA). Elle participa à son premier stage Jeunesse et sport en 1943. À cette date, plus de quarante stages s’étaient déjà déroulés. Ils avaient concerné environ 3 000 personnes. L’association des Centres d’entraînement pour la formation du personnel des colonies de vacances et des Maisons de campagne des écoliers qui datait de 1938 se transformait dans le même temps en Centre d’entraînement aux méthodes de pédagogie active. Antonia Gérardy prolongea ce choix de l’Education populaire auprès des Jeunes laïques combattants. Elle distribua des tracts défendant la laïcité de l’école tout au long du régime de Vichy. Ces jeunes militants diversifiaient d’ailleurs leurs activités. Passant de l’agence de renseignements pour la Résistance à la fabrication de sucre à partir de raisin, ils furent en contact avec Varian Fry.

Pendant la guerre, les auberges de jeunesse étant interdites en zone Nord, une partie du mouvement donna naissance aux Camarades de la route et au FUJ. Ce mouvement clandestin servait de lieu de passage ou d’accueil pour des expulsés de la zone Nord, les Juifs notamment. Antonia Gérardy témoigna dans L’embellie de Marseille : « Dans les années 1943-1944, je faisais partie, comme d’autres camarades des Auberges, du mouvement clandestin du FUJP. Le groupe de Marseille aidait surtout les clandestins, notamment ceux qui venaient de la Zone Nord. Transmission de faux papiers, confection et diffusion de tracts, étaient notre lot. Nous avions pour imprimer circulaires et tracts, une ronéo qu’utilisait un couple de camarades. Ces derniers ayant du s’absenter provisoirement, la machine avait été planquée chez mon amie Andrée Calmes qui « hérita » également d’un pain de plastic. Andrée qui vivait seule, n’était pas particulièrement rassurée d’avoir chez elle de l’explosif… Elle en dormit assez mal pendant plusieurs jours. Il n’y avait là rien de bien dangereux, mais nous prenions des précautions avec nos relations pendant cette sombre époque ».

Après leur dissolution, le 1er juin 1944, les CEMEA retrouvèrent des conditions plus favorables à leur développement. Lors de l’assemblée constitutive du 1er septembre 1944, Henri Laborde fut élu délégué général. Ils bénéficièrent très vite de la confiance des syndicats, des municipalités progressistes, des mouvements de jeunesse, qui, au lendemain de la Libération se trouvaient confrontés à un besoin urgent de personnels capables d’encadrer des groupes d’enfants et de jeunes. Antonia Gérardy fut d’abord détachée aux « équipes de choc » mises en place par la municipalité Cristofol à direction communiste pour réaliser divers travaux d’intérêt publics. Elle intégra ensuite la délégation régionale des CEMEA où elle demeura permanente jusqu’en 1965. Détachée de son poste d’institutrice pour former les enseignants du département à la méthode Hébert, une nouvelle approche de l’éducation physique, elle apprit beaucoup auprès de Louis Delon, inspecteur Jeunesse et sports et futur secrétaire départemental des CEMEA pour les Bouches-du-Rhône. Ce dernier avait connu un parcours différent du sien puisqu’il était alors dirigeant des Éclaireurs de France, un mouvement qui, aux dires d’Antonia Gérardy, était plus rigoureux, plus organisé que celui des Auberges. L’alliance de deux mouvements d’éducation populaire, les Éclaireurs de France et le Centre laïque des auberges de jeunesse donna naissance dans les Bouches-du-Rhône aux CEMEA. On retrouvait ici la convergence observée au niveau national entre André Lefèvre*, commissaire national des Éclaireurs de France, et Gisèle de Failly, militante de l’Éducation nouvelle.

Pendant une vingtaine d’années, Antonia Gérardy anima des stages de formation pour les futurs moniteurs et directeurs de colonies de vacances. Ces lieux de formation sans adultes « directifs » mettaient en œuvre des formes d’auto-éducation entre pairs ayant le même statut. Le but étant de voir « dans l’enfant un futur citoyen qui devrait réagir aux aléas de la vie de façon critique et libre. ». Les animateurs étaient alors plus influencés par les théories éducatives de A S Neil et de son ouvrage Libres enfants de Summerhill que par celles prônées par Célestin Freinet. Cette volonté de formation ne se limita pas aux seuls cadres des colonies de vacances. Elle se développa en direction d’autres publics, notamment en des équipes de santé mentale, des éducateurs spécialisés, des directeurs d’établissements pour l’enfance inadaptée… L’idée de stages de formation pour les infirmiers psychiatriques naquit de la rencontre, en 1946, du docteur Daumezon, alors secrétaire général du syndicat des médecins des hôpitaux psychiatriques, et de Germaine le Hénaff-Le Guillant, militante aux CEMEA. Antonia Gérardy fit partie d’un groupe d’instructeurs des CEMEA et d’infirmiers psychiatriques qui s’impliqua dans les activités de formation des équipes soignantes pour une psychiatrie « ouverte » (hôpital psychiatrique de Montfavet). Enfin, à la demande de Jean Vilar, ses camarades et elle militèrent pour une culture ouverte à tous. Cette initiative déboucha en 1955 sur la création des Rencontres internationales de jeunes du Festival d’Avignon.

Sur le plan syndical, Antonia Gérardy suivit de près la reconstruction du SNI dans les jours difficiles qui suivirent les combats insurrectionnels pour la Libération de Marseille (21-23 août 1944) en participant à la réunion du Comité national des instituteurs qui se déroula à Marseille sous l’égide de Robert Enard et d’Alfred Bizot, tous deux membres du comité insurrectionnel de la préfecture. Elle diffusa aussi la revue du CNI Lou mestre d’escolo.

Antonia Gérardy était la compagne d’Henri Bonthoux. Militant communiste et journaliste au quotidien Rouge-Midi avant-guerre, celui-ci fut tué durant les combats de la Résistance. Partageant avec lui une approche commune des questions sociales et culturelles, elle adhéra en 1945 au PCF. Elle milita à la cellule de la rue Château Redon à Marseille. Dans la foulée de cet engagement éducatif et politique, elle participa en 1947 au premier Festival mondial de la Jeunesse qui se déroula à Prague (Tchécoslovaquie). Elle séjourna dans ce pays à plusieurs reprises dans le cadre des Brigades de travail dans les campagnes de la région des Sudètes. L’âge venu, Antonia Gérardy cessa de militer, tout en restant fidèle aux idéaux de « progrès social et de culture partagée, de culture pour tous »… Ancienne lectrice abonnée à l’École et la Nation, elle avait « toujours agi pour voir ces valeurs s’incarner dans le Parti ».

En 2009, Antonia Gérardy résidait toujours dans le 7e arrondissement de Marseille où elle décéda.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24583, notice GÉRARDY Antonia, Léontine par Gérard Leidet, version mise en ligne le 15 février 2009, dernière modification le 8 juillet 2021.

Par Gérard Leidet

OEUVRE : participation à L’embellie de Marseille, éditions Les pays du soleil, Nice, 1999. Ouvrage collectif réalisé par d’anciens Ajistes sous la coordination de Charles Jourdanet.

SOURCES : Archives des CEMEA. — Archives du SNI des Bouches-du-Rhône. —Geneviève Poujol et Madeleine Romer,Dictionnaire biographique des militants, XIXe– XXe siècles : de l’éducation populaire à l’action culturelle, L’Harmattan, Paris-Montréal. — Jacques Girault, Au devant du bonheur, les Français et le Front populaire, éditions CIDE, 2006. — Gérard Leidet, « Jeunesse et loisirs en Provence : vers la naissance des CEMEA », Le bulletin de Promemo, numéro spécial, novembre 2006, pages 14-20. — Rémy Nace, « Mémoire ajiste » et Marcel Debelley « Témoignage sur les auberges de jeunesse », Le bulletin de Promemo, numéro 7, décembre 2007, respectivement pages 8-11 et 11-12. — Entretien avec Antonia Gérardy (19 mars et 17 mai 2006). — Note de Micheline Abours.

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